SAINT SYLVESTRE à OUAGA : Célébrer la fête autrement

Publié le samedi 3 mars 2012

L’émotion que suscite
l’ambiance de la
Saint sylvestre à
Ouagadougou est tel
qu’on imagine mal
une personne manifester de la retenue
pour sa célébration. Pourtant, ceux qui
se plaisent bien dans cette attitude sont
de plus en plus nombreux. La Saint
Sylvestre du 31 décembre 2011 n’a
pas été accueillie de la même façon
chez tout le monde. Cette réticence
peut s’expliquer. Les non adhérant à
cette fête sont pour la plupart des gens
qui facilitent la célébration aux autres
personnes. Une sortie dans les maquis,
bars, boutiques, boîte de nuit, etc la
nuit de la St Sylvestre a permis de
comprendre la célébration diversifiée
de cette fête. Au jardin la gargote situé
en face du commissariat de Tampouy,
Séré Issouf et ses amis ont décidé dès
21 heures de marquer d’une pierre
blanche la fête en s’y rendant. Pour lui,
la proximité explique en partie son
choix, le cadre aussi y est pour
quelque chose. C’est pourquoi il a tenu
à célébrer toute la nuit dans cet endroit
calme et paisible. Si dans
l’appréciation de certaines personnes,
cette fête n’en vaut pas la peine, il y
accorde toute son attention. « La Saint
sylvestre est pleine de sens. C’est une occasion de rencontre et d’échange et
pour cela, il faut en profiter car ces
occasions sont rares. Malgré le froid,
j’ai tenu à la célébrer avec ma femme
et mes amis », nous confit-il. Roland
Ouédraogo met l’accent sur la cuisine
de ce jardin qui est pour quelque chose
dans le choix de l’endroit. Il soutient
aussi que la nouvelle année donne
l’occasion de rencontrer les amis car la
symbolique de la fête réside dans le
fait qu’un an de plus s’est ajouté et
qu’i faut être reconnaissant. Mais il
compte poursuivre la fête en boîte. Si
la fête est belle, il ne faut pas occulter
le fait que les sacrifices de certaines
personnes qui se sont mises au service
de ces clients du jardin ont rendu sa
célébration possible. Sont de ceux-là
Birba Noufou, parkeur au service des
clients du jardin. La fête n’a aucun
sens pour lui. Il estime qu’il faut que
des personnes comme lui acceptent de
sacrifier leur soirée pour rendre la fête
agréable. Le problème qui peut ternir
davantage la fête chez eux est le risque
de vol de motos. « C’est dangereux les
fêtes de fin d’année. Souvent nous
sommes victimes de pertes de motos,
ce qui devient un souci pour nous. En
plus, il faut pouvoir gérer les humeurs
de ceux qui sortent ivres de cet endroit
pour récupérer leurs motos. Certains
refusent de payer. C’est dur », affirmet-
il. Ouédraogo Herbé est propriétaire
d’une boutique prêt-à porté à Kologhnaaba.
Notre surprise fut grande de
voir sa boutique ouverte aux environs
de 23h 50, peu avant minuit. A la
question de savoir s’il compte célébrer
la fête à la boutique ou ailleurs, il nous
confie qu’il cherche à satisfaire les
clients d’abord. « Je viens d’ouvrir il y
a de cela 5 mois. Il me faut profiter des
fêtes pour vendre le maximum. En plus
il y a des gens qui attendent la
dernière minute pour faire des achats
donc je suis là pour eux. J’ai une femme et des enfants mais je compte
rester là jusqu’au-delà de minuit » : at-
il laissé entendre. Certains clients
effectivement pensent faire de bonnes
affaires en allant payer leurs vêtements
dans la nuit, espérant une solde. Mais
Monsieur Ouédraogo lève le
doute : « Chez moi, que tu viennes à 6
heures du matin ou à minuit, les prix
sont les mêmes. Je ne fais pas de solde
spéciale ». Chacun célèbre
différemment la fête. Ceux dont les
poches sont limitées se dirigent vers
les petits restaurants qui proposent des
prix modestes. Tout cela au bonheur de
certains gérants de kiosques qui ne se
sentent pas oubliés. Valéan Amado,
propriétaire de Kiosque, donne une
explication à sa présence après minuit
dans son kiosque. « L’objectif pour
moi, c’est d’ouvrir pour permettre aux
moins nantis de célébrer aussi la fête.
Il ya aussi des gens qui n’aiment pas
les bars, donc il faut leur donner
l’occasion de fêter. L’important pour
moi, c’est de célébrer la fête à sa
manière et de ne pas copier forcément
les autres ». Amadou Kabré, gardien
des portes aux maquis Rubi, dit
éprouver des difficultés pour maitriser
les débordements de certains clients
qui, après avoir trop bu veulent faire la
bagarre. Son rôle est donc de les
amener calmement à quitter les lieux
pour ne pas gêner les autres. La Saint
Sylvestre à Ouaga est donc un moment
où les Burkinabè, chacun en fonction
de ses capacités, trouve le lieu pour
manifester sa joie. La crainte se trouve
dans les accidents qui surviennent lors
de cette fête, mais cette fois-ci, les
sapeurs pompiers ont enregistré moins
d’accidents comparativement aux
autres années. Bonne année donc à
tous.

Michaël Pacodi
pacomik@yahoo.fr


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