Entretien avec Salif Diallo : « J’étais à deux doigts de mourir avec Sankara si ce dernier ne m’avait envoyé »

Publié le mardi 18 juillet 2017

On ne présente plus Salif Diallo qui arpente la scène politique nationale depuis près d’une trentaine d’années, et toujours aux premières loges. Président de l’Assemblée nationale, il est aussi le président du MPP, le parti au pouvoir. Organisateur hors-pair, Salif Diallo, a réussi, en très peu de temps, avec ses nouveaux (anciens) amis, à faire du MPP un mastodonte d’efficacité comparable au CDP du temps de la splendeur de ce dernier mais dont on sait que celui-ci lui devait tout. De « l’esprit des lois », l’homme en est presque chevillé au corps. Doté, en outre, d’un sens élevé de l’Etat, ce politicien redoutable, à tous égards, est un vrai patriote. Certes, ce n’est pas un grand tribun. Mais c’est, à n’en pas douter l’un des esprits cohérents de notre scène politique. C’est en toute humilité qu’il a accepté, sans finasser et sans protocole, de venir dans l’enceinte de la rédaction de l’Evénement, pour y subir, durant plus de , deux heures d’horloge, les cribles de nos questions à bâtons rompus. Des décisions de la Haute Cour de Justice, de la polémique actuelle sur le code électoral, de la Coder, des grèves qui secouent tout le pays (luttes syndicales), en passant par la politisation des OSC et de l’administration publique, la détérioration sécuritaire, les Koglwéogo, les jeunes, les problèmes des universités, le vote de la diaspora et nous en passons, c’est une revue assez complète de la situation nationale qui est ici décryptée. Le Président de l’assemblée y répond, sans complaisance et « sans langue de bois », et parfois avec un brin d’humour. Lisez plutôt ! Le jeu en vaut la chandelle.

Vous avez décidé d’annuler le passif des comptes de gestion, des comptables publics sur une durée donnée. Aux yeux de l’opinion publique, c’est une prime à l’impunité, et ce n’est pas acceptable, comment expliquez-vous cela ?
Au constat de l’interprétation, je me suis rendu compte que cette loi n’a pas été comprise par les citoyens, même par les journalistes. Effectivement, nous avons au cours d’une de nos sessions, voté la loi d’apurement administratif aux comptes de l’Etat. Cet apurement n’est en rien une prime à l’impunité, car cette loi comporte trois articles. Le dernier article de cette loi est très explicite. Il se fonde sur la loi n°014 de 2000. C’est une loi organique créée à la cour des comptes. Elle dit clairement et explicitement que l’apurement administratif des comptes de gestion de l’Etat n’enlève en rien le droit d’évocation de la cour des comptes. En termes plus clairs, après l’apurement administratif, si l’on se rend compte qu’il y a eu des malversations ou une mauvaise gestion, cet apurement administratif ne protège pas le comptable ou les responsables. Ils doivent répondre devant la justice. C’est le droit d’évocation de la cour des comptes. Pour revenir au système d’apurement des comptes de l’Etat, il existe une histoire dans notre pays. C’est en 1969, par un décret n°69197, de la présidence de Haute-Volta et du ministère des finances instituant le régime financier applicable en Haute Volta qu’on a institué le principe de règlement de l’apurement des comptes de l’Etat. Il a fallu attendre 1984 sous le Conseil national de la révolution (CNR) pour voir les premiers mécanismes d’apurement se mettre en place. Cela a été fait par le CNR, sur les comptes de 1963 à 1983 concernant les comptes de l’Etat et des établissements publics à caractère étatique. Pour les collectivités territoriales, cela n’a pas été apuré. En évoluant, en 1990, le gouvernement a tenté un apurement mais la cour des comptes n’avait pas transmis l’ensemble des dossiers comptables et le Conseil national de la transition (CNT) a voté une loi organique n°093 qui institue l’apurement administratif des comptes de l’Etat. Donc la nouvelle loi que nous venons d’adopter est subséquente à cette disposition légale qui fait obligation à l’Etat d’apurer ses comptes. L’apurement des comptes a deux niveaux : un apurement juridictionnel qui se réalise devant la cour des comptes et un apurement administratif qui permet à l’Etat de se régulariser, d’être dans la légalité et de voir ses critères de performances augmenter parce qu’il y a un critère de notation dans les mécanismes financiers internationaux et pour la crédibilité de notre pays. L’apurement administratif n’est pas un apurement juridictionnel. Donc il ne met pas à l’abri des délinquants à col blanc parce que la cour des comptes peut et doit toujours revenir sur les cas avérés de malversation…

La révision de la loi électorale, la mouture actuelle présentée au gouvernement provoque une levée de bouclier et elle est critiquée au sein de l’opinion publique tant sur le processus d’élaboration, que sur certaines dispositions. En attendant qu’elle échoue sur votre table, que dites- vous en tant que technicien des lois et en tant que homme politique ?
Véritablement sur cette question, je me suis demandé ce qui est tombé sur la tête des gens parce que d’abord, le gouvernement n’a pas un projet de loi sur le code électoral comportant les éléments de changement de la CENI et autres. Ce que je sais, le gouvernement n’a pas encore adopté un projet de loi portant code électoral. Peut-être que c’est dans les pipelines. Deuxième considération, vous pouvez vous renseigner auprès de l’Assemblée nationale que nous n’avons pas adopté une loi sur des élections qui n’aurait pas un consensus national. Donc ce qui s’est passé concrètement, à mon absence, c’est au niveau du ministère de l’administration territoriale que les techniciens se sont affairés sur de vieux textes et de vieilles études pour évoquer cette question. Les partis politiques ont reçu des propositions, mais au niveau du gouvernement, aucun texte portant code électoral ou comportant ces éléments n’a été adopté. Ce que je sais c’est qu’au niveau des partis politiques il avait été question de revoir le code électoral dans deux aspects essentiels. D’abord le référendum car le code électoral actuel, faisait obligation d’étendre le référendum aux burkinabè de l’étranger, ce qui est pratiquement à l’heure actuelle impossible. Si nous voulons organiser un référendum sur la constitution, même dans un an, nous n’avons pas de fichiers pour les Burkinabè de l’étranger pour les impliquer dans un référendum. Généralement dans les pays, les référendums concernent ceux de l’intérieur. Donc il fallait modifier cette partie pour se conformer à la loi. Deuxième question, il s’est agi de discuter sur les documents de votation des burkinabè de l’étranger. Est-ce la carte consulaire ? Est-ce les pièces d’identités ou les actes de naissance, etc. ? Il y a eu beaucoup de propositions. Mais pour le moment, à ce que je sache, le gouvernement n’a pas adopté ce projet de loi.

Quel regard portez-vous sur la Haute cour de justice et quelle est votre analyse des différents rebondissements dans le procès des dignitaires de l’ancien régime ?
Il faut rappeler à l’opinion publique qu’elle n’a pas été instituée par le nouveau pouvoir. Elle a été créée depuis 1995 et dans sa lettre il y a des lacunes puisque c’était une cour qui n’avait pas prévu le principe du double degré de juridiction. Cela veut dire qu’on pensait que soit elle n’allait jamais fonctionner soit qu’on a créé sciemment ces lacunes pour pouvoir les exploiter plus tard. C’est pourquoi le gouvernement a saisi l’Assemblée au cours de la présente session pour que nous puissions introduire le double degré de juridiction qui est un renforcement du droit de la défense. Les présumés responsables ont la possibilité après un premier jugement de faire appel. Alors que dans l’ancien texte, c’était au premier degré. Nous sommes en train d’examiner cette situation aussi bien pour la Haute cour de justice que pour le tribunal militaire. C’est un principe de jugement universel. Il faut qu’on se conforme à cela. Maintenant pour revenir à l’existence de la Haute cour elle-même, étant dans un Etat de droit, c’est l’Assemblée de l’époque qui l’a instituée en définissant ses attributions et la procédure applicable devant elle. Nous avons hérité de cette situation et dans le débat constitutionnel en cours actuellement, la question est revenue de savoir s’il faut maintenir ou supprimer cette Haute cour. Mais il ne m’appartient pas de donner une vision de cela, cela revient au constituant dérivé qui est en place actuellement et aux peuple burkinabè lors du référendum sur la constitution.

