Cimasso : Drôle d’expertise !

Publié le jeudi 27 avril 2017

Bobo Dioulasso semble intéresser maintenant. Les usines se bousculent pour s’y installer. Toute chose qui entre en droite ligne dans le programme du président Roch Marc Christian Kaboré. Il avait promis faire de cette ville la véritable capitale économique du pays qui ne l’était que de nom !
En séjour, récemment au Soudan, le président Kaboré a visité un parc militaro-civil. Visiblement il en était ému. Non pas seulement par la beauté de l’infrastructure mais aussi et surtout par l’expertise locale. Le développement de l’Afrique se fera en misant sur l’expertise nationale avait-il dit en substance. L’aveu est séduisant mais ça nous fait sourire tout de même car il y a beaucoup à redire chez nous au Burkina. L’exemple le plus frappant est la polémique autour de l’installation de la cimenterie Cimasso à Bobo Dioulasso. Les experts nationaux ont démontré à deux reprises l’impact écologique que cela engendrerait si on la maintient sur son site actuel à Nasso. Une catastrophe écologique en perspective, ainsi avions-nous titré l’écrit que nous avions produit à ce sujet. Le papier avait d’ailleurs valu à son auteur (Basile Sam) un prix panafricain, tant il s’attaquait à un réel problème environnemental.
On aurait pensé que le gouvernement allait jouer franc jeu, quand sur instruction du premier ministre un avis technique fut de nouveau requis sur la question, vu que la polémique enflait. Mais le rapport produit n’a jamais été rendu public. Et rien que ces propos tenus dans nos colonnes : « Nous avons fait le travail que nous avons remis au ministère. Nous n’avons pas le droit de communiquer sur le contenu du rapport sans leur autorisation » ont valu à son auteur des représailles. Le rapport en question disait ceci : « en première analyse le site d’implantation de l’usine présente une « vulnérabilité - sensibilité » à une pollution qui surviendrait en surface. » Visiblement ce n’est pas ce que l’autorité voulait entendre mais dans quel intérêt ?

« Le problème dans ce pays est qu’on ne tient pas compte de l’expertise nationale quand ça n’arrange pas certains intérêts. On préfère dans ces conditions faire recours à la compétence extérieure dont les conclusions sont parfois connues d’avance »

Puisque les conclusions étaient toujours défavorables à la cimenterie, le gouvernement a préféré les contourner. En lieu et place, il a trouvé un Blanc de service pour faire le job. Et pour faire sérieux, on dit que c’est une contre-expertise internationale. Sauf erreur, le Dr Alexandre Repetti dont il est question enseigne à l’institut 2IE ici au Burkina. Les conclusions (on va dire) qu’il a fabriquées comblent ses commanditaires. Pour couronner le tout, on a fait venir un chef traditionnel sur le site de la cimenterie, comme pour apporter la caution des ancêtres. Quelle comédie !
La démarche du gouvernement est pour le moins troublante. Personne n’est contre l’installation de l’usine à Bobo. On demande seulement que le site soit déplacé au regard des risques écologiques encourus. L’expert international rassure que les risques sont « négligeables ». Faut-il comprendre qu’il n’y a pas de risque du tout ? Bon sang, que fait-on alors du sacro-saint principe de précaution ?
Le rapport du Dr Alexandre Repetti est tombé un an après la pause de la première pierre de l’usine par le premier ministre Paul Kaba Thiéba. C’est ce qu’on appelle « mettre la charrue avant les bœufs ». Etait-il possible dans ce cas que le travail de l’expert Repetti soutienne les conclusions des rapports précédents ? Bien évidemment non.
Le problème dans ce pays est qu’on ne tient pas compte de l’expertise nationale quand ça n’arrange pas certains intérêts. On préfère dans ces conditions faire recours à la compétence extérieure dont les conclusions sont parfois connues d’avance. Ce cas nous rappelle bien le rapport du tristement célèbre docteur Stéphan Cho Choix sur l’assassinat du juge Nébié. Un rapport qui avait balayé le travail effectué par des médecins burkinabè. Là aussi on voulait arranger la vérité et on l’a fait sans état d’âme. Sacré Burkina !

Par Basidou KINDA


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