Lutte contre les terroristes : Les déraisons du pouvoir

Publié le jeudi 27 avril 2017

Depuis qu’elle s’est installée au pouvoir d’état, la gouvernance MPP, quand elle ne tire pas à hue et à dia pour des questions d’hégémonies personnelles, se fend en déclarations confondantes ou bien s’étouffe en cris de guerre répétés, lancés à l’unisson contre les terroristes, mais sitôt transformés en pétards mouillés.
Ainsi, au lendemain de l’attaque du 16 décembre 2016 contre les éléments de nos forces anti-terroristes à Nassoumbou, qui a fait 12 morts dans les rangs de nos soldats, le ministre de la sécurité, qui s’est rendu sur les lieux, s’est lamenté, profil bas, l’air grave et empreint d’une profonde tristesse (un peu comme si l’on avait offensé les dieux) et sur un ton monocorde, que les armes des terroristes sont beaucoup plus performantes que celles de nos soldats. Consternant ! Il est des moments où le silence est d’or. Simon Compaoré a manqué une occasion de se taire. Ce lendemain d’attaque aurait dû être un moment de silence consacré à nos soldats tombés sur le champ de l’honneur, non une occasion de magnifier l’armement ennemi.

Des conseils en communication incapacitants

De Nassoumbou à ce jour, il n’y a pas eu, dans la gouvernance nationale, un pour racheter l’autre. Et de fait, le chef d’état-major d’alors, le général Pingrenoma Zagré, présent sur les lieux, ce jour-là, n’a pu faire mieux que de renchérir dans la même veine de magnification de l’armement ennemi. Renversant ! Mais lui, au moins, a gardé une posture martiale, non celle du soldat vaincu. Un épisode à oublier absolument.
Mais l’histoire est implacable. Elle enregistre tous les événements, même les événements malheureux. à nos dépens ! Nous n’avons pas connaissance que ces bourdes, et celles qui ont suivi, ont été relevées en leur temps. Qu’on nous excuse si notre information, en cette matière, s’avérait courte. Cela aurait, peut-être, permis d’éviter, depuis, l’amoncellement successif des bourdes de la république. Et quid donc des conseillers en communication de la gouvernance ?
Quoiqu’il en soit, très tôt, dans l’immédiat après Nassoumbou, on s’est avisé, brusquement, que le maroquin ministériel de Simon Compaoré est trop lourd pour lui. Il convient de le délester un peu, pour plus d’efficacité. Pourtant, ce ministère pesait le même poids avant les événements de Nassoumbou. Ce n’est pas l’attaque qui l’a alourdi. Le remaniement ministériel annoncé et attendu avec impatience intervient finalement le 20 février 2017. Simon Compaoré a la charge la Sécurité seule. Plus exactement : il est Ministre d’état, Ministre de la Sécurité. L’autre avatar de son lourd maroquin éclaté, Administration territoriale et Décentralisation, échouant à un homonyme : Simon Sawadogo. Certes, le délestage de son lourd maroquin est effectif, mais dans le mauvais sens, c’est-à-dire, à rebours surtout des desiderata des hommes de terrain. On relira, avec un intérêt certain, l’émouvante lettre des militaires, gendarmes et policiers de terrain à Nassoumbou, adressée au président Roch Marc Christian Kaboré, dans le Courrier confidentiel nº122 du 25 déc. 2016. Ceux-ci y demandaient tout, sauf le maintien de Simon Compaoré à ce portefeuille. C’est ce qui s’appelle proprement : « tomber de Charybde en Scylla ». Méprise présidentielle ? Ou injonction d’une force plus forte ?

