Situation des Blessés de l’Insurrection Populaire : « Rien n’a pratiquement bougé »

Publié le jeudi 27 avril 2017

En attente de soins appropriés en plus des conditions de vie pénibles. C’est ainsi que se résume l’actualité des blessés de l’insurrection populaire de 2014. Entre la promesse du président du Faso et le don de 300 millions par la CEDEAO, c’est toujours la précarité qui constitue la réalité quotidienne de ces personnes.

La situation s’apparente à celle du vieux nègre qui après avoir rendu service à la France colonisatrice, doit se contenter d’une médaille en reconnaissance de son dévouement. En effet, beaucoup de blessés de l’insurrection populaire, après avoir essuyé les balles les 30, 31 octobre et 2 novembre 2014, pour « défendre la démocratie », vivent aujourd’hui dans la galère. C’est ce qui ressort des échanges avec quelques uns d’entre eux. D’une manière générale, comment se portent les blessés de l’insurrection populaire ? A cette question, Constant Bassolé, qui a reçu deux balles (une au ventre et une autre au bras gauche), répond : « Les blessés de l’insurrection vivent très difficilement ». Plusieurs d’entre eux avaient des familles à leur charge mais ils ne sont toujours pas guéris. Ils sont donc dans l’incapacité de mener leurs activités rémunératrices comme par le passé.

Toujours en souffrance

Selon certaines informations, il y aurait 13 blessés qui n’ont pas encore reçu de soins appropriés. Il s’agit entre autres de la dame Minougou qui a été opérée tout récemment (après le décès de son mari par accident). Il y a également Sanou Abdoul Wahab, un étudiant en géographie, qui a été touché à la tête. Il a subi des soins à l’hôpital Yalgado mais il doit prendre des produits chaque nuit parce que ses crises d’épilepsie sont devenues fréquentes. Ce dernier depuis janvier 2017 n’a plus accès aux produits parce qu’« on lui a fait savoir à l’hôpital Yalgado Ouédraogo que l’argent des blessés est fini. Par conséquent, on ne peut plus lui donner les produits gratuitement ». Ce dernier a été dans l’obligation de rejoindre sa mère à Dédougou. Près de 3 années après l’insurrection populaire, « l’Etat n’a rien fait pour que nous puissions revenir à une vie normale », déclare Constant Bassolé. « Les nouvelles autorités, estime-t-il, devraient prendre à bras le corps notre problème, essayer de recenser les blessés et voir dans quelle mesure leur venir en aide. Personnellement je souffre toujours. Je n’ai pas la santé, je n’arrive plus à travailler pourtant j’ai une famille à nourrir », poursuit-il. Pour illustrer la série noire que vivent les blessés, Constant Bassolé est revenu sur le cas Abdoul Wahab Sanou qui avait été engagé comme employé de commerce au marché Sankar-Yaaré. Tout dernièrement il serait tombé à son lieu de travail et son patron l’aurait remercié de peur, qu’il n’y meure. « Sincèrement dit, n’eut été la bonne volonté des Burkinabè, beaucoup de blessés allaient mourir », s’alarme Constant Bassolé. Pour lui, à part les cas isolés de personnes qui ont été évacués, il ne voit pas le cas d’un blessé qui a été soigné dans les structures sanitaires nationales, qui a été pris en charge par l’Etat à proprement dit. « L’Etat n’a pas pris en charge les blessés » affirme-t-il. 60 millions ont été certes utilisés par le centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo (CHUYO) pour soigner les blessés. Sauf que cette somme émane de bonnes volontés et non de l’Etat Burkina.

Et les évacués sanitaires ?

« Il y a de l’amélioration » a reconnu Hermann Bazié, un des blessés également et vice-président de l’association des blessés de l’insurrection populaire (association sur laquelle nous reviendrons prochainement). Ils ont été pour certains évacués en Tunisie, d’autres en France ou au Maroc. Ceux qui étaient allés en Tunisie sont revenus. Abass qui était évacué au Maroc est revenu aussi. Quant à Innocent Ganou, les sources rencontrées disent qu’elles n’ont pas eu connaissance de son retour après son évacuation en France. Mais au moment de son départ, monsieur Ganou n’avait même pas l’argent du visa, à en croire Constant Bassolé. A Kosyam le 30 octobre 2016 (date du deuxième anniversaire de l’insurrection populaire) le Président du Faso, selon certaines sources a fait la promesse de faire venir au Burkina des spécialistes tunisiens, (ceux qui ont pris en charge les blessés qui y avaient été évacués), pour des interventions chirurgicales ou la prise en charge des blessés qui n’ont pas été totalement rétablis. Là aussi, c’est resté au stade de la promesse à en croire quelques blessés. « On les attendait parce que nous sommes effectivement dans le besoin », confie Constant Bassolé. Mais jusqu’à preuve du contraire, cette équipe de spécialistes n’est pas encore arrivée à Ouagadougou. Sauf erreur de notre part. par ailleurs, lors de sa visite au Burkina Faso, le président de la Commission de la CEDEAO, Marcel Desuza a remis au nom de son institution, un chèque de 500 000 dollars (environ 300 millions de F CFA) au ministère de la promotion de l’action sociale, de la solidarité nationale et de la famille pour les blessés de l’insurrection populaire et du putsch manqué. Là aussi, les blessés disent avoir appris la nouvelle par les médias. Sinon rien d’autre pour l’instant.

Par Wend-Tin Basile SAM


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