Justement à propos de cette cour, le CDP demande sa suppression pure et simple. Que leur répondez-vous ?
C’est le CDP qui a institué cette cour. Il faut quand même qu’il soit conséquent. C’est lui qui l’a instituée à travers l’Assemblée de l’époque. Je ne veux pas revenir sur les appréciations qu’on peut donner mais c’était une législature et en tant que démocrate, je respecte l’esprit de la loi de l’époque. Aujourd’hui ce n’est pas parce que ses éléments sont devant cette cour que le CDP va dire de la supprimer. C est trop facile.

On peut vous faire la critique (au nouveau pouvoir) de n’avoir pas fait une réforme de la Haute cour en amont du procès. N’était-il pas plus judicieux de procéder à un toilettage des textes avant d’ouvrir des procès ?
La logique aurait voulu effectivement qu’on toilette ces textes avant le début des procès, mais là aussi, on courrait le danger qu’on nous dise qu’on est en train de tailler des textes sur mesure pour pouvoir sanctionner des gens. Donc l’un dans l’autre, le jugement a mis en exergue les insuffisances de cette loi. Et tout le monde est d’accord que la Haute cour a des insuffisances.

La loi est en ce moment sur votre table au niveau de l’Assemblée. Est-ce que vous allez vous en tenir à la saisine ou allez-vous procéder à une révision de fond en comble ?
Le conseil constitutionnel a reconnu qu’il fallait obligatoirement introduire le principe du double degré de juridiction et nous pensons que c’est juste. Cela est conforme aux lois et accords internationaux que nous avons ratifiés. Cela aussi est conforme au renforcement du droit de la défense. Pour le moment, le texte est en débat à l’Assemblée. Je ne sais pas quelle est la suite que la plénière va donner. D’ici le 5 ou 6 juillet, la loi sera adoptée, mais je ne peux pas vous dire qu’elle est la suite donnée à cela. Si le principe de la double juridiction est adopté, c’est de savoir maintenant devant quelle juridiction l’appel peut être fait. Est-ce au sein de la Haute cour elle-même ou est-ce dans une autre formation judiciaire ? Ca c’est une question qui est liée à la première. Parce que si c’est devant la Haute cour elle-même, il faut créer une autre formation en son sein. Si c’est devant la cour de cassation, c’est une autre procédure. Donc quand la loi sera adoptée, on sera situé sur l’organisation de ce double degré de juridiction.

La France d’Emmanuel Macron est actuellement porteuse d’un projet de réforme judiciaire qui tend à supprimer la juridiction spéciale qui va connaitre les dossiers des hautes personnalités. Pensez- vous que s’il arrivait qu’on supprime la Haute cour de justice ici au Burkina, est-ce qu’on peut dire que c’est une avancée pour se mettre au même diapason que la France, souvent inspiratrice de nos lois ?
Chaque peuple a son histoire et ce n’est pas parce que la France est dans la tendance que nous allons suivre automatiquement. Je pense que notre pays est même en avance sur la France sur certains points de droit. Au vu de notre contexte, pour le moment, nous discutons d’une nouvelle constitution. Elle peut aller dans votre sens, à savoir la suppression de cette Haute cour de justice ou son maintien pour des raisons historiques ou pour des raisons de calendrier interne à notre pays. Supprimer la Haute cour de justice et renvoyer les dossiers devant un tribunal de droit commun peut s’apparenter aussi à une façon d’enterrer ces dossiers.

Le constat que les Burkinabè font est que le président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo, effectue beaucoup de sorties à l’étranger et ils se demandent au-delà de représenter l’institution, est-ce qu’il faut s’attendre à des retombées économiques ?
Nous ne faisons que poursuivre nos vieilles traditions. La mobilisation des ressources financières n’incombe pas à l’Assemblée nationale. C’est le rôle de l’exécutif. Nous, nous mettons en œuvre le principe de la diplomatie parlementaire à deux niveaux : d’abord au niveau bilatéral avec les autres Etats. Nous avons des accords de coopération et échangeons sur nos expériences parlementaires. Au niveau international, nous appartenons, de droit à des organisations interparlementaires et communautaires, tels que le parlement de la CEDEAO, le parlement de la Francophonie, l’Union parlementaire internationale. C’est dans ce cadre que nous nous déplaçons pour mener nos activités et il y a des organisations pour lesquelles nous sommes membres statutaires de droit, telles que l’APF, l’Assemblée de la Francophonie, et on ira bientôt au Luxembourg. Nous sommes même candidat à certains postes à ce niveau parce qu’un pays, ce n’est pas uniquement l’exécutif. Il y a aussi des passerelles entre le Burkina et les autres pays. Quand je prends par exemple le Canada où nous venons de séjourner, le parlement est extrêmement important. Il y a deux chambres : la chambre des communes et le sénat. Pour tous les éléments de coopération entre les pays tiers, le parlement a son mot à dire… Au niveau de la CEDEAO, il y a des directives communautaires que nous devons rédiger pour l’ensemble des Etats. Il est bon que nous soyons présents et actifs pour défendre les intérêts de notre pays. Quand nous prenons le traité sur la libre circulation des biens et des hommes, il est appliqué par notre pays, mais pas dans d’autres pays. Nos concitoyens subissent certaines conséquences vraiment néfastes. Il faut qu’au niveau du parlement, on attire l’attention de la CEDEAO et de nos pays amis sur le fait qu’il faille appliquer les directives. Aujourd’hui, au niveau de l’UEMOA, il y a une directive qui précise la nécessité pour tous les Etats d’aller vers un budget programme. Nous, nous venons d’adopter ce principe au Burkina Faso mais dans les autres pays on continue d’utiliser le budget objet comme régulateur des finances publiques, et cela a des conséquences parce qu’il y a des normes de conformité. Nous sommes dans un espace communautaire. Il faut que nos normes soient au même niveau pour permettre un développement et surtout l’intégration de nos économies. Voilà pourquoi nous nous déplaçons sur invitation des différents parlementaires.

Quelle analyse faites-vous de la situation économique actuelle et des luttes syndicales ?
Tous les citoyens du Burkina sont attachés, après l’insurrection et les élections, transparentes et libres qui ont eu lieu en 2015, au développement économique et social de notre pays. Il faut le dire honnêtement, nous avons hérité d’une situation difficile. Le gouvernement actuel a des mérites indéniables parce que dès son avènement il a été confronté au phénomène du terrorisme et aussi à la désagrégation de la situation économique. Il a réussi cependant par la loi 081 à élever un tant soit peu le niveau de vie des agents publics et cela a coûté autour de 50 milliards FCFA. Par deux lois rectificatives, le gouvernement est arrivé à appliquer la loi 081 et les gens oublient ce mérite. [Autre chose], nous sommes dans un contexte de démocratie en construction et nous avons été en butte à des problèmes sécuritaires. Le gouvernement s’est employé avec diligence à restaurer la sécurité et les fondamentaux de l’Etat républicain.

‘‘ Vraiment, j’estime qu’il faut faire un débat d’un certain niveau. Il ne faut pas se laisser tirer vers le bas, dans des débats d’ordre alimentaire, de positionnement.’’

