L’esprit du « mouta-mouta », un danger pour la république !

Publié le jeudi 29 juin 2017

Dans le Burkina actuel, la transparence semble ne pas être la chose la mieux partagée. Il faut dire que derrière la vérité, il y a ceux qui n’ont pas intérêt à ce qu’on la vérifie. Ils font d’abord passer leurs intérêts avant le pays. Difficile de croire qu’un pays comme le Burkina peut gagner le pari de son développement si la transparence n’est pas le maître-mot de la gouvernance. Il n’y a qu’à regarder la dernière actualité en date pour se rendre compte du mouta mouta dans lequel on nous maintient : la signature du protocole d’accord entre le gouvernement et le syndicat des agents du Trésor public. Un voile de mouta mouta entoure la question. Tout le contraire de la transparence synonyme de clarté, d’absence de dissimulation ou de mensonge. Depuis la signature du protocole, même les journalistes sont devenus des personnes non grata auprès du syndicat des agents du trésor. Pas question de piper le moindre mot sur ce protocole. Les journalistes qui en font la demande sont envoyés paître. Pourtant, ils étaient sollicités par le syndicat des agents du trésor au temps fort de leur revendication (sit-in). On peut tenter de les comprendre. Quoi qu’il en soit, ce protocole va grignoter dans la poche de l’ensemble des contribuables. Ils n’ont donc pas intérêt qu’il soit divulgué afin de les exposer à la critique de l’opinion. Au niveau du gouvernement à travers le ministère de la fonction publique, c’est le même mouta mouta. Ce serait d’ailleurs l’autorité qui a suggéré au syndicat de garder le silence sur le contenu du protocole. Là également, on peut essayer de comprendre. Le gouvernement a peur de la réaction de l’opinion. Toute chose qui peut pousser d’autres corps à maintenir fermes leurs revendications. Que ce soit le gouvernement ou le syndicat des agents du trésor, qu’ils ne se méprennent pas. Ce document gardé top secret sera rendu public. Ce n’est qu’une question de temps.

« Mais le plus gros problème dans notre pays est que les citoyens eux-mêmes semblent baigner dans un esprit de mouta mouta. C’est l’intérêt personnel ou privé qui commande, au détriment de l’intérêt général. C’est la course effrénée vers le gain. Dans cet état il y a un vide de responsabilité vis-à-vis du bien commun »

Cette attitude nous amène à réfléchir et à comprendre pourquoi la loi portant accès aux documents administratifs, adoptée sous le Conseil national de la transition, souffre dans son applicabilité : jusqu’à présent, les textes d’application ne sont toujours pas adoptés. Même l’autorité semble ne pas y trouver son compte en la rendant opérationnelle. Pourtant, c’est bien Roch Marc Christian, alors qu’il faisait la chasse aux voix qui écrivait ceci dans son programme : « Je ferai (…) de la transparence et de la reddition des comptes un axe fondamental de la gestion budgétaire. En ce sens, il sera mis en place un dispositif de reddition des comptes, impliquant une facilité d’interpellation par la population des acteurs de la gestion budgétaire. »
Qui donc est mieux placé que le journaliste pour interpeller ?
Mais le plus gros problème dans notre pays est que les citoyens eux-mêmes semblent baigner dans un esprit de mouta mouta. C’est l’intérêt personnel ou privé qui commande, au détriment de l’intérêt général. C’est la course effrénée vers le gain. Dans cet état il y a un vide de responsabilité vis-à-vis du bien commun. Toute chose qui rappelle ce qu’écrivait Norbert Zongo dans L’Indépendant n°22 du 28 décembre 1993 sous le titre : En toute indépendance. Extrait : « Nous voulons une Presse plus responsable ! ». Une si honorable quête. Mais qu’est-ce qu’une presse responsable dans nos pays ? Il y a sans doute plusieurs réponses à cette question. Selon la sensibilité des uns et des autres. Selon leur degré de compréhension, selon leur culture, leur option politique. Qu’est-ce qu’une Presse responsable si son public ne lui reconnaît aucune responsabilité ; pire, si son public lui-même ne veut assumer aucune responsabilité ? (…). Dans les grands pays, au nom de l’intérêt général, de la transparence, des citoyens assument leur responsabilité. C’est une vertu qu’il faut cultiver.

Par Basidou KINDA


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