La Dengue est là : Pas de panique on en guérit

Publié le mercredi 5 avril 2017

2013 refait-il surface ? Cette date vous rappelle-t-il quelque chose ? Eh bien oui, c’est en 2013 que beaucoup de gens au Burkina ont connu pour la première fois la dengue dont pourtant la première épidémie au Burkina date de 1925 et où des cas ont aussi été rapportés en 2000. Une recherche réalisée en 2003 auprès de 191 donneurs de sang et 492 femmes enceintes d’un district rural (Nouna) et de la capitale (Ouagadougou) montrait qu’entre 26% et 39% des enquêtés avaient été en contact avec le virus de la dengue. Une autre recherche effectuée en 2004 auprès de 3000 enfants de Ouagadougou a relevé que 22% d’entre eux avaient été en contact avec un virus de la famille des Flavivirus à laquelle appartient celui de la dengue. On se rappellera que le Ministre de la santé de l’époque avait dû affronter de nombreuses questions sur ce sujet lors d’une conférence de presse en novembre 2013.
L’Union Africaine avait demandé la même année la mise en place d’interventions de luttes. Ces interventions ont-elles été menées efficacement ? Pourquoi donc en l’espace de trois ans la dengue refait surface ? Ce qui est sûr la psychose depuis le mois d’octobre 2016 est déjà présente chez beaucoup de patients. Le rythme cardiaque s’accélère lorsqu’on parle de la dengue actuellement à un patient qui présente des symptômes similaires à la maladie. Cette psychose est en train de gagner du terrain au point que les personnes bien portantes n’hésitent pas à faire leur dépistage pour s’assurer de leur état de santé malgré le coût « salé » minimum de 7000 francs qu’il faut débourser pour l’examen. Cette volonté de faire le dépistage s’installe d’avantage et est suscitée par la peur de perdre la vie au regard des victimes déjà enregistrées par cette maladie au Burkina. C’est donc une maladie qui est toujours mal connue par la population et même par beaucoup de professionnels de la santé au Burkina.
La plupart des personnes associent encore systématiquement toutes formes de fièvre au paludisme. Pourtant, la fièvre, qui est une des causes majeures de consultation, peut être le symptôme de multiples maladies, dont le paludisme, mais aussi la diarrhée, la typhoïde ou encore la dengue. À l’échelle de l’Afrique, la présence du paludisme est en train de se réduire depuis 2004. Au Burkina Faso, la probabilité de décéder du paludisme a diminué de 10% entre 2000 et 2010 selon une équipe de chercheurs en « recherches et interventions communautaires pour l’équité en santé au Burkina Faso ». La baisse sera probablement encore plus importante dans les prochaines années grâce aux campagnes massives de distribution de moustiquaires (2010, 2013, 2016), à des médicaments efficaces et subventionnés (2012) ou encore aux tests de diagnostic rapide (TDR) présents dans tous les centres de santé primaires (2013). Il faut poursuivre les efforts pour lutter contre le paludisme. Mais il semble aussi important, aujourd’hui, de se préoccuper des autres maladies dont les manifestations sont la fièvre, notamment la dengue

Un traitement différent de celui du paludisme
A la date du 6 novembre 2016 le service de surveillance épidémiologique a notifié 938 cas probables de dengue dont 13 décès dans la ville de Ouagadougou. Ce qui complète les informations données par le Ministère de la santé lors du point sur la situation à la télévision nationale, annonçant que sur quelques 7 centres de santé dans lesquels l’investigation a été menée, plus de 600 cas de dengue ont été rapportés. Ces chiffres ont pourtant été enregistrés chez les patients qui se présentent pour la consultation ou la prise en charge. C’est donc sans compter avec ceux qui font l’automédication par manque de moyens pour faire le traitement et qui en meurent dans les familles ou autres endroits. Ce qui est sûr nous savons donc que la dengue circule depuis longtemps au Burkina Faso surtout avec la confirmation du laboratoire de référence grippe de l’IRSS Bobo du sérotype 2, mais très peu de gens ou de professionnels de santé maîtrisent son traitement. Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Dori, Boromo et Kongoussi en ont déjà fait les frais. Il n’y a que quelques cliniques comme Philadelphie qui sont en avance pour la spécialisation dans le traitement de l’épidémie depuis les cas de 2013. Mais pour cette année 2016, d’autres essayent d’emboîter le pas. Comment explique-t-on donc l’engouement des privés pour les prises en charges de la dengue ? Nous osons croire que ce n’est pas parce que le traitement de la maladie rapporte beaucoup d’argents aux cliniques. Mais nous nous refusons de le nier. Le problème est comment faire un traitement efficace pour guérir les patients ? Autrement dit comment se comporter face à un patient de la dengue ? Actuellement, il n’existe pas de traitement contre la dengue en tant que tel mais dans 99% des cas, les patients retrouvent spontanément la santé en quelques jours, même s’ils restent très fatigués durablement. La survenue des cas sévères est imprévisible mais suppose que la personne soit suivie pour éviter les complications (faire le bilan sanguin notamment). Il ne faut surtout pas donner de l’aspirine ou d’anti-inflammatoires non stéroïdiens notamment l’aspirine, l’ibuprofène et le diclofénac. Pour le moment aucun vaccin n’est disponible. La seule façon de lutter contre la maladie est de renforcer la lutte contre le moustique qui véhicule le virus.