Ce n’était pas évident qu’à son avènement, vu toutes ces attaques venant du nord, de l’intérieur même, l’Etat républicain en lui-même ne s’effondre pas. Le mérite du président Rock Marc Christian Kaboré c’est d’avoir réussi avec dextérité, à maintenir les fondamentaux de la république. Ca, on ne le dit pas assez. On aurait pu sombrer parce qu’on était sur le coup de plusieurs tentatives de déstabilisation. Vous vous souvenez des attaques de Yimdi, etc. Nous avons aussi réussi à mobiliser les bailleurs de fond autour du Burkina à travers l’organisation de la table ronde pour le PNDES. C’est vrai que nous avons des annonces et des propositions de financement. Cela n’aurait pas été possible sans un Etat de droit. Vous savez que l’une des normes exigées par les bailleurs de fonds, c’est d’être dans les règles d’un Etat de droit. Le gouvernement a réussi ce passage. Pour les luttes sociales, il faut faire, à mon avis, une lecture juste de la situation. Le Burkina est un pays pauvre. Les travailleurs sont confrontés à la cherté de la vie. Leurs revendications sont légitimes. Mais de là à vouloir tout et tout de suite, cela n’est ni réalisable ni réaliste parce que le budget de l’Etat n’est pas extensible à souhait. Du reste, de façon générale, depuis notre indépendance, 80 à 94% des recettes budgétaires sont consacrés au fonctionnement de l’Etat, c’est-à-dire les salaires et les charges de fonctionnement. Il n’y a que 6% environ de ces recettes budgétaires qui sont consacrés à l’investissement. Or c’est de l’investissement qu’on crée les richesses. Du coup, je dirai bien aux partenaires sociaux, notamment aux syndicats : si vos revendications ont des fondements légitimes, il faut aussi prendre en compte la nécessité de préserver l’Etat. Il faut un dialogue franc et direct avec les syndicats. C’est ce que le gouvernement s’emploie à réussir et il faut le féliciter pour son esprit d’ouverture et de dialogue avec les syndicats. Mais de là à en abuser, il faut mettre un « holà ». J’ai dit à l’Assemblée que sur certains points il faut que le gouvernement soit ferme. Ferme en expliquant d’abord aux travailleurs les limites de notre Etat. Ferme aussi par rapport aux revendications des travailleurs. Il y a des plateformes de 80, de 81 points. On ne peut pas satisfaire toutes les plateformes. Il y a d’autres dimensions à prendre en compte. Il y a l’école, la santé, la sécurité, et nous ne sommes pas un pays riche, et tout le monde sait que le Burkina Faso a 46% de sa population qui vit en dessous du seuil de pauvreté. Donc il faut tenir compte de tout ça pour aller dans un dialogue honnête et franc. Maintenant il y a aussi ceux qui pensent que le syndicat, au lieu d’être une organisation de défense des intérêts matériels et moraux des travailleurs, doit leur servir de plateforme pour conquérir le pouvoir d’Etat. Nous sommes en démocratie, et en démocratie, la conquête du pouvoir se fait au travers des urnes, au suffrage universel. Il ne suffit pas de se cacher derrière les syndicats et envoyer tous les jours les travailleurs dans la rue pour empêcher le gouvernement de travailler et trouver les moyens pour faire chuter un régime. Non ! Ce n’est pas démocratique.

Voulez-vous dire que les syndicats sont manipulés ?
Je dis bien certains. De fois même ce ne sont pas les syndicats. Ce sont ceux qui les animent derrière et qui sont dans les bases. Sinon ce ne sont pas les syndicats authentiques. Au MPP nous respectons les syndicats authentiques.

C’est quoi un syndicat authentique ?
Les syndicats authentiques sont ceux qui défendent les intérêts matériels et moraux des travailleurs sans avoir comme arrière-pensées la conquête du pouvoir d’Etat à travers le syndicat. La démocratie et la liberté font partie des intérêts des travailleurs. Le syndicat n’est pas un parti politique qui a un programme de conquête du pouvoir d’Etat. C’est la même chose pour les OSC (Ndlr : Organisation de la société civile) qui sont des organisations qui n’ont pas vocation à conquérir le pouvoir d’Etat.

Vous avez dit tantôt que le Burkina est un pays pauvre alors que certains pensent le contraire. Pour eux, c’est vrai que le pays est pauvre d’une certaine manière mais il y a quand même de la richesse. Seulement, c’est la répartition qui est mal faite.
Les deux choses sont vraies. Le pays est pauvre. Effectivement aussi, la répartition équitable [des richesses] n’est pas encore réalisée. Nous sommes 18 millions. Ce n’est pas juste que 200 000 agents de la fonction publique s’accaparent 94% des recettes budgétaires. Quand on parle de corruption, de népotisme, tous ces mots ont créé justement une différenciation de revenus au sein de notre peuple. De fois des différenciations injustes. J’allais ajouter qu’aujourd’hui les syndicats doivent prendre en compte l’exigence de développer des forces productives en s’appuyant principalement sur le développement du secteur privé encadré. Je n’évoque pas la poursuite du capitalisme sauvage. Le Burkina souffre plus du non développement du capitalisme que des avantages même du capitalisme. Regardez le taux de chômage ! Il est important. Les forces productives ne sont pas développées et il faut mettre l’accent sur ça. C’est pourquoi le PNDES (Ndlr : Programme national de développement économique et social) est un bon programme pour booster les investissements et accroître la possibilité d’employer des générations futures.

Finalement, pour vous, quelle est la solution aux luttes sociales ?
Les luttes sociales existeront toujours tant que nous sommes dans un rapport travail capital. C’est tout à fait logique et normal. Nous sommes dans un système capitaliste et il faut permettre aux travailleurs de s’organiser pour défendre leurs droits. Maintenant, dans le contexte social du Burkina la solution c’est le dialogue permanent entre les autorités gouvernementales et les syndicats, le patronat et les syndicats. Il y a des lois. Par exemple quand je prends la convention collective du travail qui date de 1974, il faut l’adapter au contexte nouveau de notre pays. Il faut voir aussi que beaucoup de jeunes diplômés de notre pays ne travaillent pas. Ils n’ont pas de travail parce que tout simplement, il y a une inadéquation entre le marché de travail et la formation. Voici des questions qui se posent et ce n’est qu’à travers un débat sincère qu’on peut trouver les solutions.

Il y a un grand débat sur les OSC et leur intrusion dans la politique. Quel est votre avis sur la question ?
Il faut relativiser ce débat qui est un débat citadin où des OSC ont proliféré pendant la transition. Il y a des OSC respectables et respectées par rapport à leur objet dans ce pays. Je rappelle qu’au Burkina Faso, il existe environ 148 000 groupements de producteurs ruraux. Ce sont aussi des organisations de la société civile que les gens ignorent. Il y a des OSC qui se sont battues pour les droits humains au Burkina Faso, qui ont ontribué à l’évolution politique et économique, et qui ont une crédibilité nationale et internationale. Il y a des OSC dans le domaine du développement qui ont des partenaires et qui agissent. Sous la transition est apparue une autre nature d’OSC spontanées nées dans le cadre de la lutte contre la modification de l’article 37 [de la Constitution]. J’ai eu à connaître certaines. Mais après ces OSC se transforment en plateformes politiques ou politiciennes. Elles dénoncent à hue et à dia, s’agitent dans tous les sens. Je répète que les OSC n’ont pas pour vocation la conquête du pouvoir d’Etat. Si elles veulent conquérir le pouvoir d’Etat qu’elles se transforment en partis politiques, qu’elles se fassent enregistrer comme tels et qu’elles participent à la compétition. Sinon ce qui se passe actuellement avec ces OSC, (nées spontanément sous la transition et qui occupent les journaux pour insulter), ternit l’image des vraies OSC d’une part et d’autre part, elles rendent inaudibles le message de veille qui doit être celui d’une OSC.

On a entendu plusieurs fois des responsables d’OSC comme Safiatou Lopez vous attaquer personnellement. Quel est le problème entre vous ?
J’ai dit à un de vos confrères que je ne descends pas au niveau des débats de caniveaux. Ces personnes, que je connais à peine, je ne sais pas quelle est leur raison. Certaines personnes m’imputent de les avoir empêchés d’être à la tête de telle ou telle institution. Or, je ne suis pas mêlé au choix. D’autres estiment qu’elles ont participé à la lutte contre la modification de l’article 37 et n’ont pas été récompensées. De milliers de jeunes ont participé à la lutte contre la modification de l’article 37, et sont des militants du MPP. Ils n’ont pas reçu une rétribution. Vraiment, j’estime qu’il faut faire un débat d’un certain niveau. Il ne faut pas se laisser tirer vers le bas, dans des débats d’ordre alimentaire, de positionnement.

