Autoroute Yamoussoukro –Ouagadougou : La voie royale de l’intégration sous régionale

Publié le jeudi 27 avril 2017

L’Evénement continue sa veille citoyenne sur la mise en œuvre du PNDES. Après la santé, l’urbanisme et l’habitat, il pose son regard cette fois-ci sur la construction de l’autoroute Yamoussoukro–Ouagadougou. Ce projet du ministère des infrastructures et du désenclavement connaît des avancées mais il faudra encore des années pour le voir aboutir.

L’autoroute Yamoussoukro - Ouagadougou comprendra, entre autres, 9 échangeurs dont des bretelles d’accès, équipées de postes de péage, unique accès à l’autoroute ; 5 aires de repos comprenant des parkings et des toilettes, 5 aires de service avec parking, des stations-service, des restaurants, bloc sanitaire. Elle a pour itinéraire Yamoussoukro - Bouaké - Ouangolodougou - Niangoloko - Banfora - Bobo-Dioulasso - Ouagadougou. Comparativement à bon nombre de projets inscrits au Programme national pour le développement économique et social, il connait une avancée dans sa mise en œuvre. Sur une distance de 1300 km, la construction de l’itinéraire Ouagadougou - Bobo-Dioulasso - Banfora jusqu’à la frontière de la Côte d’Ivoire, long de 600km, est à la charge du Burkina Faso. Son coût estimatif est de 1204 milliards 23 million 314 483 francs CFA. Un financement de 4 milliards 23 millions 814 483 francs a été déjà acquis. Cela a servi à la réalisation des études de faisabilité du tronçon Ouagadougou - Koudougou - Bobo-Dioulasso long de 400 km. L’Etat y a contribué à hauteur de 2 milliards 732 millions 314 483 francs et l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) un milliard 291 millions 500 000 francs. Le manque à rechercher est de 1200 milliards FCFA. Quant à l’itinéraire Yamoussoukro - Ouangolodougou - Niangoloko - frontière du Burkina Faso, long de 700 km, il incombe à la Côte d’Ivoire.
La part qui incombe exclusivement au Burkina Faso est prévue pour être réalisée en mode partenariat public-privé. Elle va s’exécuter en deux phases. La première concerne le tronçon Ouagadougou - Koudougou - Bobo-Dioulasso. A ce niveau, les études de faisabilité sont achevées. Mais le démarrage effectif des travaux de construction et de bitumage concerne Ouagadougou - Koudougou, long de 110, 300 km. Exclu donc, pour le moment, le tronçon Koudougou - Bobo-Dioulasso. Le délai d’exécution est estimé à 40 mois. Le ministère des infrastructures et du désenclavement a lancé l’appel d’offres pour le recrutement du partenaire privé par Avis de pré-qualification n°2017-00052MI/SG/DMP du 11 janvier 2017. Le concours est ouvert aux candidats nationaux et internationaux. Le dépôt des dossiers, initialement prévu pour le 16 février dernier, a été reporté à deux reprises. D’abord au 27 février et puis au 15 mars. Le premier report s’explique par les difficultés que les candidats ont rencontrées pour le paiement des frais d’acquisition des dossiers de pré-qualification auprès du Régisseur de la Direction générale du contrôle des marchés publics et des engagements financiers. Le second est dû à la grève de 120 heures du syndicat des financiers qui n’a pas permis à la commission de sélection de réunir toutes les structures concernées. La commission de sélection devrait, très bientôt, procéder au classement des soumissionnaires en fonction de leurs références techniques, de leurs expériences en matière d’exécution de travaux de nature similaire et de leur capacité financière. C’est la pré-qualification. Elle consistera au choix des candidats qui auront présenté des références techniques conformes aux missions assignées au partenaire privé. Il s’agit notamment du financement et de la réalisation des travaux. A l’issue de cette phase, les six meilleurs vont constituer la liste restreinte pour le dossier d’appel d’offres. C’est parmi les candidats retenus sur cette ‘’short list’’ que sera sélectionné le prestataire privé sur la base de la conformité technique et le coût de son offre. Pour le tronçon Koudougou - Bobo-Dioulasso, le ministère a appelé, par l’Avis de pré-qualification du 11 janvier 2017, les soumissionnaires qui le veulent à faire des propositions.

Il n’y aura pas de stop chrono en 2020

Yamoussoukro - Ouagadougou sera la première autoroute dans l’histoire du Burkina Faso. Sa réalisation s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du Traité d’Amitié et de Coopération (TAC) qui le lie à la Côte d’Ivoire, signé le 28 juillet 2008. Elle devra rendre permanent et rapide le trafic routier, assurer une circulation plus aisée des personnes, des biens et des productions agro-pastorales de l’hinterland vers le littoral atlantique. L’objectif visé à travers cette infrastructure routière est le renforcement de l’intégration et l’amélioration des échanges économiques entre les deux pays, c’est aussi et surtout de contribuer à la lutte contre la pauvreté et de faciliter l’accès aux grands centres hospitaliers. Sera-t-elle opérationnelle en 2020 ? A compter de ce 10 avril 2017, il reste 3 ans 9 mois et 20 jours pour que les rideaux tombent sur le quinquennat du président Roch Marc Christian Kaboré. Or, pour la construction et le bitumage du tronçon Ouagadougou - Koudougou, long de 110, 300 km, la durée estimée pour la fin des travaux est de 3 ans et 4 mois. Combien de temps faudra-t-il alors pour les 489 km restants ? Il semble qu’en ce qui concerne le tronçon Bobo-Dioulasso - Banfora - frontière de la Côte d’Ivoire, long de 200km, la procédure de sélection d’un consultant pour les études de faisabilité et l’élaboration des dossiers d’appel d’offres sont en cours. On ignore comment les choses évoluent au bord de la Lagune Ebrié. Mais au regard des indicateurs, côté burkinabè, à l’évidence il faut attendre au-delà de 2020.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

Le Partenariat-Public Privé : un mode de financement potentiellement risqué

Depuis la crise financière de 2008, de nombreux Etats, développés ou en voie de développement, se tournent de plus en plus vers le Partenariat public-privé (PPP). C’est en quelque sorte une façon de solutionner le problème de manque de ressources, nécessaires à la mise en œuvre de divers programmes de développement. Selon la loi n°020-2013/AN portant régime juridique du partenariat public-privé au Burkina Faso, le PPP est une « forme de collaboration qui associe l’autorité publique et une personne physique ou morale de droit privé ». Par ce mode de financement, l’autorité publique fait appel à des prestataires privés pour la « conception des ouvrages ou équipements nécessaires au service public, le financement, la construction, la transformation des ouvrages ou des équipements, l’entretien ou la maintenance, l’exploitation ou la gestion ». Il permet d’avoir des services publics de meilleure qualité, grâce à une efficacité opérationnelle du prestataire, dans les délais impartis sans disposer forcément, au préalable, de ressources financières. Au regard, à la fois, de ces avantages et de la mauvaise santé des finances publiques burkinabè, on peut donc comprendre la motivation du gouvernement du Premier ministre Paul Kaba Thiéba qui a fait appel au privé dans le cadre du PNDES.
Dans le même temps, le PPP comporte des risques potentiels. Le mode de financement est complexe, et même très complexe. Si les termes des contrats ne sont pas bien négociés, le coût du retour sur investissement peut être plus élevé que celui de l’investissement initial. Certains coordonnateurs de projets avouent d’ailleurs qu’ils ne le maîtrisent pas pour le moment. L’heure est donc à son appropriation pour ces derniers. C’est ce qui explique en partie le retard qu’accuse la mise en œuvre du PNDES.

GBS


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