Accord de Paris sur le climat : Le retrait des Etats-Unis, un pétard mouillé

Publié le jeudi 29 juin 2017

Le monde s’est ému, une fois encore, d’une des décisions de Donald Trump, celle de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Cette volonté, a priori, lourde de conséquences pour le monde et notamment pour l’Afrique considérée comme la victime innocente du changement climatique se révèle, a postériori, comme un pétard mouillé en ce qu’il devient un acte d’isolement du président américain sur le plan national et international.

On se souvient que lors de la course à la Maison- Blanche, le candidat Donald Trump avait déclaré que « la nature n’a pas besoin qu’on s’apitoie sur son sort ». Une telle affirmation, selon des analystes, s’apparente à de l’ignorance. Mais l’idée a continué à hanter l’esprit de celui qui, à l’issue de cette course, deviendra le président de la Première Puissance Mondiale. Et contre toute attente, alors qu’on s’attendait qu’il évolue sur le sujet, Donald Trump s’est embourbé dans son absurdité. Jeudi 1er juin 2017, depuis les jardins de la Maison- Blanche, il indigne et estomaque le monde par une décision anachronique après avoir longtemps entretenu le suspense. « L’heure est venue de quitter l’Accord de Paris » a-t-il fait savoir en invoquant une série de neuf arguments qui sous- tendent cette prise de position. L’intention étant de satisfaire un cercle restreint d’industriels auxquels il a fait une promesse de campagne. Mais cette décision, comme il fallait s’y attendre, a provoqué le tollé général, fâché les uns et déclenché la colère des autres. Les réactions sont multiples et multiformes. Il est à retenir, pour l’essentiel, que l’Europe toute entière a fustigé cette attitude versatile du président américain même si la Grande Bretagne, un peu mitigée, s’est refusée à aller plus loin dans sa déclaration. Dans la foulée, le président français Emmanuel MACRON a donné de la voix en répondant à qui de droit que la COP 21 ne sera pas renégociée. La Chine, premier pays pollueur devant les Etats-Unis, serrent les coudes avec l’Europe cependant que la Russie de POUTINE reste dubitative et semble faire le lit à la volonté de Donald Trump. L’Afrique, la victime innocente du changement climatique, a condamné, elle aussi, le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris. Le Burkina Faso, par l’entremise de son ministre de l’environnement, a regretté que Donald Trump ait dénoncé cet accord qui a fait l’unanimité des 195 pays du monde. Il demande, par conséquent, aux autres pays de rester solidaires pour faire avancer les résolutions issues de cet accord. Le Rassemblement des Ecologistes du Burkina Faso (RDEBF) a déclaré avoir appris avec surprise et consternation cette décision des Etats-Unis de se retirer de la COP21. En plus des risques de pollution et d’augmentation de l’émission des gaz à effet de serre que cela fera courir à l’environnement, le RDEBF s’inquiète du devenir du Fonds Vert alloué à l’Afrique dont les Etats-Unis y contribuent pour une grande part.

Les Américains mobilisés contre le retrait

L’Accord de Paris sur le climat convient aux attentes de nombreux Etats américains, de collectivités ainsi qu’à une panoplie d’entreprises. En témoigne les réactions à l’intérieur même des Etats-Unis. Les premières sont venues d’une centaine d’entreprises et d’une trentaine de PDG dont ceux de Facebook, Google, Apple, d’Exxon, ou encore Elon Musk qui ont brandi la menace de quitter le conseil économique et l’initiative pour les emplois industriels dans lesquels il siégeait. Ensuite, les maires de 75 villes représentant 42 millions d’habitants, les gouverneurs de 12 États abritant 102 millions d’Américains ont publiquement appelé Trump à ne pas sortir de l’Accord de Paris. A ces deux premières réactions viennent s’ajouter une troisième qui présente deux volets. Le premier volet s’appréhende de la volonté de certains Etats comme la Californie et New-York de s’engager plus avant encore dans la lutte contre le changement climatique. Le Gouverneur de la Californie serait allé plus loin en signant un accord bilatéral sur le climat avec la Chine. Car la Californie vit au rythme de la restriction d’eau depuis cinq années et son Gouverneur n’entend pas laisser l’opportunité de l’Accord de Paris dont il espère beaucoup. D’un autre côté, le maire de Pittsburgh lui-même a déclaré après l’annonce de Trump que sa ville tiendrait ses engagements conformément à l’Accord de Paris ! Et il est dit que l’opinion publique américaine est plus favorable à rester dans l’Accord de Paris pour des avantages d’emplois que cela offre. Pour corroborer cette thèse, Gérald MARADAN, co-fondateur et PDG du cabinet d’EcoAct a affirmé que « le développement des énergies renouvelables génèreront 770.000 emplois, soit 10 fois plus que le secteur du charbon et créeraient des jobs 17 fois plus rapidement que le reste de l’économie américaine. Ce qui fait qu’actuellement, « Certains états conservateurs comme le Texas et l’Iowa se trouvent dans une forme de schizophrénie entre leur volonté de s’opposer aux politiques climatiques, et les retombées économiques et en termes d’emplois dues aux énergies renouvelables », observe David Levaï. Plus important encore, c’est que la sortie de l’Accord de Paris ne peut pas être effective avant le 4 novembre 2020, soit quatre ans après la ratification, et ceci donc, au lendemain de la prochaine élection présidentielle américaine. On est cependant conscient que durant cette période, Donald Trump ne s’exécutera pas et l’Accord de Paris restera lettre morte. L’Accord lui-même, conçu pour prendre la suite du Protocole de Kyoto (dont les États-Unis étaient également sortis), n’entrera en vigueur qu’en 2020, grâce à la ratification par 145 pays représentant 83% des émissions. Or 55 pays représentant 55% des émissions mondiales auraient suffi. Le retrait des Etats-Unis ne manquera pas certes d’avoir des effets pervers sur le climat et l’Afrique. Donald Trump refusera d’honorer quelque engagement que ce soit prévu dans le cadre de l’Accord, à commencer par leur contribution au Fonds vert et aux 100 milliards de dollars annuels promis aux pays les plus pauvres pour les aider à financer leur transition écologique et à s’adapter aux impacts du changement climatique. Seulement à bien d’égards, on constate dans l’évolution des faits, que cette décision du président américain, devient un étau qui se resserre autour de lui. En outre, les quelques industriels du charbon qui bénéficient des largesses de Trump auront du mal à rétablir la compétitivité de leur industrie face aux gaz de schiste et à des énergies renouvelables dont les coûts poursuivent leur baisse. Les dirigeants chinois qui ont étroitement travaillé avec l’administration OBAMA pour l’Accord de Paris ont l’occasion de reprendre le flambeau des champions des énergies renouvelables et d’être en tête de peloton sur le plan technologique et en matière d’innovation.

Raphaël N. ASPAVATI


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