On vous accuse pourtant d’être à la base de la création d’un certain nombre d’OSC. Hervé Ouattara, sans vous nommer directement, a dit que c’est le MPP qui a créé le CAR. Votre commentaire ?
Ce qui est vrai, c’est que pendant la lutte contre la modification de l’article 37, dans le cadre de notre parti, nous avons regroupé plusieurs structures de jeunes à même de mobiliser les citoyens en vue de s’opposer à la modification de l’article 37. Des militants ont créé un regroupement pour combattre le référendum qui tendait à modifier l’article 37. C’est contre le référendum que ce regroupement a été créé dans la vision et la politique du MPP. On ne pouvait pas rester uniquement dans nos structures statutaires et amplifier la lutte. Les camarades, à l’époque, l’ont [Hervé Ouattara] coopté pour présider à cette lutte. Bien sûr, sur la ligne du parti nous donnions nos points de vue et eux ils étaient chargés de faire l’agitation pour que l’article 37 ne soit pas modifié. C’était leur seule instruction. Nous n’avons pas dit que c’était une entité pérenne pour demander autre chose. Et je le dis, au sein du CAR à l’époque, des jeunes se sont bien illustrés, des jeunes vraiment courageux. Certains même ont perdu la vie. Ce ne sont pas ceux qui, aujourd’hui, utilisent ça aujourd’hui comme un levier pour des ambitions personnelles. J’ai reçu M. Ouattara trois fois je crois mais ce n’est pas à lui personnellement que j’ai dit de créer le CAR. Il a été inclus avec d’autres camarades dans ce dossier mais tous ceux qui ont participé, l’ont aujourd’hui désavoué parce que lui il avait une autre vision de son CAR. Safiatou Lopez, je l’ai rencontrée une ou deux fois. Elle est venue à certaines de nos AG. Au niveau des femmes, elle a fait de l’agitation.

Certaines personnes disent que Safiatou Lopez vous en veut parce que c’est vous qui l’avez empêché d’arriver à la tête de la chambre de commerce.
C’est ce que je disais. Je ne suis pas impliqué dans le choix d’élection à la chambre de commerce. J’ai entendu effectivement ces propos. Surtout qu’à la fin du processus c’est un natif de ma région qui est élu [Ndlr, Ouédraogo Mahamadi de la région du nord, Ouahigouya], elle a conclu que c’est moi qui étais derrière. Sous la transition elle m’a croisé à Bobo et avait évoqué la question. Elle croyait que c’était une nomination. Je lui ai fait comprendre que c’est un processus électoral au sein des opérateurs économiques. Nous avons fait le pari, le président Kaboré et moi, de ne pas nous immiscer dans cette affaire. Nous nous sommes dit que quelque soit la personne élue, elle aura affaire à l’Etat parce que la chambre de commerce est un partenaire étatique.

Quelle est votre analyse sur la détérioration de la situation sécuritaire ?
Pour ce qui est de la question sécuritaire, il faut aller au-delà de notre pays. Nous sommes dans un contexte mondial où les extrémistes violents ont pion sur rue. Pour revenir à notre région, nous sommes dans une situation où nous avons une situation difficile au Mali où des groupements fondamentalistes ont pris de l’ampleur. Subséquemment, leurs actions tendent à s’étendre pour toucher notre pays. Sinon le terrorisme fondamentaliste religieux n’est pas venu du Burkina Faso. Vous le constatez, les religions et les cultures vivent en parfaite harmonie. Il n’y a jamais eu de problème religieux violent dans notre pays. Personne n’a prôné la violence pour imposer sa vision religieuse. En plus, nous pensons que nous avons un embryon. Je dis bien un embryon. La question ethnique est reléguée, vraiment, aux tréfonds. Bien sûr, les terroristes sont arrivés à recruter quelques nationaux comme Malam Dicko mais l’islam au Burkina Faso est un islam tolérant. Maintenant, la situation nationale a ses excroissances en Afrique. Notamment, depuis la chute du régime libyen de Kadhafi il y a eu une prolifération des armes légères et lourdes et aussi une fluctuation de l’apologie du jihadisme [terroriste]. Mais il faut féliciter nos forces de défense et de sécurité, qui peinent mais qui arrivent à juguler cette situation. Il faut rester vigilant. C’est un contexte mondial. A Paris, à Londres, à Bruxelles, il y a des attaques. C’est une dimension mondiale [du terrorisme] qui est en train de se mettre en place. Donc le phénomène est à prendre au sérieux. L’autre dimension est que la pauvreté ambiante de la jeunesse est un terreau fertile pour le recrutement dans cette ligne de fondamentalisme islamiste. C’est pourquoi il faut féliciter le gouvernement qui vient d’adopter un programme d’urgence de 415 milliards pour le Sahel pour permettre la création d’infrastructures et d’occuper les jeunes. Au-delà de nos divergences politiques et idéologiques, nous devons nous mettre ensemble pour combattre le terrorisme.

C’est à partir du 15 janvier 2016 que le cœur du Burkina a été frappé par le terrorisme. Après c’est le sahel qui est devenu leur terrain de prédilection. Qu’est-ce qui peut expliquer cela ?
Nous partageons 1000 km environ de frontière avec le Mali où les terroristes ont pris pied. Depuis Kidal jusqu’à la région de Gao, les mouvements terroristes ont proliféré. Ce sont leurs excroissances qui sont en train d’agir au Burkina Faso. La vision des terroristes ce n’est pas la vision d’Etat frontières. Elle englobe le monde entier. Pour eux, tout ce qui n’entre pas dans leur doit être combattu. Donc pour eux, le territoire burkinabè est une continuité de leurs luttes pour imposer leurs califats. Si on se laisse faire ils prendront un bout de notre terre pour intégrer dans leur projet de califat. Vous savez que les forces internationales sont au Mali pour aider le gouvernement à combattre le phénomène. Dernièrement il y a eu des opérations à nos frontières pour bouter ces gens hors de ces lieux.

Vous sembliez, à un moment donné, soupçonner l’ancien président Blaise Compaoré d’être mêlé à tout cela. Est-ce que vous êtes toujours sur la même position ?
A l’époque, sous l’ancien régime de Blaise Compaoré, des groupuscules qui sont au Mali et qui agissent aujourd’hui contre l’Etat malien avaient leur entrées et sorties à Ouagadougou et y étaient hébergés. Certains même utilisaient des passeports diplomatiques pour voyager. Cela est connu aussi bien par le Mali que la communauté internationale.

Le Parlement que vous dirigez aujourd’hui a-t-il sa part de solutions au problème du terrorisme en terme de lois ?
A la première session ordinaire de l’assemblée, nous avons voté des lois pour lutter contre le terrorisme. Ces lois renforcent les pôles judiciaires anti terroristes. Nous avons allégé certaines procédures. Par exemple, la garde-à-vue des terroristes peut être prolongée jusqu’ à un mois alors que d’ordinaire elle est de 72 heures. Les perquisitions, les suivis des éléments douteux, nous avons pris des textes pour permettre à l’Etat d’avoir les coudées franches légalement pour agir. Dans le cadre de la CEDEAO et de l’UEMOA, nous sommes en train de nous concerter pour avoir des textes régionaux en vue de renforcer la lutte contre le terrorisme.

La question des koglweogo ne semble toujours pas trouver de solution. Que faut-il faire ?
J’étais dernièrement au Canada et c’était la préoccupation des compatriotes vivant là-bas. Certains estiment qu’il fallait prendre une loi ou un décret pour supprimer les koglweogo. La question est complexe. Nous sommes dans un Etat de droit mais souvenez-vous que certaines provinces, certaines régions étaient devenues infréquentables. Il y avait un couvre-feu de fait à partir de midi parce que les bandits de grand chemin agressaient, tuaient et faisaient des razzias pratiquement. Avec l’apparition des koglweogo, ce phénomène s’est atténué, notamment dans l’est. Mais il faut reconnaître aussi que certains kogleweogo ont débordé du cadre de la vigilance communautaire pour se comporter en justiciers, en gendarmes et en policiers. Ce qui est inacceptable. Pour moi, la seule solution, c’est de faire des kogleweogo, je le répète, des auxiliaires, je dis bien des auxiliaires des forces de défense et de sécurité. Les auxiliaires doivent agir sous le contrôle des forces de sécurité. L’apparition de koglweogo est une preuve qu’en matière de sécurité l’Etat a failli. Nous n’avons pas suffisamment de forces de police ou de gendarmerie pour quadriller l’ensemble du pays. C’est ce qui a amené les gens à s’organiser pour s’auto défendre. Qu’à cela ne tienne, en tant qu’Etat de droit, nous ne devons pas permettre à un citoyen de poursuivre et de juger un autre citoyen en dehors de la loi et de prélever des taxes. C’est pourquoi le ministre de la sécurité a été interpelé à l’assemblée nationale. Il faut que les koglweogo rentrent dans la république et respectent la loi. Tout koglweogo qui va se départir de la loi doit être sanctionné. Il faut qu’on soit ferme là-dessus.

