Le procès de la couardise politique

Publié le jeudi 29 juin 2017

C’est le premier ministre Luc Adolphe Tiao et son gouvernement qui devront répondre le 27 avril prochain de l’entêtement du chef d’orchestre Blaise Compaoré qui ne peut être poursuivi en raison de son statut de président de Faso qui le rend irresponsable devant nos juridictions. Ce n’est certes pas le lieu d’épiloguer sur cette question polémique même dans les milieux constitutionnalistes mais au regard de ses implications à la fois juridiques, politiques et sociales, il importe de s’interroger sur ce qui fait la noblesse de la chose politique ainsi que la responsabilité des hommes qui s’y engagent.
Après 27 ans de règne au sommet de l’Etat, Blaise Compaoré s’est échiné à modifier la constitution non pas pour améliorer la pratique de la vie démocratique mais tout simplement pour perpétuer son propre règne. Naturellement, une telle idée procède d’une infantilisation du peuple jugé incapable de pourvoir dans les bonnes règles à son remplacement. Elle suggère aussi qu’aucun burkinabé n’était à ses yeux assez méritant pour le remplacer. Sur la base de ces deux postulats, Blaise Compaoré entraina le pays et malgré les multiples mises en garde dans un processus de contestations politiques et sociales dont le point d’ogre a été l’insurrection d’octobre 2014. Nous sommes aujourd’hui à l’heure de la reddition des comptes. Malheureusement diront certains, cette reddition des comptes se fera sur la base des règles édictées par ceux-là même qui sont appelés à rendre des comptes. Sous un ordre révolutionnaire, les choses auraient sans doute pris une tournure expéditive et tragique. Blaise Compaoré lui-même, alors même qu’il était engagé dans un processus de reniement révolutionnaire (d’aucuns diront de restauration), n’a pas hésité à passer par les armes ses frères d’armes Boukary Lengani et Henri Zongo. Il faut croire que cette barbarie est un mauvais souvenir d’un passé révolu.

« Bonnes gens, acceptez tout de même que les politiques puissent eux aussi rendre des comptes. Il n’est pas normal que cette race d’hommes soit celle qui profite de tous les avantages de la république tout en revendiquant l’impunité pour ses actions ou ses silences coupables »

Il est connu que nombre de collaborateurs de Blaise Compaoré étaient tétanisés par son jusqu’au-boutisme. Mais la conscience de leurs intérêts était plus forte. Tant qu’il y avait l’illusion que la situation était sous contrôle (militairement parlant), personne n’osait contrarier le chef dans son obsession à rester au pouvoir. Il ne faut pas oublier que le pouvoir de Blaise était avant tout militaire. Le RSP, bras armé a toujours veillé au grain. Pour la petite histoire, un influent ministre de Blaise nous avait suggéré à l’époque de plaider sa renonciation à la modification de l’article 37, prétextant qu’étant loin du sérail, il serait plus attentif à notre propos. Drôle d’argument ! C’est un aveu que ceux qui sont proches du Timonier ne font rien qui puisse mettre leurs intérêts immédiats en péril. C’est au fond la raison profonde de la peur du chef. Aujourd’hui, à l’heure des comptes, il s’agira pour chaque ministre de faire la preuve de sa démarcation de l’inique décision de voter une loi ou de valider des mesures, juste pour permettre à un homme d’assouvir une ambition personnelle. Il ne servira à rien d’invoquer la justice des vainqueurs. Comme si elle était autre chose sous l’empire du régime défunt. La Haute cour de justice est d’ailleurs l’émanation de la justice blaisiste, peu importe si elle n’était qu’un décor. Il n’est pas non plus pertinent de dire que ceux qui instrumentalisent la justice, le président du Faso en tête ont eux-mêmes défendu la révision de la constitution. Le fait est que quand le peuple manifestait sa colère, ils étaient avec ce peuple et non pas avec ceux qui continuaient à ignorer sa volonté.
Bonnes gens, acceptez tout de même que les politiques puissent eux aussi rendre des comptes. Il n’est pas normal que cette race d’hommes soit celle qui profite de tous les avantages de la république tout en revendiquant l’impunité pour ses actions ou ses silences coupables. Notre droit présente des lacunes en matière de répression des infractions politiques. Il est temps d‘œuvrer à la codification des infractions politiques afin que la politique cesse d’être cette zone grise où arnaqueurs et contrebandiers politiques y trouvent un refuge doré. Cela dit, nous revendiquons pour tout justiciable quel qu’il soit, une justice équitable et juste.

Par Germain B. NAMA


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