Services payés à la police nationale : En attendant les solutions de Simon !

Publié le jeudi 27 avril 2017

La grogne autour des services payés a atteint un point de non-retour. Le ministre de la sécurité a dû user de son sens de négociateur pour éviter une mutinerie. Depuis lors, il suit le dossier afin de régler la question pour de bon.

Le ministre de la sécurité intérieure, Simon Compaoré, vient de demander une étude sur la gestion des services payés à la police nationale. On ignore pour le moment les grandes lignes de cette étude. On sait cependant que le conflit porte sur trois points essentiels que l’étude ne doit pas ignorer. Le premier est la part qui revient aux agents de police. Selon le syndicat de la police, chaque agent touche 12500 francs tous les deux mois. Pourtant, à ce que l’on dit, la somme collectée au titre des services payés dans les institutions bancaires est de 26 000 francs par jour pour deux policiers qui assurent la sécurité du personnel et des usagers. Un calcul rapide donne une recette de 780 000 francs par mois soit 1 560 000 francs pour les deux mois de prestation par institution bancaire. Combien d’établissements financiers et non financiers sont-ils concernés par les services payés ? Nous n’avons pas de chiffre mais l’étude en cours doit permettre de l’établir. Il semble que l’argument trouvé par la haute hiérarchie policière pour justifier les maigres rétributions des agents est le reversement d’une partie de la somme collectée pour « le fonctionnement des services de la police ». Curieusement, dans le même temps, la base dans les casernes se plaint du manque de moyens matériels et logistiques pour l’exécution des missions de sécurisation des personnes et des biens. Le deuxième point porte sur l’opacité des contrats de prestations de services.
D’après l’UNAPOL, la hiérarchie policière offre des services payés sans des contrats formels à des compagnies minières, des institutions bancaires et des établissements d’enseignement de renom. Des noms ont même été cités. Le troisième et dernier point de discorde porte sur le décret n°79-365/PRES/ISDGSN du 17/09/1979 portant fixation des montants des rétributions alloués aux prestations de services effectuées par les fonctionnaires de la police au profit des particuliers. Ce texte prévoit des rétributions que l’UNAPOL juge dépassées au regard du coût actuel de la vie, de l’insécurité grandissante à laquelle les policiers s’exposent et des grades. Le décret dispose en son article 12 que 30% du montant collecté est reversé « à la caisse des œuvres sociales de la police au niveau de la Direction Générale de la Sûreté nationale ». Des flics confient pourtant n’avoir aucune preuve de l’existence de cette caisse.

Une situation à éclaircir, une équation à résoudre

La crise sur cette affaire couve au sein de la police nationale il y a bien longtemps. Seulement, c’est avec la naissance douloureuse du syndicat que la base a eu le courage de poser publiquement le débat qui se menait à huis clos dans les casernes. Actuellement, elle fait beaucoup de bruit et menace d’exploser. Pour la base, c’est la hiérarchie qui ferait main basse sur la part normale qui doit revenir aux agents. Le Secrétaire général de l’UNAPOL est catégorique. « Certaines personnes, profitant de la discipline si chère à la Police, en profitent pour piller systématiquement les frais qui reviennent à leurs agents et qualifient systématiquement d’indiscipline toute tentative de dénonciation ». Voici l’hypothèse principale que l’étude commanditée par le ministre de la sécurité doit vérifier, dans le but de la confirmer ou de l’infirmer.
En tout état de cause, les allégations à propos des services payés dénotent d’une crise de confiance entre la hiérarchie et la base et d’un malaise profond au niveau du corps de la police. C’est cette équation que Simon Compaoré devra pouvoir résoudre. Ainsi, d’une part, il pourra réchauffer ses rapports, déjà froids, avec la base qui lui reproche un mépris à son endroit. En effet, l’UNAPOL lui reproche, entre autres faits, la convocation de la réunion du 27 mars dernier sur les services payés pour laquelle elle dit n’avoir pas été associée à l’élaboration du texte devant servir de base de discussions. Son bureau national a d’ailleurs refusé de participer à ladite rencontre à laquelle il a été convié téléphoniquement le 26 mars, soit la veille, à 18h, et « d’entériner une mascarade orchestrée pour masquer les problèmes réels de la police nationale ». D’autre part, cela permettra d’éviter un clash aux conséquences dommageables pour tout le pays.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO


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