Faire des koglweogo des auxiliaires de sécurité reviendra à les mettre sous la tutelle du ministère de la sécurité. Est-ce qu’il n’y a pas le risque de revivre l’expérience malheureuse de la police de proximité qui a pris l’eau à cause des questions de rémunération ?
Etant auxiliaire de sécurité, il y aura nécessairement un minimum. Ne serait-ce que les primes pour le carburant. Nous sommes organisés en collectivités décentralisées. Chaque commune, dans son ressort territorial, devrait intégrer dans son plan de développement, la question sécuritaire qui, jusque là, n’est pas intégrée aux plans de développement communaux. Il faudrait faire en sorte qu’en transférant les ressources aux communes, on prévoie ce volet et faire en sorte que dans chaque commune il y ait les forces de sécurité républicaines qui soient derrière les koglweogo pour les encadrer et surtout responsabiliser les comités de base.

L’administration sécuritaire peut elle vraiment être efficace si de vrais états généraux du système sécuritaire ne sont pas faits ?
C’est vrai qu’aujourd’hui les structures étatiques peinent dans beaucoup de secteurs d’activités. Non seulement par des formations non adaptées au contexte actuel mais aussi le manque de moyens financiers. On estime à plus de 100 milliards les ressources de l’Etat central vers les collectivités territoriales. Ces transferts ne sont pas faits, ni en finances ni en ressources humaines. C’est un processus. Le gouvernement, je crois, a la volonté d’accélérer ce processus de transfert et de formation. Au niveau des forces de sécurité il faut renforcer le personnel parce qu’aujourd’hui, les vieux gendarmes qui ne savent pas manipuler internet, qui ont leurs bâtons et leurs menottes, ne peuvent pas faire face à des jeunes délinquants qui ont des portables pour se passer des messages.

‘‘ L’école burkinabè est un problème aujourd’hui. Tant qu’on ne va pas muter cette école de sa généralité pour en faire une école professionnelle, je parle de façon générale, que la moitié des élèves et étudiants aille dans les domaines techniques, et professionnels, si nous continuons de former des poètes, nous allons avoir des problèmes.’’

Au niveau central, effectivement, il faut aller vers des états généraux de la fonction publique pour qu’on réajuste le comportement des uns et des autres. Tout cela nécessite l’autorité de l’Etat parce qu’un Etat laxiste n’est pas un Etat démocratique. L’Etat laxiste même aboutit à l’Etat fasciste. Voilà un processus de désagrégation par le non respect des lois. Tout ce qui est demandé aujourd’hui c’est de faire appliquer les lois par la sensibilisation et la sanction. Dans un Etat où il n’y a pas de sanctions, le citoyen peut se permettre de tout faire. C’est la peur du gendarme aussi qui fait le respect de la loi. Donc il faut que l’Etat républicain soit à la croisée de l’Etat démocratique et de l’Etat répressif dans le bon sens, où on réprime selon la loi.

Vous avez reçu la CODER. Où en est-on avec cette question de réconciliation nationale ?
C’est effectif. L’assemblée nationale a reçu le regroupement CODER. A l’issue de notre entretien, il a été convenu qu’il dépose un mémorandum pour que nous puissions cerner dans ses dimensions leurs préoccupations. Jusqu’à l’heure où je parle, ni moi ni les autres membres de l’assemblée, nous n’avons reçu le mémorandum. Nous sommes dans l’attente qu’elle dépose ce mémorandum, et que l’assemblée, à travers ses commissions, puisse échanger sur la suite à donner à ce document.

Qu’est-ce que ça vous fait d’entendre des propos de citoyens selon lesquels « le peuple s’est déjà réconcilié. C’est aux politiciens de se réconcilier » ?
Ils ont en partie raison. Le problème, tel qu’il est avancé dans certains milieux, ne pose pas de problème de réconciliation avec le peuple. Nous sommes aujourd’hui fondés à vivre ensemble sur la base constitutionnelle qui donne les droits et les devoirs de chacun. A ce niveau il n’y a pas de problème. C’est dans la gestion du pouvoir d’Etat que les citoyens voient que les politiciens entre eux ne s’entendent pas. Si la réconciliation doit s’entendre comme un accord entre politiciens c’est déjà un échec. Parce qu’on ne prendra pas en compte la préoccupation essentielle qui est la lutte contre la pauvreté.

Ces derniers temps, on a assisté aux attaques des domiciles d’opposants comme Jérôme Bougouma, Achile Tapsoba et Eddy Comboïgo. L’opposition y voit la main du pouvoir. Qu’en dites-vous ?
Le pouvoir n’a rien à voir avec ça. Nous n’avons pas besoin d’attaquer des domiciles d’opposants. Nous sommes dans un Etat de droit. Les forces de sécurité sont là. Si des citoyens sont attaqués, ils ont le droit d’aller se plaindre à la justice. Qu’on ouvre des enquêtes. Cependant, je dis qu’on peut, pour attirer l’attention sur soi, jeter du feu dans sa case et crier au feu. Je ne vois pas quelle raison le gouvernement a pour attaquer des citoyens. Ce sont des opposants politiques et le combat se mène sur la base des idées et programmes de société. Nous avons battu le CDP aux élections, aller-retour. Je peux retourner la question. Nous aussi on peut voir leurs propres mains dans ce scénario. Comme un montage pour se faire mousser dans l’intention de crier à la violation des droits de l’homme au Burkina Faso. La situation des droits de l’homme s’est améliorée. Personne n’est en prison à cause de ses opinions politiques et religieuses. Cela est une bonne avancée dans notre pays. Or, en inventant une pareille situation, c’est pour dire attention, le pays est en train de tomber dans les travers du non-respect des opposants. C’est de la victimisation. Jusqu’à ce qu’on nous donne des preuves contraires, c’est du montage de mon point de vue. S’il y a des preuves, l’Etat va châtier les auteurs de ce phénomène.

Certaines personnes estiment que vous avez peur de la grande inconnue qui est ce vote des Burkinabè de la diaspora. Qu’est-ce que vous en dites ?
Nous sommes le parti le mieux implanté aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Ça je puis l’affirmer. A l’heure d’aujourd’hui, même si certains vivent dans certains pays voisins, le MPP est mieux organisé qu’eux et le programme du MPP rencontre l’assentiment du peuple aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. La preuve de notre vitalité, ce sont ces dernières élections partielles ou nos contempteurs ont dit que c’est toujours ceci ou cela mais quand on est passé aux urnes, nous avons raflé seize (16) communes sur dix neuf. C’est la preuve évidente que notre parti est le parti majoritaire dans ce pays. Donc nous n’avons pas peur du vote des Burkinabè de l’étranger. Je vais souvent à l’étranger, je rencontre nos militants qui sont organisés à l’extérieur. Je crois que là aussi, ils sont bien structurés et ils se défendent bien. Nous n’avons pas peur du vote des Burkinabè de l’étranger.

