Pénurie d’Eau à Ouaga : « Nos femmes sont mariées aux bornes fontaines »

Publié le jeudi 27 avril 2017

S’approvisionner en eau courante est un véritable parcours du combattant à Ouagadougou dans les zones dites périphériques. Pourtant l’ONEA avait annoncé en grande pompe la fin du calvaire, d’abord pour mi-mars puis pour le 1er avril avec le projet d’alimentation en eau potable Ziga II.

Nous sommes à la borne fontaine d’Ami Soubeiga située au secteur 51 de Ouagadougou, précisément au « quartier 2 boutique ». Il est 6h07 du matin mais visiblement trop tard pour Awa Kologo pour obtenir de l’eau pour son ménage quotidien. « L’eau est déjà repartie », dit la gérante sur un ton sarcastique. « Ici c’est comme ça », ajoute-t-elle. La jeune maman qu’est Awa Kologo dit être venue de la borne fontaine d’à côté. Elle dit y avoir passé la nuit avec son bébé au dos mais n’a pas eu de l’eau. Elle pointe du doigt les méthodes de distribution du gérant. Sur indication, nous nous rendons à ladite borne fontaine. Elle est gérée par un certain Amado. Aux alentours on pouvait apercevoir plusieurs personnes dont des femmes principalement, des dizaines de barriques et de bidons de 20 litres de diverses couleurs posés pêle-mêle, attendaient d’obtenir l’or bleu. Pourquoi dame Awa était-elle rentrée bredouille ? Le gérant explique : « Ce n’est pas de notre faute. Il n’y a pas assez d’eau pour tout le monde. Nous servons 10 bidons de 20 litres, ensuite nous allons vers une barrique de 100 litres que nous remplissons et ainsi de suite. Donc il est difficile de satisfaire tout le monde ». Abanatou Kologo elle arrive à peine avec sa charrette et 8 bidons. Tout comme les dizaines de personnes qui attendent, elle est également venue chercher de l’eau. « L’eau est finie depuis hier à la maison. Il n’y a même pas à boire. Nous n’avons pas pu faire la vaisselle, ni la lessive, ni préparer. Nous passons beaucoup plus de temps à la recherche d’eau, et pourtant nous n’arrivons pas à l’avoir. Le pire est que cela bloque nos activités », se plaint-elle. Parlant de ces interruptions intempestives d’écoulement d’eau, Awa Soubeiga raconte qu’il n’y a pas d’heure fixe pour cela et que même quand l’eau est disponible, le débit est non seulement faible mais aussi la coupure ne tarde pas à intervenir. « Parfois nous venons à 19h pour attendre l’eau à 2h du matin. Parfois ça se coupe à 9h pour venir à 16h. Il arrive même que ça se coupe pendant deux jours .Quand ça vient non seulement le débit est faible mais aussi ça ne tarde pas à repartir », confie la gérante.
Autres lieux, mêmes réalités. La situation n’est guère plus reluisante dans les cours familiales. Dieudonné Gnoumou ne se fait pas prier pour exprimer son amertume : « Nous sommes actuellement confrontés à un problème de coupure intempestive dans notre zone. Il y a eu une période où nous avons connu deux jours sans eau. L’eau s’est coupée un samedi et n’est revenu qu’un lundi vers 3h du matin. Il était regrettable d’entendre l’ONEA nous dire à travers les médias que le problème ne se résoudra définitivement qu’en fin d’année alors qu’on nous avait promis la fin des coupures d’eau pour mi-mars ».

Les activités économiques au ralenti

Les coupures que connaissent les Ouagavillois ne sont pas sans impact sur l’activité économique. Pour le gérant Amado, c’est vraiment une période de vaches maigres. Selon lui, ce que son travail génère ces temps-ci comme recettes ne lui permet pas de supporter ses charges familiales.
En face de la borne fontaine d’Amado se trouve un hangar qui tient lieu de restaurant. Parlant des inconvénients de cette pénurie, il confie que c’est le manque d’eau qui est à l’origine de la suspension temporaire des activités de la restauratrice. Alors nous allons à la rencontre de cette dernière. Elle se tourne les pouces sous un arbre. Ses affaires ne marchent plus. « Je n’arrive plus à préparer tous les jours. Je ne prépare que quand il y a de l’eau. Pour cette raison, je n’arrive plus à fidéliser mes clients et le problème joue véritablement sur mes recettes et ma situation financière, Or j’ai des charges. Nous demandons aux autorités de nous aider » se plaint-elle.
Pour Seydou Kaboré, un habitant de la zone, il faut que ce problème soit résolu. « Non seulement nous manquons d’eau mais cela fait de nous des célibataires », raconte-t-il sur un ton ironique. Nous ne pouvons plus avoir nos femmes à nos côtés les nuits. « Elles sont désormais mariées aux bornes fontaines puisque c’est là-bas qu’elles veillent et passent l’essentiel de leur temps ».

Assita SANOU


Commenter l'article (0)