L’unité retrouvée le temps d’une commémoration

Publié le mercredi 5 avril 2017

Quoi de plus normal que le Burkina politique se soit retrouvé dans une belle unité à l’occasion de la commémoration de l’AN II de l’insurrection populaire. Et pourtant deux semaines avant l’événement, les esprits ne semblaient pas s’y préparer. Zéphirin Diabré, principale figure de proue de l’opposition politique nationale était dans la dynamique de sa conférence nationale sur l’insurrection populaire dont le programme d’activités avait été déjà déroulé. Plus qu’un simple événementiel, ce Think tank était une véritable opportunité pour séduire tous les déçus du système. Le parti au pouvoir est aujourd’hui bien en peine devant les nombreuses attentes populaires et on le voit à son incapacité à trouver la bonne posture face à la situation. Il aurait été étonnant que Zeph n’en profitât pas. Ceux qui pensent que l’homme de Gomboussougou doit cesser de critiquer le pouvoir au nom d’un certain réalisme qui veut que face aux difficultés qui sont bien réelles il faut pratiquer l’union sacrée devront revoir leur copie. Nous sommes dans une compétition où les offres politiques sont plus alternatives que complémentaires. Quel intérêt Zeph a à sauver le soldat Roch ? Tant mieux s’il se noie ! Ce serait la preuve qu’il n’est même pas un bon marin alors qu’il s’est fait bombarder timonier.

« les acquis de l’insurrection populaire sont entrés dans le patrimoine national. Ils n’appartiennent à personne en particulier. Il aurait été dommage que ceux qui ensemble ont payé un prix élevé pour l’avènement d’une ère politique nouvelle non dynastique et anti-patrimoniale n’aient plus rien en commun »

Roch, Zéphirin, Bénéwendé, l’image tourne en boucle sur Facebook comme si elle a été expressément boostée dans le but de produire son effet. Retenons que même de façade, les Burkinabè apprécient quand les hommes politiques savent se retrouver dans une sorte d’unité (sacrée) à l’occasion de certains événements. En terme de gains politiques, Roch et Zeph sortent gagnants. Pour Roch, c’est l’économie d’une énième cacophonie. On a toujours en mémoire, le spectacle désolant du cimetière de Gounghin ainsi que le boycott de l’invitation du premier ministre, à l’occasion de la commémoration du putsch du 16 septembre. On l’a vu à la procession vers l’Assemblée nationale ainsi qu’au dépôt de la gerbe de fleurs au monument des martyrs. Il avait auparavant reçu au Palais, les victimes de l’insurrection et du coup d’Etat. Au finish, le compte est bon et même très bon ainsi que l’a reconnu le porte-parole des victimes. Du côté de Zeph, le compte est également bon. Il a dit oui à l’invitation des pouvoirs publics et ce faisant, a rapporté les activités qui pouvaient télescoper celles organisées par le pouvoir. Il a physiquement participé aux activités phares entrant dans le cadre de la commémoration. Zeph donne ainsi l’image d’un homme politique responsable capable de se mettre au-dessus des considérations partisanes lorsqu’il s’agit d’enjeux nationaux. Il sort d’autant plus gagnant que son propre programme d’activités a été exécuté la veille et dans la pure tradition de gentlemen agreement, il n’a pas manqué d’associer le pouvoir MPP.
Nous faisons le constat suivant. Ils sont nombreux les Burkinabè qui semblent avoir apprécié cette manière de concevoir et de pratiquer la politique. Après tout, les acquis de l’insurrection populaire sont entrés dans le patrimoine national. Ils n’appartiennent à personne en particulier. Il aurait été dommage que ceux qui ensemble ont payé un prix élevé pour l’avènement d’une ère politique nouvelle non dynastique et anti-patrimoniale n’aient plus rien en commun. Même ceux qui furent les principales cibles de l’insurrection avaient quelque chose à partager pendant la commémoration des jours mémorables des 30 et 31 octobre. Ne serait-ce que les conditions d’une vision de l’avenir du pays et de nos enfants. Mention spéciale à Gilbert Noël Ouédraogo dont nous avons apprécié l’adresse à ses compatriotes postée sur Facebook. Quand on sait le prix personnel qu’il a payé, on ne peut que s’incliner devant la dignité du propos. Le Burkina appartient à tous ses fils et filles. Œuvrons à consolider le socle de cette fraternité en cultivant l’amour de la vérité et de la justice pour tous.

Par Germain B. Nama


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