Militaires incarcérés La paix sociale passe par la justice vraie

Publié le samedi 2 juin 2012

Par Germain B. Nama

Les Ouagalais ne sont pas prêts d’oublier ces moments de folie qui ont marqué la vie de nos casernes. Un an après, ils continuent de se demander ce qui a bien pu se passer. Les rencontres organisées par le chef de l’Etat ont certes permis de mesurer le fossé qui séparait la troupe de sa hiérarchie mais pour autant les formes revêtues par leur mécontentement ne pouvaient être acceptées. Et de fait, elles ont provoqué la réprobation unanime de la population qui ne comprenait pas pourquoi c’est elle qui devait payer les fautes d’une hiérarchie militaire incompétente et corrompue. Un an après ces événements, le calme s’est peu à peu installé et l’on se prend à espérer que les choses aillent désormais mieux, pas seulement dans les casernes mais aussi et surtout pour l’ensemble des Burkinabé.

 

Au compteur, plus de 500 militaires ont été radiés des effectifs de l’armée et 307 attendent dans les geôles, de connaître le sort judiciaire qui leur sera réservé. Mais les Burkinabé auraient tort s’ils se contentent d’attendre les bras croisés que justice se fasse. Ils ont un devoir de vigilance vis-à-vis des acteurs visibles et invisibles de la justice qui hélas sont loin d’être au dessus de tout soupçon. Il faut pour cela se féliciter de ce que les mères et épouses des militaires incarcérés aient compris qu’elles avaient un rôle à jouer. Elles ont en effet décidé de battre le pavé, allant de la place de la Nation à la Justice militaire, puis à l’Etat Major des Armées pour dénoncer ces détentions jugées ‘‘arbitraires et sélectives’’. Naturellement, il appartiendra à la justice de faire la part des choses en montrant qu’elle a eu raison d’envoyer ces jeunes gens au frais. En attendant, le doute commence à habiter de nombreux burkinabé. L’on se demande en effet sur quelle base les arrestations ont été ordonnées. Bien sûr, nombre d’entre elles ne souffrent d’aucune contestation. D’autres par contre et elles sont nombreuses demandent à être davantage étayées, tant elles ressemblent plutôt à des règlements de compte. Quoi qu’il en soit, ce que l’on attend, c’est au bout du compte une justice qui fait la preuve de son impartialité à travers des actes de procédures pertinentes et des décisions courageuses et justes.

 

Mais déjà des récriminations se font entendre. A-t-on décidé de sacrifier les uns et de protéger les autres ? Quelle différence fait-on entre les militaires qui ont vandalisé et pillé des magasins, violé les filles et ceux qui s’en sont pris à leurs supérieurs hiérarchiques ? Les langues commencent aujourd’hui à se délier et on en apprend des choses. Par exemple, que des perquisitions effectuées à la garnison de Ouagadougou, un impressionnant butin a été récupéré chez des militaires. Qu’aucun n’est en ce moment détenu. Plus d’une centaine étaient pourtant concernés. Seulement une vingtaine d’entre eux avaient été conduits à la MACO le 03 octobre 2011. Ils auraient été libérés le 07, soit seulement 05 jours après. Qu’au RSP, en dépit de la fracassante mutinerie des 14 et 15 avril, aucun élément n’a été radié ni emprisonné. Vrai ou faux ? Il appartient à la communication gouvernementale de répondre. Des statistiques nous parviennent des milieux proches des anciens mutins. En attendant la réaction des mis en cause, nous pouvons tenter de réfléchir ensemble. Quelles pourraient être en effet les conséquences éventuelles d’une politique de deux poids deux mesures dans la répression des éléments qui ont pris part aux mutineries ? On sait que quand des gens ont ‘‘déconné’’ ensemble, difficile de leur cacher la réalité des faits qu’ils sont les premiers à connaître, pour les avoir eux-mêmes commis. Le sentiment d’injustice qui peut naître du traitement discriminatoire peut être ravageur. Il faut donc l’éviter. Autre chose, c’est cette hiérarchie totalement corrompue par qui le malheur est arrivé. Peut-on raisonnablement fermer les yeux sur les fautes qui ont entrainé les mutineries ? Les responsables sont connus. Se contenter de leur retirer le commandement n’est pas une solution suffisante. Ils ont l’obligation de rendre compte devant des instances qualifiées, bien entendu dans le respect de leurs droits citoyens. Cela est naturellement valable tant pour les militaires que pour les civils. De tout cela, on ne voit rien poindre. Certes Luc Adolphe Tiao a ici et là donné un coup de pied dans les fourmilières mais ces actes relèvent plutôt du symbole. Venu pour éteindre la crise, il aurait pu en profiter pour véritablement nettoyer les écuries, quitte à être impopulaire. Il n’y a rien de grave en cela, si les actes posés s’inscrivent dans le sens de l’histoire. Dans la gestion du dossier des mutins, il y a lieu de faire attention aux amalgames. C’est bien connu : malheur au voleur qui se laisse prendre. Il portera la croix à la place de tous les autres voleurs. Pour sortir de ce piège, la justice doit nécessairement passer. Afin que tous les burkinabé soient à même de s’instruire et de tirer les leçons de cette sombre page de notre histoire nationale.

 


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