Accumulation des bourdes

Par un autre tour, dont seuls les dieux détiennent le secret, exit le chef d’état-major, Pingrenoma Zagré, peut-être, un tantinet, un peu timoré. Allez-y savoir ! Pourtant, on ne change pas une équipe qui gagne. Défense et illustration : le Général Pingrenoma Zagré est, en effet, celui qui a conduit avec succès l’assaut contre les indésirables RSP, retranchés à Kosyam lors du putsch manqué du Général Diendéré. Ce dernier en sait quelque chose. Il nous en a donné, du reste, un petit bout dans sa conversation téléphonique avec son fils, alors qu’il était réfugié chez le nonce apostolique (ambassade du Vatican à Ouagadougou). Diendéré fils : « … mais papa, il y a 3 jours vous disiez que vous avez la situation en main ». Diendéré père lui coupant la parole : « Tu as vu les armes qui sont arrivées ? … ». « Et le camp ?… », poursuit le fils. Diendéré père, sèchement : « Il n’y’a plus de camp… le camp a été rasé, pilonné… il n’y a plus de camp… ». On se demande pourquoi ces armes si sophistiquées qui ont délogé les indésirables de Kosyam ne sont pas aujourd’hui entre les mains des hommes de terrain à Nassoumbou ?
Quoiqu’il en soit, l’heure est grave. Elle exige un homme encore plus fort aux commandes de nos forces armées. Celui-ci a les allures du Colonel-major Oumarou Sadou, promu chef d’état-major le 29 décembre 2016. Un va-t-en-guerre. Il prend fonction le 4 janvier 2017. Il est élevé au rang de Général de brigade. Le même jour, il tonne : « …nous allons maintenant passer à l’offensive… ». Qu’on se rassure tout de suite. Il n’est pas question, ici, de discuter stratégie. Nous n’avons pas qualité pour le faire, ni en théorie, ni en droit. La stratégie est une exclusivité de l’état-major, qui est son haut lieu, son saint lieu. Est seulement pointé, ici, le style, du moins, la qualité de la communication publique du nouveau chef d’état-major.
Certes, l’attaque, comme chacun sait, est la meilleure défense. Mais doit-on pour autant crier sur tous les toits que l’on va attaquer ? Critiquant naguère les chantres de la négritude, l’écrivain nigérian et prix Nobel de littérature, Wolé Soyinka, avait eu cette formule, restée célèbre : « le tigre ne crie pas sa tigritude, il bondit sur sa proie et la dépèce ». Le Général Sadou aurait gagné à méditer, aussi, ce précédent historique d’un ministre français lors de la guerre franco-prussienne de 1870 : « nous ne cèderons ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses ». Dès le lendemain, les troupes ennemies allemandes campaient à Sedan, à 100 kilomètres à l’intérieur du territoire français.
A l’instar de cet homme d’état français, notre tout nouveau chef d’état-major, inévitablement, a été rattrapé par les événements, peu de jours après son allocution d’investiture. En effet, le 25 janvier 2017, les terroristes sont à l’école de Petèga, département de Diguel. Cagoulés et armés, ils intiment l’ordre d’enseigner l’arabe et non plus le français. Nassoumbou, c’était la nuit, tout au moins au petit matin, aux environs de 5 heures. Cette fois, c’est en plein jour que les « fous de dieu » opèrent : vers 16 heures. D’ailleurs, nullement inquiétés par aucun dispositif de notre armée, ils sont de retour le 31 janvier, sillonnant les écoles des villages de Kouyé, à 13 km de Baraboulé, et de Lassa, dans le même département. Cette fois, en plus de l’enseignement de l’arabe, ils exigent le port du voile islamique. Notez bien : Toutes ces attaques terroristes sont des offensives incognito, sans parole et sans crier gare. Ce qui est, on s’en doute, une des clés de leur réussite.
Jules Gabriel Claude Favre, c’est bien le nom du ministre français ci-dessus incriminé, n’avait pas clamé son information sur les ondes, au contraire de notre chef d’état-major. Avocat retors et homme politique avisé, ce fut par une circulaire que M. Favre transmit son message à tous les agents diplomatiques français. En conscience, l’homme d’état français savait les Allemands bien préparés à cette guerre, à l’inverse de son pays. Le baroud de M. Favre visait plutôt à rallier à la cause de la France les chancelleries européennes divisées, d’une part, et, d’autre part, à remonter le moral de l’administration et à gonfler celui de la troupe. On ne peut en dire autant, à ce jour, des motivations de notre chef d’état-major.

Une cécité et une inaction chroniques du pouvoir

Chemin faisant, on s’est aperçu, aussi, que le cumul de la charge présidentielle avec le portefeuille de la défense pose problème, par ces temps de crise. Comme si, par enchantement, il en était autrement aux autres périodes. Mais que de cécité ! Ce cumul posait problème dès la publication du Gouvernement Paul Kaba Thiéba I. Aussi, Le 25 février 2017, la défense nationale devient-t-elle, par défaut, un ministère plein, confié à Jean Claude Bouda. Dans son allocution de prise de fonction, celui-ci, paré de ses nouveaux atours de ministre de la Défense et des Anciens Combattants du gouvernement Paul Kaba Thiéba II, déclame : « les terroristes seront terrorisés ». Et bis repetita. Mais attention M. Bouda ! Il y a des droits d’auteur. En effet, la formule est à mettre au compte de l’actif éméritat de Charles Pasqua, ministre français de l’intérieur, dans une France des années 1980 régulièrement ensanglantée par les terroristes, surtout Paris.
Toutefois, le crédit d’auteur n’est pas, ici, le problème. à l’époque, Pasqua fit ce qu’il avait dit, et au point que l’opinion publique s’était demandé jusqu’où Pasqua pouvait-il aller trop loin ? M. Bouda, lui, a été, au contraire, vite rattrapé par les événements. En dépit de ses déclarations belliqueuses, ce sont, plutôt, inversement, les terroristes qui continuent de terroriser les Burkinabè. Ainsi, le lundi 27 février, soit deux jours après son sacre, les enturbannés « fous de dieu » sahéliens paradent de nouveau dans la commune rurale de Diguel, à quelques 70 km de Djibo, pillant, saccageant, vandalisant. Le domicile du préfet est outrageusement mitraillé. Et, pour couronner leur forfait, le vendredi 3 mars, ils tuent de sang-froid, Salifou Badini, directeur de l’école primaire de Kourfavel, et un de ses compagnons d’infortune, pour avoir refusé d’enseigner l’arabe et de voir leurs collègues femmes porter le voile islamique. Et nous apprenons par Radio Oméga, au moment où nous écrivons ce papier, que ces « fous de dieu » sont en train d’attaquer encore nos structures militaires dans le Sahel (20 mars : 16 heures). Puis, le JT du 20 h de la RTB du même jour annonce, furtivement, que le groupement de nos forces anti-terroristes (GFAT) de Nassoumbou a subi, dans la journée, des tirs de harcèlement d’inconnus qui se poursuivent encore.
Jadis, Karl Marx critiqua semblables dispositions chez les révolutionnaires français. Ces derniers, après avoir volé de succès en succès dans les événements de février et dans les journées révolutionnaires de juin 1848, soudainement, arrêtèrent l’action (alors qu’ils étaient tout proches de la victoire finale) et s’arcboutèrent dans la violence verbale contre la bourgeoisie et les réactionnaires. Ce faisant, ils permirent à un obscur aventurier, le despote Louis Bonaparte, le neveu de l’autre, de tuer la république, en perpétrant, avec une étonnante facilité, son coup d’Etat du 18 brumaire, le 2 décembre 1852. Et le savant allemand de conclure : « la violence sans phrase a eu raison de la violence de la phrase ».

