Une icône de la révolution sankariste s’en est allée !

Publié le jeudi 29 juin 2017

On connaissait l’homme politique, le concepteur du DOP (même si dans la réalité c’est une œuvre collective), l’idéologue, l’écrivain. Avec sa mort et les témoignages aidant, on découvre que l’homme était aussi un humaniste dans l’âme et un visionnaire. Il y a sans doute une part de dithyrambe dans les nombreux hommages qui lui ont été rendus car c’est bien connu, la mort efface bien des rancœurs humaines. Pour nombre d’observateurs, la vie de Valère Somé a été une grande énigme. Dans l’homélie qu’il a prononcée à l’occasion de l’absoute, Monseigneur Der Raphael Kusielé Dabiré, évêque de Diébougou résume en quelques mots la flagrante contradiction de l’homme politique qui a fait l’option d’une idéologie athée (le marxisme-léninisme) tout en affirmant dans le même temps sa foi chrétienne catholique. Le dialecticien qu’il fut a peut-être sublimé (subjectivement s’entend) cette contradiction apparente, sans toutefois être parvenu à en traduire le fondement logique. Mais ce qui compte pour les concitoyens que nous sommes, c’est davantage sa vie politique et sociale réelle dont il ressort des témoignages qu’elle fut fortement empreinte d’humanisme. Et pourtant le parcours politique de l’homme a été ponctué de ruptures violentes et de recompositions laborieuses. Incontestablement, le mouvement scolaire et estudiantin a été le creuset de son engagement en politique. C’est la crise intervenue au sein de l’Union générale des Etudiants voltaïques en 1978, avatar des divergences intervenues au sein de l’organisation communiste voltaïque (OCV) qui va véritablement le révéler. De cette crise naitra l’Union de lutte communiste en octobre 1979. Mais le groupe est très vite traversé par des divergences qui conduisent à sa dissolution en 1981 à l’initiative dit-on de Valère Somé. L’homme expliquera plus tard qu’il s’agissait en fait d’une dissolution tactique dictée par la répression du régime des colonels du CMRPN. Dans son esprit, l’ULC entendait tout de même continuer ses activités mais dans la clandestinité. Le hic, c’est que cette décision de portée tactique n’a pas été du gout de certains de ses camarades qui y ont vu une dérive autocratique d’un « petit bourgeois » qui a tout simplement capitulé face aux difficultés. Mais le coup d’Etat des capitaines, intervenu le 4 août 1983 donne l’occasion à Valère de rebondir. Il rameute ses troupes, ressuscite sans préavis la défunte ULC avec l’intention de construire une avant-garde pour la révolution : « Nous n’avons pas le droit, écrivait-il dans le Prolétaire, (l’organe d’information de l’ULC), d’abandonner l’armée du peuple sans son état-major, le parti communiste. » Et de saisir l’occasion pour s’adresser à tous ceux qui se réclament du communisme : « Tout refus des communistes de participer au sein du présent processus, équivaudrait pour eux à marcher aux côtés de la bourgeoisie réactionnaire et contre-révolutionnaire ».

« Le grand homme unanimement célébré, l’idéologue, l’homme d’Etat, le visionnaire, n’a jamais réussi à rassembler cette grande famille des progressistes burkinabè. C’est sans doute le grand échec de sa vie, tant celle-ci fut entièrement absorbée par la politique. »

Avec quelques rescapés, Valère réveille la fantomatique ULC, sous une nouvelle dénomination : l’Union de lutte communiste-reconstruite (ULC-R). Mais la Révolution démocratique et populaire ne réussira jamais à se doter de cette avant-garde révolutionnaire résultante de l’unité des communistes burkinabè dans la révolution. Les groupes politiques communisants qui ont rejoint la révolution sankariste se sont épuisés dans des querelles intestines qui finiront par avoir raison de la révolution elle-même. C’est dans la désunion totale et de cacophonie des groupes qu’est intervenue en effet la tragédie du 15 octobre 1987. Les vainqueurs du moment eurent alors la part belle pour écrire l’histoire secrète de cette révolution à leur convenance. Valère et son groupe l’ULC-R furent confinés à tort ou à raison dans le rôle de « moutons noirs ». Dans les nuits froides de décembre, son dernier ouvrage publié par les Editions du Millénium, (lire à ce propos l’article de Ludovic Kibora dans bouillon de culture), il décrit l’enfer des tortures qu’ils ont subies ses camarades et lui. Quand il sortit enfin de cet enfer, sa conviction était faite. C’est l’exil ou la mort. Il choisit l’exil, un exil très difficile, qui lui permit cependant d’apprendre encore plus de la vie. Dans l’hommage qui lui est rendu par Moïse Traoré, un de ses anciens camarades de lutte au cimetière de Gounghin, il a pointé pour le déplorer, la grande faiblesse des progressistes et révolutionnaires burkinabè : leur dispersion. En effet, jusqu’à la fin de sa vie, l’unité tant rêvée et professée par Valère et nombre de ses anciens camarades est restée introuvable. Le grand homme unanimement célébré, l’idéologue, l’homme d’Etat, le visionnaire, n’a jamais réussi à rassembler cette grande famille des progressistes burkinabè. C’est sans doute le grand échec de sa vie, tant celle-ci fut entièrement absorbée par la politique. Mais de cela il ne peut seul emporter la responsabilité. Et comme l’a dit le représentant de la communauté des cascades sur la tombe de Valère (ses parents à plaisanterie), « il a fait sa part de boulot ». Le reste est l’affaire des vivants. Qu’il repose en paix !

Par Germain B. Nama


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