Humeur : Une indulgence suicidaire

Publié le jeudi 29 juin 2017

La question mérite d’être posée. La coalition pour la Démocratie et la Réconciliation a-t-elle ou non un récépissé d’existence ? Dans l’affirmative, il y a infraction. En effet, la règle de l’incompatibilité des fonctions dispose que nul ne peut être à la fois membre d’un parti politique et d’une organisation de la société civile. Or, à ce que nous sachions, ni Me Gilbert Noel Ouédraogo, ni Ablassé Ouédraogo, ne se sont mis en congé de l’ADF-RDA et de Faso Autrement, respectivement. Qui plus est, nous n’avons pas connaissance que ces deux partis et la cohorte des autres partis qui composent cet ensemble hétéroclite qu’est la CODER ont été dissouts. Si la CODER dispose d’un récépissé, il y a eu légèreté de l’Administration d’état, un laxisme coupable. Les responsabilités doivent être situées. Et les responsables, à quelque niveau qu’ils se trouvent, doivent rendre compte. Quoiqu’il soit, le récépissé de la CODER est illégal. Mais encore, au cas où elle ne dispose pas de récépissé, la CODER est encore illégale. En effet, au terme de la loi, toute organisation de la Société civile, pour exister légalement, doit être reconnue officiellement, et le récépissé est la matérialité de cette reconnaissance par l’état souverain. Dans un cas comme dans l’autre, Balai Citoyen et autres membres de la Société civile sont parfaitement dans leur bon droit de demander la dissolution de la CODER. Celle-ci est, en effet, illégale, quel que soit le bout par lequel on la prend.
Cette illégalité se double d’une très forte illégitimité. Le balisage du parcours des deux figures de proue de cette nébuleuse, que sont Me Gilbert Noel Ouédraogo et Ablassé Ouédraogo, le montre à l’envi. Me Gilbert Noel Ouédraogo, est l’homme par qui le Burkina Faso a brûlé les 30 et 31 octobre 2014. Il faut, pour cela, remonter aux prémices de la modification de l’article 37. Dès l’annonce de la volonté de modification, l’opinion nationale s’y était farouchement opposée, et Me Gilbert était monté en chorus avec elle. Gros appoint de la majorité présidentielle, sans lequel le président n’a pas une majorité confortable pour tenter son passage en force référendaire, Me ne veut pas que l’on touche à l’article 37. Voilà qui met le président Compaoré dans l’embarras, d’autant qu’au sein même de la majorité présidentielle, des défections de taille qui ne disent pas leurs noms se dessinent et sont à redouter. Aussi, le CDP en était-il même venu à proposer le vote à main levée à l’Assemblée en lieu et place du sacro-saint principe de la république (le vote à bulletin secret) pour contrecarrer la traitrise en son sein.
Un beau jour, coup de tonnerre dans le ciel burkinabè : Me Gilbert Noel Ouédraogo soutient la modification de l’article 37. Son parti votera pour. Il se défend comme il peut : je suis un homme libre, libre de mes opinions et de mes engagements. Enjeu : le portefeuille de Premier ministre plus deux rondelettes milliards, sinon Cinq, dit-on. La suite on la connait : le feu et le sang des 30 et 31 octobre 2014. Survient l’acte de contrition du président de l’ADF-RDA. Dans la foulée, il annonce que son parti ne se présentera ni à la présidentielle, ni aux législatives. Sincère ? Hélas, le voilà qui remet le couvert. Celui-ci a pour nom : CODER. Indulgence. Cette fois, il a un comparse : le bon docteur Ablassé Ouédraogo. Après avoir été de tous les combats, du bon côté, pour le départ de Blaise Compaoré, ce dernier a disjoncté pendant les élections, et surtout après celles-ci où il passe carrément du côté des démons. Indulgent, on l’a été avec Ablassé. Car, quand le Moaga musulman du plateau central a appelé au vote tribaliste et religieux pendant la campagne électorale, cela tombe sous le coup de la loi, et aurait dû être sanctionné comme tel par la justice de la république. Mais on a passé l’éponge dessus. Mais voilà qu’après leur chemin de Canossa à Abidjan chez leur mentor, le bon docteur récidive encore : « Blaise Compaoré est en pleine forme, il a pardonné ». C’en était trop déjà de permettre à Messieurs de faire une ample déambulation à travers tout le territoire national pour clamer le pardon. Ils viennent enfin de nous confirmer que le pardon dont ils parlent est le même que la journée nationale de pardon où leur mentor nous a roulé dans la farine.
Au total, la CODER et tous les hommes et femmes agglutinés en son sein n’ont aucune légitimité nationale, ni passée, ni présente, ni à venir. En dépit de l’ample déambulation qu’ils ont accomplie à travers tout le territoire national en quête justement de légitimité qui leur manque gravement. Du reste, le Dr Ablassé Ouédraogo est-il devenu fou à lier parce que les élections lui ont révélé qu’il n’avait aucune légitimité politique. En effet, le seul représentant au Parlement qui répond de son organisation a rejoint la majorité présidentielle, l’abandonnant à ses turpitudes. Au plus, son Faso Autrement n’a qu’une misère de conseillers. Cet homme ne représente que lui-même.
La relation qui lie l’état et le peuple burkinabè à la Coalition pour la Démocratie et la Réconciliation (CODER), représentée par Me Gilbert Noel Ouédraogo et Ablassé Ouédarogo et leur mentor, Blaise Compaoré, ressemble étrangement à celle qui jadis liait un vénérable maitre à son disciple, et contée par un vieux Chinois : « A l’âge de 8 ans, Guetto était au temple de Chao-Lin. Il était venu y étudier. Son vénérable maitre l’aimait beaucoup. Chaque fois qu’il faisait une faute, son maitre était trop indulgent pour lui. Tout ce qu’il devait dire pour échapper à la punition, c’était : je suis désolé. Son maitre espérait qu’il retiendrait la leçon. Mais il n’en tint pas compte. Il savait parfaitement que même s’il commettait un crime terrible, son maitre l’aiderait. Un jour, il était en train de jouer dans la bibliothèque avec une lanterne. Celle-ci lui échappa des mains et tomba par terre. Le feu se répandit dans la maison. Il ne sut pas quoi faire. Il sortit du temple en courant. En chemin, il vit que deux solutions se présentaient à lui : soit il s’enfuyait pour se cacher pour toujours, soit il revenait et avouait sa faute à son maitre. Se cacher n’avait plus d’importance. Et, donc, il revint. Il voulait dire à son maitre, pour la dernière fois, qu’il était désolé. Mais il n’eut jamais l’occasion de le lui dire. Son vénérable maitre avait péri dans l’incendie. » Quelle misère !

Le révolté


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