AL

Post-scriptum : Nous serions heureux si les derniers développements de la situation nationale de lutte contre les terroristes nous faisaient mentir. Car, au fond, que désirait notre papier si ce n’est que la gouvernance actuelle abandonne la violence de la phrase au profit de la violence sans phrase. De sources concordantes, en effet, nous apprenons que Harouna Dicko, l’auteur présumé de plusieurs attaques dans le Nord du pays, dont la dernière en date est celle des tirs de harcèlement du 20 mars, signalée dans notre papier, a été abattu lors d’une opération des forces de sécurité dans la nuit du 22 au 23 mars dernier. Selon les mêmes sources, dix-huit autres personnes auraient été arrêtées au cours de cette opération.

Lutte contre le terrorisme : La bonne moisson des « Boys »

Le ministre de la Sécurité, Simon Compaoré, a fait le point de la lutte contre le terrorisme le 24 mars dernier. En gros, le résultat est fort appréciable.

Soixante-dix suspects interpellés, des commanditaires activement recherchées. C’est le bilan provisoire du coup de filet des forces de défense et de sécurité dans le milieu terroriste. Ould Baba Ould Cheickh, soupconné d’être le principal commanditaire de l’attaque la plus meurtrière du 15 janvier 2016 contre le café Cappuccino et l’Hôtel Splendid figure parmi les personnes arrêtées, a indiqué le chef d’Etat-major adjoint de la gendarmerie nationale, le Colonel Serge Alain Ouédraogo. Ces interpellations ont toutes été suivies de procédures judiciaires, a confié le ministre de la sécurité, Simon Compaoré, sans plus de détails.
Entre 2015 à 2016, le Burkina a été victime de plus d’une vingtaine d’attaques ou agressions de nature terroriste qui ont causé la mort de plus de 70 personnes, a-t-il indiqué. Ces attaques sont imputées à Aqmi, Al Mourabitoun, Ansar Dine, le groupe Etat islamique, au Front de libération du Macina et récemment à Ansaroul Islam. Le ministre de la sécurité a énuméré comme circonstances favorables des incursions terroristes, les crises libyennes et maliennes, « le retour de Burkinabè des terres de jihad » du nord Mali, « l’illusion de revendication de l’espace identitaire que sont le Macina et le Guelgodji » ainsi que la « radicalisation et l’endoctrinement » des couches de la population exposées à la pauvreté, à l’ignorance et à l’analphabétisme. Il a renouvelé ses accusations contre le régime déchu de Blaise Compaoré à qui il reproche des « compromissions » avec les groupes terroristes. Il a également pointé du doigt la faible présence de l’administration au nord du Mali le long de la frontière commune qui, selon lui, ne facilite pas la traque des extrémistes qui agissent dans la région n

Gaston Bonheur SAWADOGO

Elimination de Harouna Dicko, Ansaroul Islam amputé

Dans une opération menée par les forces de défense et de sécurité, le terroriste Harouna Dicko a été physiquement éliminé dans la nuit du 22 au 23 mars 2017. Il a été neutralisé à Petega, un village situé à une soixantaine de km de Djibo, par un binôme d’une patrouille motorisée de la gendarmerie nationale à laquelle il s’en était pris. L’opération de ratissage a permis de mettre aux arrêts 18 terroristes et de saisir de l’armement. Harouna Dicko est présenté comme un bras armé du leader d’Ansaroul Islam. Il serait responsable de plusieurs attaques dans le nord du pays. Son élimination sonne à la fois comme une renaissance de l’espoir pour la population, surtout celle du nord et un coup de semonce contre les extrémistes. Les « boys », pour reprendre l’expression du président de la transition, Michel Kafando, ont réalisé une prouesse de plus. Mais attention à ne pas dormir sur les lauriers. Ces gens, on le sait, se manifestent toujours à chaque fois qu’on les attend le moins.

GBS


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