Elimination du RCK de la Ligue des Champions : Cafouillage généralisé !

Publié le mercredi 20 février 2019

Battu 2-0 à l’aller à Alger, le RCK, le champion en titre du Burkina rêvait d’une « remontada », l’expression du moment. Mais à Ouaga, on a eu droit à une « bastonada » pour utiliser le fruit à l’imagination fertile d’un confrère Zoumana Wonogo. Mais ce n’est pas les Faucons seuls qui ont piqué du bec à Ouaga. Ministre des sports, FBF, presse sportive, supporters burkinabè, chacun y est allé de son cafouillage !

Le RCK était à un match avant d’entrer dans l’histoire. Il suffisait de remonter les deux buts encaissés à Alger en match retour de la Ligue africaine des clubs champions pour s’ouvrir les portes des matchs de pouls ; ce qui allait être une première. Mais ce ne sera pas pour cette fois-ci. Et cette défaite allait passer pour un non-événement tant on est habitué à voir nos clubs recalés dès l’entame des campagnes africaines annuelles. Mais la chute des Faucons à Ouaga alimente « les Unes » de la presse sportive, voire au-delà du fait que moult événements ont émaillé ce match. A la fin du match retour, la pelouse du 4 Août a été envahie par des supporters qui ont passé à tabac tout ce qu’ils trouvaient sur leur route. L’arbitre a dû avoir sa vie sauve grâce à ses foulées remarquables (soit dit en passant quand on demande que les arbitres soient de bons coureurs, ce n’est pas pour rien, ça peut sauver). Pris à partie, les Algériens très minoritaires donnaient aussi des coups en recevant. Bref, une situation de bastonnade généralisée. Les forces de sécurités ont chargé et dans la cuvette, l’air manquant, on a eu des cas d’évanouissement. Enfin, une fin de match chaotique que personne n’aime voir dans un stade de foot. La violence sur les stades, il faut la condamner avec la dernière énergie. Et en refusant la violence, nous devons lutter contre tous les facteurs qui militent en faveur. En cela, les journalistes sportifs et leur association ne doivent pas être fiers d’eux-mêmes. Pour cause, le communiqué publié par l’association à la suite du match aller dénonçant le refus de visa aux journalistes burkinabè pour des raisons de délais qui, s’il est justifié par le principe n’a pas rendu service à travers son ton. L’AJSB est dans son bon droit de dénoncer la non-participation de journalistes au match aller pour cause de visa mais de là à demander la réciprocité c’est le pas qu’il ne fallait pas franchir. En effet, l’Algérie a ses textes de loi. La visite de la presse là-bas est encadrée par des textes pris sous l’époque où le pays a engagé la lutte contre le terrorisme et qui sont encore en vigueur. A preuve, quand Manuel Valls, alors premier ministre, visitait ce pays, des journalistes français ont été déclarés persona non grata à Alger. La puissante France a dû se plier à cette décision. Les autorités algériennes ne sont pas prêtes à accueillir tout journaliste sur leur sol. Alors ils ont besoin de faire des enquêtes préalables sur les confrères qui veulent venir chez eux. On peut dénoncer ce dispositif, mais l’Algérie est libre d’organiser la manière de recevoir ses visiteurs. Au Burkina, nous accueillons tout le monde. On n’a même pas besoin de prendre le visa avant d’embarquer dans l’avion. A l’aéroport, le visiteur achète le visa et passe ! En réclamant la réciprocité, l’AJSB livrait, sans savoir les visiteurs algériens à la vindicte populaire. Car les autorités burkinabè, ne disposent d’aucune loi sur laquelle s’appuyer pour fermer les frontières aux journalistes algériens. Et le public s’est dit puisse que les autorités politiques ne peuvent pas venger nos journalistes en laissant venir la presse algérienne, nous allons prendre nos responsabilités.

Le ministère hors décor

En plus du communiqué de l’AJSB, le Burkinabè est mémoratif qu’en 2013, les Etalons ont été spoliés en terre algérienne. Ç’en était donc de trop. Partant, les autorités sportives auraient dû anticiper et classer ce match à très haut risque. Il se devait d’être organisé dans les mêmes conditions que les matchs FIFA, accès motorisé interdit à moins de 500 m, fouille corporelle avant l’accès au stade, augmentation des effectifs des forces de l’ordre et infiltration du public par des gendarmes ou civils en civil…Ce dispositif aurait pu permettre d’éviter la situation qu’on a connue. Mais non, le stade était ouvert à qui veut quel que soit votre équipement. Conséquence, le public a pu envahir le terrain comme un jeu d’enfants. Non content de n’avoir pas su anticiper, le ministère des sports va se montrer très mal inspiré dans la gestion de l’après bagarre. En se fendant dans un communiqué du genre « Algérie pardon, le Burkina a eu tort », on a fini de balayer le peu de dignité qui nous restait. En matière de diplomatie, c’est connu, quand la prise de parole dévalorise, le silence est de mise. Nous savons que l’Algérie est une puissance à des années lumières du Burkina. Mais si des Burkinabè peuvent souffrir en toute impunité sur le sol algérien sans que Alger ne « pipe » mot il n’y a pas de raison que nous rampons parce que des Algériens ont été touchés par des escarmouches chez nous. La diplomatie pouvait se faire autrement, dans le secret des chancelleries. Mais afficher au grand jour notre genou-flexion est totalement abject. L’Ambassade d’Algérie pouvait aussi dire ses regrets de voir que des Burkinabè, journalistes soient-ils, ne puissent pas aller pour une mission que l’Etat leur a confiée. Mieux, un jeune confère, Lassina Sawadogo de la RTB l’a publié sur les réseaux sociaux, Alger n’a pas demandé pardon quand, en 2013 les Etalons ont été victimes de moult traitements dégradants et inhumains en déplacement là-bas. Pourquoi, Ouaga s’est-elle empressée de le faire ? Il est connu que l’axe Alger-Ouaga est déjà mis en mal suite au réchauffement des relations entre le Burkina et le Maroc. Mais ce n’est pas en utilisant la technique de la diplomatie par le ramollissement que nous parviendrons.

