Le Burkina dans un cul de sac

Publié le lundi 19 juin 2017

Le pouvoir avait été prévenu. Il n’y aura pas d’état de grâce sur le front social. Bassolma Bazié, secrétaire général de la CGTB avait expliqué que l’état de grâce aurait pu se justifier si les tenants du pouvoir étaient de nouveaux venus qui avaient besoin d’un certain temps pour prendre connaissance des dossiers. A ses yeux, le président Roch et ses amis ont largement partagé les 27 ans de règne du pouvoir de Blaise Compaoré. Mieux, ils en étaient même (pour certains) les principaux inspirateurs. Malheureusement, ce coup de semonce ne semble pas avoir été pris au sérieux. L’électrochoc attendu avec la publication de la composition du premier gouvernement a fait l’effet d’un pétard mouillé. Les mesures qui ont suivi, en particulier celles qui touchent aux leviers stratégiques de l’Etat ont achevé de convaincre les Burkinabè que le nouveau cap espéré n’est pas au rendez-vous. On n’a pas mis du temps pour se réinstaller dans l’ambiance de la république des « copains et des coquins ». Bref, on n’a pas travaillé à donner tort au syndicaliste. Quel gâchis !
Et pourtant, le président Roch avait, malgré tout, une image positive auprès de ses compatriotes. Un atout considérable pour impulser une dynamique de réformes portée par des hommes et des femmes capables d’emporter l’adhésion et même l’enthousiasme des Burkinabè. Quand on regarde le cours des événements, ce pari semble compromis. En voici le tableau : la parole politique a perdu sa crédibilité. La conséquence est que les Burkinabè se sont laissés convaincre que seuls comptent les rapports de force. C’est ce que l’on constate malheureusement sur le terrain avec la multiplication des revendications, la défiance de l’autorité étatique, l’incivisme pernicieux, autant de comportements potentiellement porteurs de chaos. Que faire ? Deux tentations conduisent toutes à l’impasse. Primo, céder aux revendications, avec la certitude de gripper la machine étatique. On ne voit pas comment un Etat aussi indigent que le Burkina peut se permettre d’ignorer cette faiblesse fondamentale et se comporter en Etat Providence.

« La corruption c’est plutôt une tentation et non une fatalité. Il faut une vigilance quasi militaire pour ne pas sombrer. Une exigence absolue si le pouvoir MPP veut éviter un naufrage imminent ».

Secundo : Avouer son impuissance à satisfaire les revendications. La conséquence éventuelle, c’est le durcissement des mouvements revendicatifs avec comme corollaire l’inévitable répression. Le gouvernement peut-il se le permettre ? Des dossiers tests sont actuellement sur sa table : la grève des agents du Trésor et la proposition de loi sur la réforme du droit de grève. Le sort qui sera fait à ces dossiers sera un indicateur de tendance. Il y a cependant un élément qui risque de s’imposer les prochains jours comme un paramètre incontournable dans la gestion de la situation. C’est l’opinion publique dont on sent de plus en plus l’agacement. Il y a comme un ras le bol qui monte face à la multiplication et au durcissement des mouvements revendicatifs. Cette tendance est encore embryonnaire dans les canaux d’expression formels mais il n’est pas exclu qu’elle emprunte des formes plus structurées dans les jours ou semaines à venir. Le pouvoir aurait cependant tort de surfer sur cette tendance favorable.
La bonne stratégie c’est celle qui consisterait à travailler à l’amélioration de l’image et de la qualité de la gouvernance. Cela passe par l’affirmation de la cohésion ainsi que l’exemplarité du leadership politique, l’établissement d’un lien de confiance entre le peuple et ses dirigeants, le renforcement de la qualité de la gouvernance économique et sociale, le bannissement du copinage dans la vie de l’Etat.
Montesquieu avait dit que le pouvoir corrompt et il corrompt absolument. Ce n’est pas une simple clause de style mais plutôt une réalité que les tenants actuels du pouvoir ont le loisir d’expérimenter tous les jours, pour peu qu’ils soient animés d’un minimum de bonne foi. Mais la corruption, c’est plutôt une tentation et non une fatalité. Il faut donc une vigilance quasi militaire pour ne pas sombrer. Une exigence absolue si le pouvoir MPP veut éviter un naufrage imminent.

Par Germain B. Nama


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