Terrorisme au Sahel : En attendant d’avoir Malam Dicko

Publié le mardi 29 août 2017

Les dates du 22 au 23 mars au Burkina entreront dans l’histoire en ce qu’elles marquent un tournant important et peut être même décisif dans la lutte contre l’extrémisme violent. Harouna Dicko, réputé être à l’origine de plusieurs attaques terroristes dans le Sahel est abattu par les forces de défense et de sécurité. Dix-huit autres personnes suspectées pour les mêmes raisons sont arrêtées au cours de la même opération par les boys, pour reprendre l’expression affectionnée par Michel Kafando. Le butin est considérable d’autant que Harouna Dicko était un pilier essentiel de Malam Ibrahim Dicko, le père du groupe terroriste Ansaroul Islam. Il y a alors de quoi se réjouir car cette opération donne de l’espoir en nos capacités à faire face à la situation. Surtout après les propos peu rassurants du chef d’Etat-major général des armées, Gal Oumarou Sadou tenus au sujet de Malam Ibrahim Dicko et qui avaient laissé le peuple dubitatif. Nous avons gagné une bataille d’étape et pas encore la guerre. Le cerveau, la matière grise de cette nébuleuse sahélienne court toujours.
Le ministre de la sécurité, Simon Compaoré a affirmé une chose importante : « ces gens-là (les extrémistes) ont les moyens pour corrompre la population en tirant profit de la pauvreté dans laquelle elle vit ». On ne peut qu’être d’accord avec monsieur le ministre mais chacun doit s’interroger et en particulier nos dirigeants sur sa responsabilité dans la montée du terrorisme au Nord. Rappelons-nous la répression barbare infligée aux jeunes de Djibo, province du Soum dont est issu Malam Ibrahim Dicko, en septembre 2014 pour avoir simplement revendiqué le bitumage de la route Kongoussi-Djibo dont l’état dégradé avait coupé la province de la capitale Ouagadougou. Voici ce que nous écrivions à l’époque : « Le marché de Djibo est connu, internationalement comme l’un des plus importants de la sous-région pour le bétail. Des commerçants viennent de tous les pays limitrophes pour acheter les animaux.

« Chacun doit s’interroger et en particulier nos dirigeants sur sa responsabilité dans la montée du terrorisme au Nord. »

Chaque jour de marché, à Djibo, ce sont des centaines de millions de francs cfa qui sont brassés. Mais hélas cela n’a pas encore rejailli ni sur la ville ni sur les habitants. Un marché de bétail a certes été construit avec l’aide de la coopération internationale, mais le secteur reste largement sous organisé. La mairie, dirigée par une équipe sans vision, est heureuse des subsides tirés du marché. Elle ne cherche visiblement pas plus. Il reste maintenant le gros de la population, constituée en majorité de jeunes sans emploi et sans perspective d’avenir. La ville de Djibo et toute la région continuent de végéter comme au temps des explorateurs français. Bien évidemment il y a eu un début d’électrification et une desserte en eau courante. Mais vraiment de nom. Passés les deux mois d’hivernage, les robinets ne servent plus à rien. Les femmes veillent aux bornes fontaines pour revenir avec quelques bidons jaunes d’un liquide qui a seulement le nom de l’eau. Sans voie d’accès de qualité acceptable, il n’y a pas évidemment de possibilité de développement. Sans développement il n’y a pas d’opportunité de travail. Comme à Gaza donc (en Palestine, mais la guerre en moins) les populations de Djibo sont claustrés sur un territoire hostile. Le marché, la seule infrastructure génératrice de revenus, ouvrent ses portes tous les trois jours pour permettre la débrouille. La mine d’Inata, les populations en entendent parler (…). Alors quand vient l’hivernage, la province devient inaccessible. L’absence de bonne route freine la tenue du marché. On ne peut plus se débrouiller. C’est donc le vrai Gaza, pendant près de trois mois. Les jeunes désespérés organisent régulièrement « l’intifada » depuis trois ans. Ils ne sont pas écoutés. La réponse des autorités, la corruption des meneurs (comme en 2011) ou la répression comme ce fut le cas à la révolte du début de ce mois de septembre 2014. (…) »
Ce sont ces frustrations ressassées de la jeunesse qui ont été récupérées par Malam Ibrahim Dicko. Il serait illusoire de croire qu’on pourra vaincre la pieuvre de l’extrémisme violent sans s’attaquer au terreau qui le nourrit.

Par Basidou KINDA


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