La FBF mal inspirée

Les incidents de Ouaga vont faire l’objet d’une décision de la CAF. Il ne faut pas se leurrer, la sanction va tomber. De quelle nature sera-t-elle ? Nous craignons qu’elle ne soit dans toute sa rigueur. Car la situation tombe mal. Elle intervient à la veille des élections de la CAF où notre pays s’est retrouvé aligné du côté des perdants. Le Burkina, selon des sources concordantes serait jusqu’au bout de l’élection au sein du dernier bastion fidèle au désormais ex-président grabataire, Issa Hayatou. Le nouveau président de la CAF, Ahmad Ahmad aurait même fait une virée au Burkina pour inverser la courbe à sa faveur sans succès. Et notre pays a fini par « être rangé » parmi les inconditionnels du président sortant. Et quand Infantino, le président de la FIFA et ennemi juré de Issa Hayatou a pris son bâton de pèlerin pour tourner en Afrique et piocher des voix pour le Malgache, il a royalement contourné le Burkina. Le président de la FIFA a sillonné l’Afrique de l’Ouest, le Niger, le Mali, le Togo, le Ghana…mais il a soigneusement évité Ouagadougou. Le fait n’est pas banal. L’ami de mon ennemi est mon ennemi. Va-t-on traité le Burkina comme telle ? On sait que le président Infantino est très revanchard. Il a puni Hayatou qui lui a refusé son soutien alors qu’il était candidat à la FIFA. Son protégé va-t-il avoir les mêmes rapports de vengeances avec « les courtisans de la cour de Hayatou » ? Il faut le craindre. Mieux, nous pensons même que ce match RCK-USM d’Alger a déjà annoncé les couleurs. Ils sont nombreux à décrier les décisions de l’arbitre du match. Un pénalty non sifflé, un temps additionnel volontairement raccourci, des Algériens qui toisaient l’arbitre en toute impunité. En général, les arbitres ne briment pas les équipes qui jouent à domicile. Pourquoi celui-ci n’a pas eu le même comportement ? En temps normal ce match n’était pas géré par l’administration nouvelle de la CAF. Il a été programmé avant l’élection d’Ahmad. Et ce sont des « sifflets maliens » qui devaient venir l’officier. Mais entre-temps, la FIFA a suspendu le Mali alors une autre désignation d’arbitres a été faite par des hommes du nouvel homme fort de la CAF. Des consignes ont-ils été donnés ? Rien ne le prouve. Ce que nous savons, si le président Ahmad veut faire payer le colonel Sangaré, la recette est connue, il suffit de l’aider à ne faire que de mauvais résultats et il sera chassé de la FBF. Et pour avoir un homme, c’est un pays entier qui sera sanctionné. Nous ne savons pas si on en est là. Mais si tel était le cas, les incidents de Ouaga tombent mal.

La faute du RCK et des supporters

Ce match aurait pu avoir une fin qui éviterait la situation actuelle. Mais là, la courte victoire du RCK rend fautifs les joueurs et leur encadrement. Nous sommes d’autant plus amers que les Faucons ont évolué avec une supériorité numérique pendant 1 heure suite l’expulsion d’un Algérien. Jouer à 11 contre 10 pendant tout ce long temps et ne pas réussir à remonter deux buts s’appelle « louper une aubaine ». En loupant une bonne occasion, on s’est retrouvé face à une fin houleuse de match. A ce sujet, nous pensons que le supporter burkinabè s’est engagé dans un domaine qui n’est pas le sein. Le hooliganisme n’est pas notre apanage. Il y a des pays qui sont champions en la matière. En 2013, des supporters se sont mobilisés toute la nuit pour chanter sous la fenêtre des Etalons afin de troubler leur sommeil. Au Burkina, aucun supporter n’est capable d’un tel exploit. Lors du match aller RCK et USMA, on a décidé d’inonder d’eau la surface du portier burkinabè lors de la 2e mi-temps afin de l’aider à ne pas avoir de bons appuis. De retour à Ouaga, on a confié la même tâche à un enfant. Une gifle algérienne l’a fait renoncer à sa mission sans qu’un Burkinabè ne vienne au secours de l’enfant. Bien que jouant à l’extérieur, les Algériens se sont donné le luxe de passer le cordon de sécurité pour aller jusqu’aux vestiaires des arbitres pour leur tenir des propos menaçant. Là encore les Burkinabè sont restés passifs. La culture de pourrir l’environnement du match d’un adversaire n’est pas notre dada. Et vouloir copier l’adversaire serait la plus grosse erreur. Nous serons toujours en retard d’un geste si nous voulons singer comme un singe. Peu importe la réaction de la CAF. Peu importe l’applaventrisme du ministère des sports. Les Algériens vont nous rendre la pièce de cette monnaie. Lors du séjour des Etalons en 2013, on a pu réaliser la violence que les hooligans peuvent créer là-bas autour d’un match de foot. Et que le pouvoir public le veuille ou pas. On se souvient qu’en ce fameux match de qualification à la coupe du monde en 2013, le gouvernement avait, comme dans un aveu d’impuissance déconseiller les supporters burkinabè de faire le déplacement d’Alger car n’étant pas en mesure d’assurer leur sécurité. Incontestablement, cette bagarre va nous desservir, il fallait l’éviter.

J J Traoré


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