Méningite : Les services sanitaires en état d’alerte

Publié le jeudi 27 avril 2017

Le Burkina n’est pas à l’abri d’une épidémie de méningite. Les cas se chiffrent à des centaines. Certaines régions du pays sont entrées en état d’alerte mais en sont ressorties. Toutefois le ministère de la santé se dit vigilant.

768 cas de méningite avec un taux de décès de 7,9 % ont été déclarés au Burkina à la période située entre le 06 et le 12 mars 2017 selon Dr Wilfred Brice Bicaba, directeur de la lutte contre la maladie. Certaines zones ont été placées sous état d’alerte. Il s’agit de Batié, Titao, Gaoua, Diébougou. Le seuil d’alerte est de 5 cas pour 100 000 habitants. Toutefois, le docteur Bicaba précise que le Burkina n’a pas atteint le seuil épidémique qui est de 10 cas pour 100 000 habitants. Mais avec son équipe, ils sont déjà à pied d’œuvre pour contrecarrer une éventuelle épidémie.
D’ores et déjà, la première phase du plan d’actions de riposte du ministère de la santé contre la méningite est déjà en branle. « Nos agents de santé ont été formés pour faire face à la question et sont en état d’alerte » déclare docteur Bicaba. Il s’agit du plan couvrant la période pré épidémique. Cette période consistant à détecter les cas qui surviennent, les agents de santé ont reçu des directives par rapport à cette phase. De façon concrète, ils vont faire la ponction lombaire (une des vertèbres du bas du dos situées juste avant le sacrum). Selon toute vraisemblance, le ministère a mis à la disposition des CSPS des tubes pour recevoir les liquides céphalo rachidiens. Ces liquides seront ensuite acheminés vers le laboratoire pour analyse. A ce stade, des réactifs ont été mis à la disposition des laboratoires. A la suite des analyses, lorsque la présence de la méningite est confirmée ou pas, il y a un autre lot d’échantillons prélevés et envoyé dans 5 autres différents laboratoires de référence pour examen à la biologie moléculaire. La prise en charge étant entièrement gratuite a précisé le docteur : « C’est une maladie qui peut être épidemiogène. La prise en charge est gratuite. Pour cela, nous avons mis des médicaments à la disposition des différentes formations sanitaires ».
Mais quelle est la situation dans nos formations sanitaires ? A la pédiatrie Charles de Gaules, nous avons rencontré un médecin pédiatre, qui s’est montré très hésitant à se confier à notre micro. « Bien que vous ayez juste trois questions à me poser, je ne peux pas répondre comme ça. Je sais que vous voulez confronter ce que je vais vous dire à ce que vous avez recueilli comme informations à la Direction Nationale de Lutte contre la Maladie. Si je vous dis par exemple qu’il n’y a pas de kits, j’aurai des problèmes. Le ministre va appeler ma patronne et ma patronne va m’appeler. Je protège juste mon chapeau. Je ne peux pas me permettre de dire des choses qui ne sont pas en accord avec les informations reçues à la DLM ou de donner des informations qui entraîneront des remous sociaux. Toute vérité n’est pas bonne à dire. Donnez-moi plus de temps ». On l’aura compris, la communication sur la question est sous contrôle. Dans la soirée, ils nous reviennent et livrent les réponses à nos questions. Dans cet hôpital, le service des maladies infectieuses a déclaré du 1er janvier au 23 mars trois cas de méningite dont 1 cas à pneumocoque, 1 cas à Haemophilus influenzae b, 1 cas à Salmonelle (bactérie infectieuse qui se transmet par certains aliments) du groupe B. Quant à la prise en charge médicale des patients elle est assurée par les antibiotiques, les médicaments de la fièvre (antipyrétiques), les corticoïdes, les solutés. Que dire des mesures d’accompagnements mises à la disposition de l’hôpital pédiatrique par le ministère ? La réponse est toute simple : les médicaments sont disponibles à l’hôpital et donnés gratuitement à aux malades de méningite.

