Les dieux nous sont-ils tombés sur la tête ?

Publié le lundi 19 juin 2017

Même au sommet de sa dictature, le président Gnassingbé Eyadema connaissait bien ses limites : les femmes commerçantes, ces Nanas Benz étaient sa peur bleue. Le dictateur n’hésitait pas à réprimer les manifestations contre son pouvoir mais ces femmes-là étaient manifestement sa grande faiblesse. Elles avaient en effet une arme de destruction massive : le chantage à la nudité. A chaque fois qu’elles devaient manifester, elles brandissaient la menace de s’exhiber nues à travers les rues de Lomé. Et le président prenait toutes les précautions nécessaires pour que cela n’arrive pas. Avec juste raison ! L’homme redoutait en fait la « malédiction » qu’une telle attitude était censée attirer sur son pouvoir. Si nous convoquons cette histoire, c’est pour l’opposer à l’attitude de certains Burkinabè qui semblent avoir tout oublié du legs de nos croyances et notamment le mystère qui entoure la femme, la mère de l’humanité, l’avenir de l’homme comme l’a déclamé le poète Aragon. Ces Burkinabè considèrent-ils sans doute que la manifestation des femmes le 27 octobre 2014, brandissant des spatules en l’air n’était que pur folklore ? Comment ne pas s’émouvoir voire condamner avec la dernière énergie ce qui est arrivé à cette jeune femme le 23 courant, que l’on a littéralement mise à nu et lynchée et cela pour une hypothétique histoire de vol d’enfant, qui se révèle finalement être une grave méprise. Il suffit de se mettre à la place des proches de la jeune dame (un mari, une belle sœur, un fils et bien sûr elle-même) pour comprendre le préjudice moral et psychologique qui est ainsi causé.

« Comment ne pas s’émouvoir voire condamner avec la dernière énergie ce qui est arrivé à cette jeune femme le 23 courant, que l’on a littéralement mise à nu et lynchée et cela pour une hypothétique histoire de vol d’enfant, qui se révèle finalement être une grave méprise. »

Pour les auteurs d’un tel forfait, il est sans doute dérisoire d’invoquer la dignité humaine, cette valeur qui fonde l’essence même de l’être humain. C’est sur cette valeur supérieure que se fondent les lois de la république, ce corpus de lois qui consacrent les droits de l’homme.
A présent, ce qui est fait est fait. L’humiliation ainsi que la dignité bafouée de la dame sont irrémédiables. Mais ce qui est fait ne peut pas être simplement passé en pertes et profits. Il faut sortir de ce laxisme débordant. Et pour emprunter le mot à la Transition, personne n’est à l’abri de ce geste ignoble. Comme le fait remarquer Gustave Le Bon (médecin, anthropologue, psychologue social et sociologue français) « la foule n’a pas d’âme. » Elle manque de raison. Nous sommes tous à la merci de la vindicte populaire.
Ce qui s’est passé ce mardi 23 mai vient s’ajouter à de nombreux cas similaires. La liste est longue : des policiers tués dans l’exercice de leur fonction, des élèves qui séquestrent leurs enseignants. Bref, la justice privée est partout omniprésente. Malheureusement, il n’y a rien en face, pas même pour assurer l’équilibre de la terreur. Dans quel pays sommes-nous ? La « fermeté » annoncée depuis le 29 décembre 2015 n’est-elle que du vent ? Que dire des Koglweogo qui ne cessent d’additionner les bavures ? Avec le temps, ils se sont bien implantés et ont pris du volume. Aujourd’hui ils sont devenus un danger, non seulement pour les citoyens mais pour la république elle-même. Ah, les dieux nous sont-ils tombés sur la tête !

Par Basidou KINDA


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