Rentrée du Barreau : Les avocats veulent mieux défendre les citoyens

Publié le mardi 30 mai 2017

Du 27 au 29 avril dernier a eu lieu la rentrée du barreau burkinabè à Ouagadougou. Dans un contexte national marqué par l’insécurité, le thème qui a fait l’objet de réflexion des porteurs de la toge noire est : « Les libertés dans les politiques publiques de sécurité : rôle de l’avocat ». La cérémonie d’ouverture a été présidée par le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré.

C’est désormais une tradition. Chaque année, le barreau organise sa rentrée. A ce rendez-vous de 2017, ils étaient plusieurs dizaines d’avocats venus d’une quinzaine de pays. Il s’est agi pour eux de mieux définir leur rôle dans un monde en proie à l’insécurité et aux violations des droits de l’homme. Cette rencontre a été l’occasion pour maître Mamadou Savadogo, bâtonnier de l’ordre des avocats du Burkina, de revenir sur le sens de cet événement annuel. Cette rencontre, explique-t-il, est une occasion pour le barreau de renouveler son serment, son engagement et sa détermination à construire son action pour une société plus juste, plus libre et plus humaine. Le contexte national actuel étant marqué par l’insécurité, les avocats se sont interrogés sur la question de savoir « comment assurer la sécurité sans attenter aux libertés ». En effet, pour le bâtonnier, le gouvernement face au terrorisme et dans sa tentative d’assurer une plus grande sécurité au citoyen peut se heurter aux valeurs démocratiques et à l’Etat de droit. Dans ce cas, le citoyen à le droit de se défendre et pour ce faire, il existe un arsenal juridique qu’il faille juste adapter au contexte. C’est là justement que le rôle de l’avocat, « sentinelle du droit », intervient, a-t-il ajouté. Ce rendez-vous a également été l’occasion pour le bâtonnier de fustiger « les dérapages » des groupes d’auto-défense Kogl weogo. Selon lui les activités de ces derniers qui « arrêtent les citoyens, les torturent, les jugent eux-mêmes pour des infractions qu’eux seuls ont définies, suivent une procédure qu’eux seuls ont élaborée, exécutent eux-mêmes la décision qu’ils ont rendue » doivent prendre fin. Selon maître Mamadou Savadogo, « ils cumulent à la fois par leur seule volonté, le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire ». Ce qui n’est pas correcte dans un Etat de droit. Le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, président de cette cérémonie a pour sa part félicité les avocats pour le thème qui, selon lui, interpelle les différents acteurs de droit sur la nécessité de réappropriation de leur mission de protection et de promotion des droits fondamentaux que sont la liberté et la sécurité.

Rôle du barreau face à la violation des droits de l’Homme

Le barreau ne tient plus ainsi à rester en marge des questions de violation de droit de l’Homme. Ces dernières années on assiste à une recrudescence de l’insécurité. Or selon la Cour permanente de justice internationale, il y a un principe de responsabilité de l’Etat dans la violation de droits et des principes fondamentaux. C’est ainsi que pour Abdoulaye Soma, exposant sur la question, a exhorté les avocats à jouer un rôle de veille dans la mise en jeu de la responsabilité de l’Etat dans la violation des droits fondamentaux humains. « Une chose est d’assumer la responsabilité et une autre est sa mise en œuvre », a dit le conférencier. Pour ce faire, il a exhorté les avocats à s’auto former sur ces questions, le cycle normal de leur formation n’offrant pas la profondeur qu’il faut dans la maîtrise de ces techniques.

Libertés et média sociaux : collaboration ou incompatibilité ?

Il ne fait aucun doute qu’il y ait un rapport aussi bien de collaboration que d’incompatibilité entre les libertés et les médias sociaux selon Dominique Kabré, conférencier. Pour lui, le premier rapport entre les médias et les libertés est conflictuel en ce sens que les médias sociaux défient les libertés. A ce sujet, il dira que « les réseaux sociaux sont souvent l’occasion d’abus des libertés d’expression et de presse ». Les raisons sont entre autre dues à l’accès facile à ces médias, à la possibilité offerte par ces réseaux d’agir dans l’anonymat à travers les fausses identités et les pseudonymes. A ces raisons s’ajoute le sentiment d’impunité. « Comme on est dans un monde virtuel, on pense qu’on peut tout dire », a-t-il déclaré.
Mais selon lui, ce rapport n’est pas que conflictuel. Les médias sociaux sont également un allié sûr de la liberté d’expression en ce sens qu’elles sont un moyen d’extension des libertés. A ce sujet le conférencier a déclaré : « Je ne pense pas que dans l’histoire de l’humanité les citoyens aient eu autant de conditions favorables pour exprimer leur liberté ».
Pour lutter contre les abus sur les médias sociaux, il préconise de paramétrer les pages Facebook de sorte à ce que l’information ne puisse être vue que par les amis. « Il s’agit de correspondance privée ». Il a également souhaité que le principe de responsabilité civile qui consiste à mettre chaque citoyen devant la responsabilité de ses publications soit pleinement appliqué. Pour lui, lorsqu’on fait partie d’un corps de métier qui a des obligations, on est tenu par ces obligations quand on s’exprime sur les médias sociaux. Ainsi, le magistrat et l’avocat doivent être tenus par une obligation de discrétion, le fonctionnaire par une obligation de réserve. Les professionnels de la presse eux doivent se conformer à la règlementation des médias. Quant aux amateurs de médias sociaux, la liberté de presse doit également s’appliquer à eux dans toute sa rigueur.

Assita SANOU


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