Cantines scolaires : Des milliers de tonnes de vivres périmés destinés aux animaux

Publié le mardi 18 juillet 2017

Une grande quantité de denrées alimentaires destinées aux cantines scolaires sont restées dans les magasins jusqu’à péremption. Des dizaines de milliards de FCFA de nourriture sont ainsi perdus. Qu’est-ce qui explique cela ?

Chaque année ce sont des milliards de fcfa qui sont alloués aux cantines scolaires. Pour cette année par exemple, 18 milliards ont été affectés à 41 communes. Les vivres sont constitués principalement de riz, de haricots ou de niébé. C’est dans le cadre de ce programme qu’en 2013, des denrées ont été acquises. Toutefois, des milliers de tonnes d’aliments sont restés dans les magasins de stockage jusqu’à péremption. Ce n’est qu’au cours de ce mois de juin 2017 qu’il a été procédé à leur enlèvement non plus pour les écoles mais plutôt pour nourrir des animaux.
Nous avions touché du doigt des sacs de riz entreposés dans une entreprise de broyage dans la zone industrielle de Kossodo. Les grains de riz se sont agglomérés. En effet, ces vivres sont arrivés dans les magasins en juin 2013 à la fin de l’année scolaire. Cette livraison avait été faite avec un an de retard. Un retard qu’on met sur le dos du transporteur. Sur les sacs, il est mentionné les dates d’avril 2013 pour la production et avril 2015 pour la péremption. Le 26 novembre 2016, le directeur de l’allocation des moyens spécifiques aux structures éducatives, Roger Ilboudo, adresse une correspondance au directeur général du cabinet d’expertise agroalimentaire TECAL SATE pour « suggestions relatives aux denrées dont les dates limites d’utilisation optimale sont échues ».
Le cabinet TECAL SATE entreprend de sillonner les lieux d’entreposage régionaux Bobo, Gaoua, Kaya, Koudougou, Manga, Ouagadougou et Ouahigouya. Ses résultats sont disponibles à partir de février 2017. Pour le haricot ou le niébé c’est au total 6 626 sacs de 50 kg qui ont été expertisés. Quant au riz, c’est 9 515 sacs de 50 kg. En conclusion, le rapport déclare que le haricot est « impropre à la consommation (humaine) mais peut être destiné à la consommation animale. » Pour le riz, il ne mentionne pas le caractère impropre à la consommation humaine. Il fait plutôt ce commentaire. « Nous pensons que même si les critères majeurs physico-chimiques du riz sont toujours dans la limite acceptable, vu les consommateurs cibles (enfants) et la possible baisse des valeurs nutritives caractéristiques au DDM (date de durabilité minimale) échue (…), nous recommandons le déclassement du riz pour une consommation animale. » D’où l’entrée en jeu du ministère des ressources animales. C’est ce dernier qui a organisé l’enlèvement des stocks périmés. Des associations d’élevage ont donc été conviées pour ce faire.

Comment en est-on arrivé là ?

Dans la chaîne d’acquisition et d’écoulement des denrées, trois principaux acteurs sont impliqués. La direction des marchés publics du ministère de l’éducation nationale. Elle est chargée de monter les dossiers d’appel d’offre afin de procéder au recrutement des transporteurs. Là aussi, il y a ceux qui sont chargés de trouver les vivres et de les convoyer dans les magasins de stockage dans différentes régions, et ceux chargés de la livraison dans les écoles à partir des magasins de stockage. La direction des affaires financières, elle, est chargée de toutes les questions relatives à l’argent concernant l’acquisition des vivres. Le déblocage se fait naturellement après l’avis du contrôleur financier. Enfin, le service cantine scolaire relevant de la direction de l’allocation des moyens spécifiques aux structures éducatives (DAMSSE). A première vue, c’est cette direction qui est mise en cause. Mais celle-ci en réalité n’est que l’interface. Son rôle consiste au stockage des vivres dans les magasins et à leur enlèvement au profit des différentes écoles. C’est donc quand les deux directions précitées ont fini leur part de travail que la DAMSSE peut agir. Elle n’a aucun pouvoir d’entreprendre une action par elle-même dit-on. Il se trouve qu’au niveau des deux directions, des retards considérables sont accusés à plusieurs niveaux. « Les choses ne se font pas dans les délais » affirme-t-on là-bas. L’année scolaire débutant en fin d’année budgétaire (à partir du 20 novembre c’est la fin des engagements financiers) cela perturberait conséquemment le calendrier au niveau des cantines scolaires. Nous avions tenté de mieux comprendre le rôle des directions des marchés publics et des finances sans succès.
Pour le cas précis des denrées périmées et destinées désormais à la consommation des animaux, il ressort un cumul de deux ans non payés aux transporteurs. Ce cumul se chiffrerait à plus de 100 millions de FCFA. Qui en est responsable ? Difficile de répondre. Selon nos informations, le ministre Coulibaly mis au courant de cela, est entré dans une colère noire. Toujours est-il que c’est un fait qui a eu une conséquence sans précédent. En effet, les transporteurs se sont ligués. Il y eut une sorte de prise en otage de l’acheminement des vivres des magasins de stockage vers les écoles pendant l’année 2013-2014. Certes, certains transporteurs ont enlevé un certain pourcentage. Mais la grande partie (90% du stock) n’a pas bougé. L’insurrection populaire d’octobre 2014 aurait été pour quelque chose. Mais les années qui ont suivi, la situation s’est normalisée et les enlèvements ont pu se faire en bon ordre, tandis que les stocks antérieurs (2013-2014 sont restés dans un statu quo. On explique cela par des contrats qui n’auraient pas été résiliés du fait que l’administration devait aux transporteurs. Il n’était donc pas possible de faire acheminer ce stock par d’autres camionneurs. Voici donc comment le gaspillage a été occasionné. Des milliers de bidons d’huile sont également concernés. La solution trouvée aux huiles périmées c’est d’en faire don aux Maisons d’arrêt et de correction dans le but de les transformer en savon pour les besoins des prisonniers.

Par Basidou KINDA


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