Des comportements qui sauvent
Des actions ont été déjà entreprises par certains dont l’équipe des chercheurs en « recherches et interventions communautaires pour l’équité en santé au Burkina Faso ». Ils ont mis en œuvre une intervention communautaire de lutte contre la dengue dans un de leur site d’étude notamment la zone autour du CSPS du Secteur ex 22 (à Tampouy non loin de la mairie). Le projet de 6 mois a consisté en un ensemble d’activités (causerie éducative, porte à porte, théâtre forum, destruction des gites, dessins des élèves…) dans le but de réduire les risques. Depuis le 23 octobre cette équipe est parvenue à la conclusion qu’il faut que les populations assainissent leur cadre de vie au regard des gîtes qui favorisent le développement de larves de moustiques. Ils s’en sont rendus compte à travers les résultats de la collecte de données pour l’évaluation finale de l’intervention qui s’est faite dans la zone autour du CSPS du Secteur ex 22 et celle autour de juvénat filles à Dassasgho (vers le mur du musée). Les populations contribuent à la prolifération du moustique de la dengue à travers les eaux stagnantes contenues dans les récipients et objets non couverts tels le canari d’eau, les pneus, les seaux, les bidons, les briques creuses, les abreuvoirs des animaux, les coupelles des pots de fleurs, etc. à proximité ou dans les cours. Il faut tout simplement rendre saint nos lieux d’habitation pour avoir la chance de réduire la propagation de la dengue. Il faut à tout prix éviter la piqûre du moustique par des poses de grilles anti-moustiques aux ouvertures des maisons, par l’utilisation de produits répulsifs, etc. Une fois les signes de cette maladie installée, il est déconseillé de faire de l’automédication. Le geste utile qui sauve est de se présenter dans un centre de santé pour diagnostiquer le mal et commencer le traitement sans attendre. Pour le moment, selon le point de presse donné par le Ministre de la santé le 8 novembre 2016, la prise en charge se réduit aux cas compliqués et se fait à l’hôpital Yalgado Ouédraogo. Pour les patients qui comptaient sur le jus des feuilles de papaye pour guérir de la maladie, le Directeur de la lutte contre la maladie, Dr Brice Wilfried Bicaba dit ne pas avoir suffisamment de données pour attester de l’efficacité d’une telle pratique et par conséquent recommande d’aller se faire soigner dans les soins de santé. Il est temps donc pour l’enfant de Tenga de commencer à cotiser pour faire face à une maladie qui s’apparente à celle des plus nantis au regard des coûts engendrés par le traitement. Mais que chacun se rassure, de la dengue on en guérit.

Michaël Pacodi
pacomik@yahoo.fr

La dengue est une maladie qui est provoquée chez l’homme par un virus qui se présente sous la forme de quatre sérotypes différents (DENV1, DENV2, DENV3, DENV4) qui ne confèrent pas d’immunité croisée. Les manifestations cliniques sont très diverses. Il est possible de ne pas s’apercevoir de la présence de la maladie, ou d’avoir des symptômes peu précis comme simplement de la fièvre, des maux de tête, des douleurs musculaires, articulaires ou abdominales, des maux d’yeux ou encore une éruption de boutons. Dans les cas les plus sévères, on peut voir apparaître des hémorragies, des problèmes neurologiques, des états de chocs, voire des décès. La sévérité de la maladie va dépendre de nombreux facteurs comme l’âge, la fragilité, le fait d’avoir déjà été en contact avec le virus (infection primaire ou secondaire), ou encore la circulation de plusieurs sérotypes dans le pays. Les formes sévères sont plus souvent rencontrées lors des infections secondaires.

M P


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