L’emploi des jeunes. Comment voyez-vous cette question cruciale qui concerne cette frange de la population burkinabè ?
C’est l’une des questions fondamentales qui se pose à notre pays. Il faut reconnaître que c’est une question qui préoccupe toutes les familles, tous les villages, toutes les provinces et tous les parents. Notre nation, notre pays, notre Etat croit donner des gages pour changer ne serait-ce qu’un peu cette situation dramatique. Mais il faut revenir aux causes de ce chômage endémique des jeunes. C’est effectivement un problème de développement économique. Je l’ai indiqué, nos forces productives ne sont pas développées. Nous souffrons du non développement du capitalisme. Donc il n’y a pas d’emplois, il n’y a pas d’investissements. Ça c’est la première dimension parce que les plans de développement jusqu’ici n’ont pas tenu compte des éléments de fond. L’autre aspect, c’est la formation elle-même. La formation des jeunes dans ce pays est inadaptée aux besoins du marché du travail. Si je prends le cas des universités, 60 à 70% des formations dans nos universités sont des formations générales alors que dans le secteur minier, nous nous sommes à la recherche souvent d’un ouvrier qualifié. On n’en trouve pas au Burkina. Dans telle ou telle spécificité, on est obligé de recourir à des pays voisins pour avoir des plombiers pour venir travailler au Burkina Faso. La refonte de l’école burkinabè est un des principes pour réadapter et atténuer le chômage des jeunes. Nous avons aujourd’hui des secteurs productifs comme l’agriculture. Combien de nos jeunes sont formés à la technique agricole ? Nous avons le secteur minier qui se développe. Combien de jeunes sont formés comme ouvriers qualifiés dans les mines ? Il n’y en a pas. Alors que nous crions qu’il y a le chômage, les secteurs où nous pouvons créer de l’emploi, n’ont pas de cadres formés pour le faire. Cette question de chômage il faut des réformes structurelles. D’abord, du point de vue économique, favoriser l’investissement privé national et international de notre pays en prenant des mesures d’attraction fortes pour que des forces productives puissent se développer. Deuxièmement, changer notre système de formation de la jeunesse. Ça c’est important.

Vous avez évoqué les investissements privés nationaux et internationaux, il y a le cas de Faso Fani à Koudougou, la Voltex à l’époque qui est jusque-là fermée et pas de reprise d’activités. Pourquoi ne demandez-vous pas aux opérateurs économiques burkinabè de s’associer pour reprendre Faso Fani ?
Pour ce qui est de Faso Fani, le gouvernement a des contacts sérieux et le Président Kaboré a promis que d’ici la fin de son mandat, il y aura une réouverture de Faso Fani. Donc ce principe là reste valable. Maintenant, pour revenir à nos opérateurs économiques, il faut se dire que leur niveau de culture, leur origine font que ce n’est pas l’investissement productif qui les intéresse. C’est le commerce général où ils font des bénéfices à la va vite, vont à la Mecque et reviennent épouser 4 à 5 femmes. Aujourd’hui, je crois qu’il y a des opérateurs économiques jeunes qui sont des universitaires, qui comprennent comment fonctionne l’économie et qui pourront dans les années à venir booster l’économie. Mais je dis aussi qu’il faut s’ouvrir aux investisseurs internationaux en prenant des garde-fous pour que ce ne soit pas des spoliations de nos richesses mais en les encourageant soit par des mesures fiscales, soit par des mesures d’exonérations mais qui restent et respectent les intérêts nationaux pour que l’investissement soit boosté. Parce que nous souffrons de notre enclavement aussi. Nous sommes un pays enclavé et aujourd’hui pour qu’un investisseur passe devant les pays côtiers pour venir investir au Burkina, il faut qu’il y ait des raisons. Nous avons plusieurs goulots d’étranglement. Notre pénétration en énergie est faible, 34%. Si un groupe veut venir investir au Burkina Faso, il prend tous ces facteurs en compte. Nous sommes aussi dans le Sahel avec ces phénomènes de terrorisme, les capitalistes ce ne sont pas des enfants de chœur. Ils ne viennent pas pour nos beaux yeux. Ils viennent pour faire des bénéfices. Il faut donc créer les conditions. Et aujourd’hui, le chômage des jeunes ne peut trouver solutions que si nous boostons l’économie nationale en termes d’investissements et en termes de formations. L’école burkinabè est un problème aujourd’hui. Tant qu’on ne va pas muter cette école de sa généralité pour en faire une école professionnelle, je parle de façon générale, que la moitié des élèves et étudiants aille dans les domaines techniques, et professionnels, si nous continuons de former des poètes, nous allons avoir des problèmes.

Vous avez parlé des problèmes de l’école, justement parlons des universités publiques. A la prise du pouvoir du MPP, vous avez été avec le Président Roch à l’inauguration de l’IAM à la ZAD. Jusqu’à présent on vous attend toujours dans les universités publiques. Nous sommes sur trois (3) années qui se chevauchent. Dans certaines filières on est toujours dans l’année académique 2014-2015. Au sein des enseignants, beaucoup de voix s’élèvent pour dire que c’est mieux de fermer les universités publiques pour repartir à zéro. On attend de voir ce que fait le pouvoir.
Vous avez totalement raison d’évoquer cette question. En 2016, j’ai réuni tous les universitaires militants de mon parti et nous avons posé la question de l’université. L’université est malade. Dans un premier temps, il faut que l’Etat donne les moyens financiers et nous avons estimé autour de 3 milliards pour rattraper les années qui se chevauchent actuellement. Il faut faire des triples flux, des doubles flux et payer les enseignants en conséquence, si nécessaire même amener des enseignants de l’extérieur. Il faut qu’on puisse solder cette situation. En soldant cette situation, il faut aller dans une piste de réforme en commençant par le secondaire. Sinon les mêmes maux vont causer les mêmes effets. Et il faut courageusement que les enseignants du secondaire et de l’université puissent avec le gouvernement envisager des solutions courageuses. Certaines solutions feront mal mais c’est le passage obligé. Moi je crois que pour rattraper ces années, l’Etat peut se sacrifier et trouver les 3 milliards pour définitivement régler cette question. Ensuite, il y a les orientations. Je crois qu’aujourd’hui aucun parent ne va refuser qu’on change de système d’enseignement. Et les enseignants qui sont dans les domaines généraux peuvent se reconvertir dans d’autres disciplines pour que nous puissions mettre l’accent sur la formation socio-professionnelle. Il y a d’autres pays qui l’ont réussi. Aujourd’hui, nous avons les TIC qui n’existaient pas de par le passé. On reconvertit les enseignants généraux dans ces aspects en formant les formateurs. Cela va coûter mais nos partenaires internationaux sont prêts à nous soutenir. Il faut seulement avoir une vision et le courage de le faire. Cela ne peut pas se faire sans concertation préalable avec les acteurs sociaux de l’enseignement secondaire et supérieur. Là il ne faut pas faire des états généraux de plus parce qu’on en a fait. On tire des conclusions et on les range dans des tiroirs. Il faut prendre des mesures concrètes et discuter avec les uns et les autres et passer à l’action immédiatement. Parce que là c’est une vraie bombe sociale que nous avons.

Vous avez de très belles idées, des perspectives pour la question de l’emploi. Mais lorsque vous étiez ministre de l’agriculture, qu’est-ce qui vous a par exemple empêché de booster l’agriculture afin qu’aujourd’hui les jeunes puissent avoir facilement de l’emploi ?
Je ne suis plus dans l’exécutif, mais quand j’étais ministre de l’agriculture, je ne veux pas m’auto glorifier, mais j’ai procédé à beaucoup de réformes. D’abord, c’est à cette époque que nous avons atteint le point de rupture avec la famine. Nous sommes passés de 2 millions de tonnes de céréales à plus de 3 millions de tonnes pour que le Burkina Faso soit en dehors du cycle de la famine. Deuxièmement nous avons engagé la maîtrise de l’eau pour la production agricole. Nous avons initié des programmes qui ont permis aux jeunes notamment ruraux de s’investir pendant les saisons dites mortes pour produire. Nous avons encadré ces jeunes par des formations. Je crois que l’un dans l’autre le programme a continué et aujourd’hui si vous parcourez notre pays, vous verrez des jeunes autour des points d’eau qui ont des moyens et des capacités produire. Le problème qui s’est posé et qu’on n’a pas pu résoudre, c’est le marché. Quand vous formez des jeunes et ils produisent et qu’en aval ils n’ont pas un marché pour écouler leurs productions et avoir des moyens de survie, l’enthousiasme se tasse. Nous avons ce problème jusqu’à présent et c’est pourquoi je parlais des investissements importants dans le secteur agricole et minier pour booster notre économie. Je ne suis plus ministre de l’agriculture mais je crois qu’il y a eu des progrès.

