Justice militaire : Des révélations sur la guerre des clans

Publié le jeudi 27 avril 2017

La justice militaire a rendu son verdict dans l’affaire de l’attaque de la soude d’armement de Yimdi où le principal accusé Sanou et 22 autres étaient jugés. Les coupables tous militaires ont été condamnés d’une peine allant de 17 ans à 6 mois (sursis). Un militaire et un civil ont été relaxés. Mais au-delà des incriminations, ce procès sonne comme une confirmation de la guerre des clans au plus haut niveau.

Le Régiment de Sécurité Présidentiel (RSP) se présentait comme le dernier avatar du système Compaoré. Après la chute de ce dernier, cette unité a opéré une démonstration de force en retirant le pouvoir à un général des forces armées pour le remettre à un lieutenant-colonel. Et ce dernier a voulu s’affranchir de ce corps pour satisfaire des ambitions personnelles. Commence alors une guéguerre qui se transforme en conflit ouvert entre le lieutenant-colonel et des hauts gradés du RSP qui lui ont donné quitus pour prendre le pouvoir. L’affaire Sanou Ali n’est qu’un élément de cette guerre des clans.

Sanou Ali, le sergent stratège qui joue les justiciers

La « star » de ce procès pour reprendre le terme de certains confrères est le sergent-chef Sanou Ali. Son passage à la barre était attendu. Des avocats avaient prévenu que de grands déballages auraient lieu. A la barre, le sergent-chef Sanou Ali n’a pas été avare en déclarations. Il a d’abord demandé pardon à ses compagnons qu’il a aujourd’hui embourbés dans le pétrin. Le sergent-chef ne cessait de marteler qu’il est le seul à être responsable de ce qui s’est passé. L’attaque de la soute d’armement de Yimdi : il a utilisé ses connaissances en psychologie du renseignement acquises en Lybie pour recruter et entrainer ses compagnons. Yimdi était l’une des principales étapes de ce qu’il projetait de faire. Il voulait des roquettes pour attaquer la MACA et libérer les deux généraux (Gilbert Diendéré et Djibril Bassolé) qui y sont détenus. Selon lui, Zida projetait de perpétrer un coup qui devrait aboutir à la liquidation physique des deux généraux. Lorsqu’il qu’il a constaté après avoir pris le contrôle du dépôt d’armes qu’il n’y avait pas de roquettes, Ali Sanou a compris que « la mission était foutue ». Il n’avait qu’une seule intention : se dresser contre les funestes intentions de Zida visant l’assassinat des généraux.

Zida cloué au pilori

Le sergent-chef Sanou Ali, le principal accusé s’est longuement expliqué devant la barre. Il remonte ses explications à la mutinerie de 2011. Zida aurait incité les éléments de la garde présidentielle à se mutiner comme les autres. Les sanctions sont tombées contre les autres corps de l’armée mais pas contre les éléments du RSP ce qui n’est pas normal opine Sanou Ali qui s’en était ouvert à son supérieur Zida Yacouba. Pour lui Sanou, il fallait soit réintégrer les militaires et policiers radiés suite à la mutinerie soit sanctionner au même titre tous les mutins y compris le RSP. Et ce, pour éviter le traitement de deux poids deux mesures au sein de l’armée. Zida aurait promis de faire quelque chose mais rien n’a été fait. Et dans la foulée, est venue la question des « nominations à problème » que Zida avait entreprises pour placer ses fidèles. Selon Sanou Ali, Zida aurait réuni des éléments de l’ex RSP pour leur proposer de « liquider physiquement les vieux généraux pour faire place aux jeunes ». En plus des généraux, Salif Diallo devrait subir le même sort. Il leur aurait promis à chacun au minimum 60 millions et une villa. Cette promesse aurait été suivie de menace contre ceux qui ébruiteront la proposition. Selon l’accusé, un cuisinier aurait même été contacté pour empoisonner le général Diendéré. L’accusé mentionne que c’est parce qu’il aurait réussi à déjouer l’assassinat de Salif Diallo et aurait refusé de coopérer avec Zida que des menaces ont commencé à peser sur sa vie. C’est d’ailleurs cela la raison de sa fuite. Le sergent Poda Ollo Stanislas qui a écopé de la même peine que son chef Sanou a laissé entendre qu’il a lui aussi souffert des affres de Zida. Son père aurait été victime d’une calomnie et incarcéré pour avoir refusé d’installer une cellule du Balai citoyen dans sa localité. Un élément sur lequel Sanou aurait joué pour convaincre Poda Ollo à se dresser contre Zida.

Le procès des Procès-verbaux

Tous les accusés qui sont passés à la barre ne reconnaissaient pas les propos qu’ils auraient tenus pendant l’enquête préliminaire de gendarmerie. Ils affirment qu’ils ont été sévèrement torturés. Et la ligne de défense des conseils des accusés a entre autre concerné cet aspect de la procédure. Les avocats ne cessaient de rappeler que le Burkina Faso a ratifié des conventions contre la torture et par conséquent elles doivent être respectées et appliquées. Même devant le juge d’instruction, des procès-verbaux ont semblé contenir des quiproquos. Des accusés ont reprécisé leurs propos. La lecture des PV par le parquet militaire laissait entrevoir un écart entre le niveau d’instruction de la quasi-totalité des accusés et la qualité du français utilisée dans ces PV. Un fait que les avocats ont plusieurs fois relevé au cours du procès. Ils ont également violemment critiqué l’instruction du dossier. A maintes reprises, ils l’ont qualifié de « bâclée », « pas sérieuse », etc. Au regard de la nature des charges notamment le complot militaire, l’instruction n’a pas pu verser au dossier des relevés téléphoniques, des éléments d’empreintes digitales ou des enregistrements des caméras de surveillance, etc. Il est aussi important de noter que les avocats ont apporté une argumentation solide démontrant les insuffisances d’éléments pour parler de complot militaire (principal chef d’accusation). Ils ont relevé que même si on peut accepter que l’élément matériel qui est l’attaque de la soute d’armement existe, le volet concertation n’a pas été prouvé par la partie poursuivante. Et sur plusieurs infractions reprochées aux accusés, les avocats ont excipé une carence de preuves. Peut-être que c’est en tenant compte de ces nombreuses défaillances dans l’instruction que le juge n’a pas tout à fait suivi le ministère public dans sa réquisition.

Zoom sur quelques condamnations

Le sergent-chef sur qui pesaient cinq chefs d’accusation et qui a avoué être le seul responsable de l’opération d’attaque a écopé d’une peine de 17 ans d’emprisonnement ferme. Poda Ollo Stanislas qui a joué un rôle crucial dans la neutralisation des éléments de la garde de la poudrière de Yimdi a aussi pris 17 ans. Alors que le parquet militaire avait requis la peine maximale de 20 ans pour les deux. 15 accusés ont écopé de 10 ans d’emprisonnement ferme. Trois personnes ont pris trois mois de prison ferme. Un accusé s’en sort avec une condamnation de 6 mois avec sursis. L’unique civil, cultivateur résident à Léo qui a eu la malchance de recevoir la visite de son frère ex RSP accompagné de ses amis en fuite pour la Côte d’Ivoire a été relaxé.

Par Hamidou TRAORE


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