Un vaccin prévu pour la phase épidémique

Une campagne de vaccination de riposte est prévue en cas d’épidémie a rassuré Dr Brice Bicaba. Pour ce faire un stock tampon de vaccin est déjà disponible. Si nous entrons en phase épidémique, explique-t-il le pays écrira à l’OMS qui à son tour adressera une demande a l’Instance de Coordination de Vaccination au niveau international. Cette instance réagira en fonction de la disponibilité des vaccins. Le Burkina pour sa part a un stock tampon de vaccin. Si une épidémie survient quelque part, le ministère est à même de réagir avant que l’aide de l’OMS arrive.
Les autres mesures pendant la phase épidémique consisteront à accentuer la surveillance épidémiologique, à offrir plus de capacités de diagnostic biologique , à améliorer la qualité de la prise en charge des cas, de même que la communication en matière de lutte contre la maladie et enfin à coordonner des activités en relation avec la lutte contre le mal.

MenAfriVac

Le vaccin MenAfriVac fait partie du Programme élargi de vaccination (PEV) au Burkina Faso depuis le 6 mars 2017. C’est un vaccin qui permet de lutter efficacement contre la méningite à méningocoque A, très épidémiogène selon le Dr Brice Bicaba. Le vaccin concerne les enfants de 15 à 18 mois et a une durée de protection de 10 ans. Son efficacité prouvée en 2010 lors de la grande épidémie qui a fait 25000 cas et prêt de 5000 décès, le Burkina a décidé de l’introduire dans le programme élargi de vaccination. 
« Depuis que la campagne a été faite, il n’y a eu que 4 cas de méningite à méningocoque A répertoriés dont 1 seul avait reçu le vaccin » s’est réjoui le Dr. Avec le MenAfriVac, le ministère de la Santé envisage pour les trois années à venir couvrir respectivement 70%, 90% et enfin 100% des enfants n

Assita SANOU

Petit rappel sur la méningite

Le Burkina est situé dans la ceinture méningitique qui s’étend depuis l’Ethiopie à l’est jusqu’au Sénégal à l’ouest en passant par le nord le Sahara et au sud, la forêt tropicale. Il y a des cas de méningite qui sévissent sous le mode endémo épidémique, ce qui veut dire que la maladie sévit toute l’année mais parfois avec des piques épidémiques. Par conséquent, le pays n’est pas à l’abri des épidémies.
La méningite est due à l’inflammation des méninges. Elle est causée par trois principaux germes. Il s’agit du méningocoque, l’Hib et le pneumocoque. Selon le directeur de la lutte contre la maladie, Dr Brice Wilfried Bicaba, le méningocoque (A, C, X, Y et W) est le germe le plus préoccupant parce qu’il peut causer de grosses épidémies. En effet, elle est toujours la première cause de mortalité au Burkina parmi les maladies à potentiel épidémique.
La méningite est contagieuse et les enfants en sont les plus touchés. Elle se propage par voie aérienne surtout pendant la période de l’harmattan. Quand on respire les germes de la maladie et que les conditions sont favorables à son éclosion, elle s’installe. Ses signes sont : maux de tête, forte fièvre d’apparition brutale, raideur du coup accompagnée de douleur, vomissements, le bombement des fontanelles (chacune des six zones membraneuses situées entre les os du crâne du nouveau-né, qui s’ossifient progressivement pendant les deux premières années de la vie) chez les nourrissons et irritation entrainant des pleurs incessants. Il faut dès lors emmener « le cas suspect de méningite » au centre de santé le plus proche. Il est déconseillé de faire de l’auto médication. Pour réduire les risques de contagion de la maladie, il faut éviter autant que possible de s’exposer ou d’exposer les enfants à la poussière, éviter que les muqueuses nasales ne se dessèchent en y mettant du beurre de karité, soigner précocement toute maladie liée aux voies respiratoires et à la gorge et se faire vacciner si le vaccin est disponible.

A S


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