Nous abordons la question de la justice à présent. C’est l’un des secteurs qui est sujet à débat au Burkina. La question de l’indépendance de la justice est toujours d’actualité. En vous suivant et en suivant le Président du Faso, on sent une tentative de remise en cause de cette indépendance. C’est l’interprétation que certaines personnes en font de vos réactions sur les questions judiciaires. Qu’est-ce que vous dites à ce niveau ?
Ni le Président Kaboré qui est mon chef, ni moi-même nous avons eu la tentation de remettre en cause l’indépendance de la justice. Personnellement, lors d’une rencontre avec les jeunes cadres de mon parti, j’ai dit qu’il fallait dans le cadre de la nouvelle constitution revoir les règles du jeu pour encadrer la magistrature. Je n’ai fait que renforcer le diagnostic que les magistrats eux-mêmes ont posé. Souvenez-vous bien, du 24 au 28 mars 2015, il s’est tenu les états généraux de la justice. Au cours de ces états généraux, les magistrats eux-mêmes ont diagnostiqué des problèmes sérieux. D’abord tenant au manque de matériel, au manque de personnel et aussi au fait que le service public de la justice est gangréné par la corruption, le népotisme et autres. A l’issue des états généraux et je me rappelle très bien parce que j’ai lu leur document, dans le pacte pour le renouveau de la justice en ces articles 77 et 78, il est dit que ces maux sont une réalité au Burkina Faso et qu’il fallait sanctionner les magistrats coupables. Mon propos était de dire que certes la majorité des magistrats est constituée d’hommes intègres, de gens qui veulent faire avancer la justice. Mais il y a des brebis galeuses qui ont terni l’image du corps et qui ont même contribué à rompre la confiance entre les citoyens et les juges. C’est une réalité. Le Président Kaboré et moi nous n’avons fait que répéter ce que les juges eux-mêmes ont dit. Je sais que la justice est en train de faire sa propre toilette en interne. Pour ce qui est de l’indépendance de la justice, je crois qu’il y a beaucoup d’amalgames. L’indépendance de la justice ne signifie pas l’indépendance du juge. C’est deux notions différentes. L’indépendance de la justice signifie dire le droit en toute équité, en toute transparence et en toute légalité. Mais l’indépendance du juge se confine à la possibilité pour un homme de par sa profession de décider au-delà des principes que je viens d’énoncer. Donc en dehors de la légalité, de l’équité et pour toutes autres raisons loin de ces principes. Nous nous prônons l’indépendance de la justice bien comprise. Qu’il n’y ait pas immixtion des autres pouvoirs dans l’exercice de la justice. Qu’il n’y ait pas d’immixtion des puissances d’argent dans le traitement des dossiers judiciaires et que la justice réponde effectivement aux préoccupations des uns et des autres et réponde aux aspirations populaires. Les juges eux-mêmes l’avaient convenu. Il y avait des juges acquis et des juges récalcitrants. Ce n’est ni le Président Kaboré ni moi qui avons inventé ces termes. Notre souhait est que les autres pouvoirs aident la justice à aller dans ce sens. Nous sommes dans le contexte de l’élaboration d’une nouvelle constitution, je crois que cette constitution va apposer les règles pour encadrer ce pouvoir justement également comme les autres pouvoirs.

Pour ce qui concerne la composition du conseil supérieur de la magistrature, d’aucuns que le chef de l’état reste membre du conseil
Je crois que ce débat est actuellement en cours au sein de la commission constitutionnelle. Un sujet qui est important, savoir s’il faut la présence d’un membre de l’exécutif au sein du CSM ou bien faut-il laisser les juges entre eux régler le problème parce que dans l’organisation de la justice, il y a effectivement les parquets qui dépendent de la chancellerie, donc qui dépendent de l’état. Et le ministre de la justice est le responsable du budget de la justice devant l’Assemblée nationale avec le Premier ministre. Il y a aussi cette volonté pour les juges qui sont organisés au sein de leur syndicat, d’avoir une maîtrise des dossiers qu’ils ont sans l’immixtion de l’exécutif. Donc le débat est actuel au sein de la commission constitutionnelle. Je crois que pendant les sorties dans les régions, cette question est revenue. Mais pour le moment, il faut dire que la moitié des citoyens est pour l’indépendance de la justice mais des juges encadrés pour que ça n’aille pas dans tous les sens. Ce débat je ne peux pas donner mon point de vue parce qu’il est en cours. Ce que la constitution va décider, c’est ce qui sera adopté pour notre pays.

Il semble que vous êtes un homme puissant. Vous placez vos protégés aux postes que vous jugez stratégiques dans l’exécutif, l’administration publique et les sociétés d’Etat. Quels commentaires faites-vous ?
Vous savez, les accusations et les dénonciations calomnieuses, d’autres en ont fait leur sport favori. D’abord, j’appartiens à un parti, un mouvement qui a conquis le pouvoir. Ce mouvement est dirigé par le Président du Faso actuel. Dans le cadre de notre parti, chacun a son rôle et aujourd’hui je défie quiconque de me présenter un décret de nomination signé par Salif Diallo. Les décrets, les nominations sont du rôle et des prérogatives du chef de l’Etat et de son premier ministre et des ministres justement par arrêtés. Moi je n’ai rien à y voir. Je n’ai pas nommé un seul tartempion dans l’exécutif ni dans les sociétés d’Etat. Maintenant, je suis responsable d’un parti et mon parti regorge de milliers de militants cadres. Mais ce sont eux qui ont remporté les élections. Ce sont eux qui sont au pouvoir. Que le Président du Faso les désigne, pour les nommer ça et là, c’est de bonne guerre. Nous ne sommes pas dans le cadre du spool system américain mais il faut avouer que nos militants ont le droit et la légitimité d’être nommés parce que ce sont eux qui ont conquis le pouvoir d’Etat à travers les élections. Cela se fait par décision du Président du Faso et non du président de l’Assemblée. Maintenant, moi en tant que responsable du parti, je peux faire des suggestions qui passent toujours et toujours par l’approbation de notre chef qui est le Président du Faso.

Peut-on savoir combien de suggestion avez-vous fait et à quel sujet exactement ?
Je ne sais pas. Mais le président du Faso n’est pas tenu constitutionnellement de respecter même les sujets du parti parce qu’il a la légitimité populaire. Au-delà de notre parti, il est le président du Faso. Donc dites-vous bien que les militants du parti sont des amis du président Kaboré avant d’être mes amis. Nous sommes dans le même parti. Nous partageons la même plateforme.

Quelle appréciation faites-vous des évènements de Manga qui a provoqué des remous au sein de la justice et qui défraie l’actualité ?
Pour être honnête avec vous, je ne connais pas ce dossier. Je viens de rentrer de voyage, vraiment je ne suis pas au faît du dossier. Mais je m’aligne sur la déclaration du président du Faso qui a dit que les juges doivent respecter la loi. Je n’ai pas le fond du dossier, je ne peux parler inutilement d’un dossier que je ne possède pas.

