Opération anti-terroriste au Nord : Les bonnes nouvelles du front

Publié le jeudi 27 avril 2017

Depuis le 26 mars, l’opération « Panga » est en marche. Les forces armées coalisées du Mali et du Burkina, appuyées par la force française Barkhane, donnent du fil à retordre aux terroristes du « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, nouvelle coalition dite djihadiste », responsable des attaques meurtrières récemment perpétrées à la frontière entre le Mali et le Burkina.

Le 5 avril, un véhicule léger français, opérant sur zone, a sauté sur un engin explosif improvisé, blessant deux hommes qui sont secourus par un détachement pris à partie à son tour par des éléments terroristes et un soldat est tué. L’attaque est aussitôt revendiquée par le Groupe de Soutien à l’Islam et aux musulmans, en arabe Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimine. Cet incident ouvre une partie du voile sur la partie qui se joue dans cette zone où les terroristes rêvent d’y installer une de leurs places fortes. A l’heure des bilans, on en saura davantage sur la réalité de la situation.
Le constat, qui peut être fait dès à présent, c’est la présence massive des forces spéciales burkinabè appuyées par leurs homologues français dans toute la province du Soum. Ces forces mixtes procèdent à des ratissages et fouilles de forêts et de villages. C’est le cas notamment à Nassoumbou où elles ont procédé à une fouille systématique, concession par concession, à la recherche de caches d’armes et de suspects. De la même manière, tous les villages frontaliers du Mali sont passés au peigne fin. C’est le cas notamment des villages d’Ariel, Douna, Niangassagou et Kéréboulé.

Des populations de plus en plus rassurées

Tous ces filets tendus ont permis de nombreuses interpellations de suspects. Dans le territoire malien, la force multinationale a encerclé la forêt de foulshéré, cachette de Malam et sa bande. Des éléments de Ansaroul Islam ont été cernés et des fuites ont été enregistrées en provenance de la forêt en direction des villages de Soboulé, Petel et Damerame. Plusieurs suspects ont été mis aux arrêts. L’opération suit son cours. Avions et hélicoptères de combat sillonnent en permanence la zone.
Toutes ces opérations ramènent la confiance auprès des populations qui rejoignent petit à petit leurs villages jadis désertés. A Soboulé, par exemple, village de Malam Ibrahim Dicko, village totalement déserté depuis un an, les populations commencent à revenir. Idem à Petega et Fetekoba. Dans d’autres localités du Burkina, frontalières avec le Mali, comme à Bahn, on note une forte présence des FDS burkinabè. Des FDS plus que jamais revigorées, d’autant qu’on assiste à la montée en puissance du renseignement côté burkinabè. Selon nos sources, même la force Barkhane se réfèrerait au renseignement burkinabè dont la fiabilité est à la mesure des bons résultats obtenus sur le terrain. En la matière, nos boys auraient bénéficié d’un encadrement américain dans le cadre de la coopération militaire avec le pays de l’oncle Sam.

Sur le front politique

Le ministre d’Etat Simon Compaoré a engagé depuis le 8 avril dernier une tournée au Nord du pays. Simon Compaoré et sa délégation ont déjà visité les localités de Yako, Gourcy, Ouahigouya, Yensé, Banh, Titao et Solé. L’objectif affiché : prodiguer des encouragements aux FDS. Mais la visite avait essentiellement pour but de ramener la confiance au sein de populations auprès desquelles le sentiment d’abandon avait pris place. Un point particulier de cette visite, c’est la rencontre avec le corps enseignant, notamment à Thiou et à Banh. Au plus fort des attaques terroristes, les enseignants des zones à risques avaient tous plié bagage. Ils sont aujourd’hui de retour à Djibo où ils attendraient leur redéploiement imminent. De l’avis général, le sourire et l’optimisme sont de retour alors même que l’opération « Panga » n’a pas livré tous ses fruits. Conscientes que la guerre contre le terrorisme ne peut se gagner sur le seul plan militaire, les FDS sont engagées sur un autre front, celui de la sensibilisation des populations en vue de leur mise à contribution, notamment sur le registre important du renseignement. Sans la confiance, rien n’est possible dans ce domaine. On l’a vu à Djibo au plus fort de la terreur des hommes de Malam, c’était l’omerta. Personne ne dénonce personne, de peur de se retrouver seul face aux terroristes. A Ouahigouya mais aussi dans les autres localités du Nord, des actions de sensibilisation seraient en cours, de même que des synergies sont en construction entre communautés religieuses dans le but de renforcer la cohésion sociale sans laquelle les succès actuels n’auraient qu’une portée limitée. Dans ce sens, il importe de ne pas négliger la capacité de résistance des terroristes qui avancent sous un manteau religieux. Si la surveillance est de rigueur dans les mosquées dans le but de prévenir le radicalisme de certains imams, il y a lieu de regarder aussi les circuits de distribution de supports audio-visuels qui sont autant de canaux de propagation du discours religieux radical.

Le chômage des jeunes, terreau du terrorisme

Il est heureux qu’il n’ait pas échappé à nos dirigeants la question du développement comme l’antidote le plus efficace contre le phénomène terroriste. Pour la bagatelle de 300 000 FCFA, de nombreux jeunes sont prêts à s’inscrire dans les registres des recruteurs terroristes. Combien sont-ils à avoir déjà franchi le pas ? L’homme qui a été abattu à Kilwin par nos FDS était un de ces recruteurs. On savait qu’ils écumaient les provinces à cet effet. Combien ont-ils été mis hors d’état de nuire ? Il faudrait très vite ouvrir des chantiers pour occuper les jeunes. Et il faut aller vite en ce qui concerne le Nord. C’est un défi rendu extraordinaire au regard de la montée du terrorisme au Nord. On comprend à présent et plus que jamais les poussées de fièvre qui ont caractérisé les dernières années du régime Compaoré avec les manifestations de jeunes sahéliens revendiquant leur part de jouissance, notamment en matière d’emplois qu’offrent les mines implantées au Nord. La réflexion devrait s’orienter dans ce sens.

Par Germain B. NAMA

Le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans

Le Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin a annoncé sa formation dans un document vidéo transmis le 1er mars 2017 à l’agence de presse mauritanienne Agence Nouakchott Information (ANI). Plusieurs chefs terroristes apparaissent dans cette vidéo : Iyad Ag Ghali, l’émir d’Ansar Dine ; Djamel Okacha, l’émir d’AQMI au Sahara ; Amadou Koufa, l’émir de la katiba Macina ; Hassan Al Ansari, l’adjoint de Mokhtar Belmokhtar, l’émir de la katiba Al-Mourabitoune ; et Abou Abderrahman El Senhadji le qadi d’AQMI. Ces derniers annoncent leur rassemblement dans une seule structure et prêtent allégeance à Ayman al-Zawahiri, l’émir d’al-Qaïda ; à Abdelmalek Droukdel, l’émir d’AQMI ; et à Haibatullah Akhundzada, l’émir des talibans. Iyad Ag Ghali est désigné comme le chef de ce mouvement.
Ces organisations terroristes étaient déjà étroitement liées avant leur fusion et s’étaient coordonnées dans diverses opérations. Par cette annonce, le Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin cherche à s’afficher comme un groupe puissant et à contrer l’influence de l’État islamique. Il va sans dire qu’une opération ponctuelle du type « panga » ne peut être efficace que si elle s’insère dans une stratégie globale qui prend en compte la nature transfrontalière de la menace djihadiste. Cela nécessité la présence pérenne de forces militaires dans la zone et la surveillance permanente des trois frontières Mali-Burkina-Niger.

Source : Internet


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