La problématique des OSC alimentaires

Publié le mardi 18 juillet 2017

Dans l’interview qu’il nous a accordée et que vous pouvez lire dans la présente édition, Salif Diallo rappelle une évidence à propos de certaines OSC mais qui mérite cependant qu’on s’y attarde : « Il y a dit-il des OSC respectables et respectées par rapport à leur objet dans ce pays. Je rappelle qu’au Burkina Faso, il existe environ 148 000 groupements de producteurs ruraux. Ce sont aussi des organisations de la société civile que les gens ignorent. Il y a des OSC qui se sont battues pour les droits humains au Burkina Faso, qui ont contribué à l’évolution politique et économique, et qui ont une crédibilité nationale et internationale. Il y a des OSC dans le domaine du développement qui ont des partenaires et qui agissent. Sous la transition est apparue une autre nature d’OSC spontanées nées dans le cadre de la lutte contre la modification de l’article 37 [de la Constitution]. J’ai eu à connaître certaines. Mais après ces OSC se transforment en plateformes politiques ou politiciennes. Elles dénoncent à hue et à dia, s’agitent dans tous les sens. .. Ce qui se passe actuellement avec ces OSC, (nées spontanément sous la transition et qui occupent les journaux pour insulter), ternit l’image des vraies OSC d’une part et d’autre part, elles rendent inaudibles le message de veille qui doit être celui d’une OSC. »
Ce constat fait par Salif Diallo est aussi limpide que cinglant, sauf qu’il pèche sur un point. Ces OSC qui « s’agitent à hue et à dia » et qui s’agitent dans tous les sens ne sont nullement une génération spontanée. Elles ont été fomentées pour servir des buts politiques. Il le reconnaît lui-même à propos du CAR dirigé par Hervé Ouattara, produit du MPP qui non seulement semble lui échapper aujourd’hui et qui avec d’autres organisations de même acabit sont devenues des monstres qui menacent la quiétude générale des Burkinabè. Si ces OSC ont à un moment donné ont eu pignon sur rue c’est que cela répondait à une offre politique. Le MPP de la bouche de Salif Diallo entendait regrouper la jeunesse dans des cadres spécifiques dans le but d’amplifier la lutte contre la révision de l’article 37.

"A côté du vacarme des OSC alimentaires sans doute prêtes à se vendre aux plus offrants, les OSC qui ont historiquement établi leur sérieux, continuent la vigie démocratique et des droits humains, quel que soit le régime en place. Et malgré leur sérieux et surtout à cause de leur sérieux, ce ne sont pas elles qui sont généralement adoubées par ces pouvoirs."

Objectif parfaitement sensé, sauf que cette étape une fois aboutie, il eût fallu intégrer ces organisations de jeunesse dans le projet politique du parti. Peut-être cela a-t-il été tenté et dans ce cas on peut considérer que tout le monde n’y a pas adhéré puis qu’il s’en trouve pour déclarer une guerre ouverte aux plus hauts responsables du MPP. On peut s’étonner que les responsables de ce parti aient choisi de faire profil bas plutôt que d’affronter ouvertement cette fronde. La raison d’une telle situation est que le MPP s’est dès le départ camouflé, donnant officiellement l’impression qu’il n’entretenait aucun commerce avec l’organisation d’Hervé Ouattara. Il en est de même pour l’organisation de madame Lopez. C’est bien connu, les divorces entre amants sont souvent les plus cruels, surtout quand ils sont la conséquence de promesses non tenues.
On peut toutefois observer qu’à côté du vacarme des OSC alimentaires sans doute prêtes à se vendre aux plus offrants, les OSC qui ont historiquement établi leur sérieux, continuent la vigie démocratique et des droits humains, quel que soit le régime en place. Et malgré leur sérieux et surtout à cause de leur sérieux, ce ne sont pas elles qui sont généralement adoubées par ces pouvoirs. Le pouvoir du MPP est aujourd’hui frappé de plein fouet par les contre coups de ses errements tactiques sur le front de la mobilisation de la jeunesse. Toutefois, il faut espérer qu’il en tire de bonnes leçons dans son propre intérêt d’abord et surtout dans l’intérêt supérieur du pays !

Par Germain B. Nama


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