Selon nos informations vous avez été entendu par le juge d’instruction dans l’affaire Dabo Boukary. Alors sans violer le secret de l’instruction, que pouvez-vous nous dire de cet entretien ?
Pour la énième fois, je dis que mon souhait le plus ardent est que ce dossier soit jugé dans les meilleurs délais. Pour d’abord permettre à la famille de cet homme de connaitre la vérité. Deuxièmement, pour que l’opinion publique situe les responsabilités parce qu’il y a eu beaucoup de propagandes malsaines sur ce dossier me concernant personnellement. Sur ce dossier, le juge m’a entendu plus d’une fois. La première fois à ma propre demande parce que certaines organisations ont tendance à dire que j’étais impliqué dans ce dossier. Ce que je sais de ce dossier, j’ai donné ma version détaillée au juge qui en fera état si le dossier est jugé. Les émeutes qui ont conduit à la disparition tragique de ce monsieur ont commencé le 16 mai 1990 à l’université de Ouagadougou. Et le 16 mai 90 à la recherche de son ministre de l’enseignement supérieur, le chef de l’Etat m’a envoyé au campus parce qu’on disait que le ministre était au rectorat. Je suis allé au rectorat mais je n’ai pas pu accéder au ministre parce que devant le rectorat il y avait un regroupement d’étudiants. J’ai attendu à la fin du meeting et j’ai fait la commission parce qu’à l’époque il n’y avait pas de portable. Je suis reparti dans mon bureau. A 15 heures de ce même jour une délégation du Mouvement des droits de l’Homme, le MBDHP, s’est présentée à mon bureau pour dire qu’il y a des étudiants qui ont été arrêtés et amenés au campus. En accord avec la direction du MBDHP à l’époque, nous avons négocié la libération de ces étudiants. Et c’est devant nous que ces étudiants ont été libérés en totalité et le même après midi, j’ai pris l’avion et j’ai quitté le pays. Donc, je suis resté dehors dans la nuit du 16 jusqu’au 22. Quand je suis revenu j’ai appris que les émeutes se sont poursuivies et qu’il y a eu encore des arrestations d’étudiants. Ce n’est qu’en juillet de cette année que le chef de l’Etat m’a informé qu’il y a un étudiant qui est décédé. Donc, l’un dans l’autre, je souhaite vivement que ce jugement ait lieu pour situer les responsabilités des uns et des autres. Moi je suis justiciable comme tout citoyen. S’il y a quelque chose qui me lie à cette affaire qu’on me juge et si ma culpabilité est reconnue que je sois puni. Mais si je suis innocent que certaines personnes cessent de faire une campagne calomnieuse contre ma personne parce que cela est aussi puni par la loi.

C’est ce que vous avez répétez au juge d’instruction ?
Absolument. J’ai été de moi-même. C’est ce que j’ai déclaré devant le juge. C’est fastidieux de donner tous les détails mais devant le juge j’ai donné pleins de détails sur cette journée que j’ai vécue et les circonstances que moi je connais parce que je n’étais pas sur place au pays à l’époque.

Sur le dossier Thomas Sankara, des voix s’élèvent pour dire que le 15 octobre, vous étiez à côté de Blaise Compaoré, et que pour cela le dossier ne peut pas aboutir. Qu’en dites-vous ?
A l’époque j’étais chef de cabinet de Blaise Compaoré, ministre de la justice et à l’heure de l’assassinat de Thomas Sankara, j’étais au domicile du ministre Blaise Compaoré. Il était souffrant, il avait un document qu’il devait remettre au président Thomas Sankara et pour vous dire la vérité, j’étais à deux doigts de la réunion où Thomas Sankara est mort. Je devrais être à la réunion. Donc je l’ai échappé bel n’eut été le fait que Thomas Sankara m’ait envoyé récupérer le document, je serai parmi les victimes. Donc, là également j’ai donné ma version au juge, je lui ai donné toutes les informations que je possédais. Je souhaite que la vérité se fasse un jour pour éclairer l’opinion publique ainsi que la famille.

Pour revenir au PNDES, lors du discours du premier ministre sur l’état de la Nation, vous avez exigé un résultat sous la forme d’une mise en garde. Qu’est-ce que vous prévoyez si les résultats ne sont pas au rendez-vous ?
Je suis optimiste sur le succès du PNDES. Mais, il y a des lourdeurs bureaucratiques dont nous avons hérité de l’ancien système. Il faut vraiment rompre avec tous ces obstacles bureaucratiques, les tentatives de sabotage pour avancer. Le PNDES sera un succès parce qu’il est adossé à l’espoir et à la détermination de notre peuple. Donc, il faut se donner toutes les chances de le réussir. Et actuellement, je crois que les choses sont en train de changer, les promesses sont en train de sortir du tiroir et je crois que nous, en tout cas au niveau du MPP, nous sommes optimistes et nous soutenons avec toute notre force la mise en œuvre du PNDES. Et d’ici 2020, vous verrez qu’il a apporté des solutions, pas toutes les solutions bien entendu mais des solutions sur des préoccupations des Burkinabè.

L’une des faiblesses de notre pays, c’est la bonne gouvernance. Quels sont les garde-fous à mettre en place pour empêcher la dilapidation des fonds qui seront mobilisés ?
Au niveau du PNDES l’aspect institutionnel est déjà en place et des mécanismes sont prévus à tous les niveaux. Aussi bien au niveau provincial, régional, qu’au niveau central et des systèmes de contrôle interne et externes sont prévus à tous les niveaux pour éviter que le PNDES soit une occasion d’enrichissement d’une certaine élite. Mais que cela soit un projet porteur dans l’intérêt du peuple. Ce que les gens constatent souvent comme lenteur aussi est dû aux nécessités de contrôle. Pour le moment, le programme est lancé sur plusieurs fronts.

Vous avez foi quant à la réussite de ce programme, mais que signifierait pour vous son échec ?
Je n’envisage pas l’échec du PNDES.

La caisse de dépôt et de consignation est conçue pour être le bras financier de l’Etat, et l’Assemblée nationale se positionne comme le vigile en tant qu’institution de contrôle en vue de la bonne administration des fonds. Quel est le mécanisme qui est prévu à cet effet ?
D’abord il faut féliciter le gouvernement qui a eu cette idée de créer la caisse de consignation. C’est une structure qui part d’abord des moyens internes du Burkina Faso. Deuxièmement, c’est une structure qui est soustraite à la commission bancaire de l’Uemoa. Et c’est une structure qui permet au gouvernement, pour des projets majeurs, de prendre les intérêts des placements pour exécuter les projets, parce qu’actuellement les cotisations salariales des fonctionnaires à la Carfo, à la Cnss, sont des intérêts placés dans des banques privées qui les utilisent pour refaire des prêts à nos citoyens sans que cela ne profite réellement à notre pays. La caisse de consignation permet de sécuriser les cotisations des travailleurs, de prendre en compte les consignations. Dieu seul sait comment les consignations sont dispersées au Burkina Faso dans les greffes, chez les avocats. Ce sont des comptes qu’on n’a pas utilisés pendant un long bout de temps. Ceux qui avaient en charge leur garde les utilisent pour leurs propres affaires. Il faut centraliser tout cela pour faire un pactole important en vue de financer des projets. Il y a des pays comme la France elle-même, la Tunisie, le Sénégal, qui ont réussi avec leurs caisses à financer des projets en dehors de toute négociation avec les partenaires comme le FMI et la Banque mondiale. Vu que ce sont des fonds publics, la surveillance de la caisse dans la plupart des pays est confiée à l’Assemblée nationale. Et le directeur ou la directrice doit avoir une sorte d’approbation de l’Assemblée nationale. Mais le comité de surveillance de l’Assemblée inclut obligatoirement l’opposition. Et chaque année, la direction de la caisse doit rendre compte devant l’Assemblée, à l’opinion publique sur le fonctionnement de la caisse. C’est un instrument que je souhaite qu’il se mette rapidement en place et qu’il puisse donner des résultats probants pour que le gouvernement puisse avoir un levier pour régler les problèmes de développement.

Il se trouve que dans la structure homologue en France, les grands Corps de l’Etat : Cour des comptes, Trésor public, etc. présents sont absents chez nous. Par contre, on trouve dans la structure nationale la présence de 4 membres d’un même ministère, celui des finances. Cela ne remet-il pas en cause l’équilibre du contrôle parlementaire ?
Dans le texte actuel, non seulement le trésor est représenté mais l’Assemblée nationale peut et doit aussi recourir à la cour des comptes pour vérifier en tant qu’auditeur externe de la caisse. Donc, sur demande de l’Assemblée qui compose le comité de surveillance toute structure nationale, même des citoyens spécialistes peuvent-être mobilisés pour nous donner des informations financières.


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