Direction de la Police Nationale : Pour mettre la main sur son frère aîné, la police séquestre un jeune

Publié le vendredi 7 avril 2017

Pour avoir son frère ainé, un commissaire et un officier de police ont mis la main sur un étudiant. Ce dernier a été gardé pendant trois jours dans les locaux de la très redoutée police judiciaire de Wemtenga pendant trois jours sans qu’aucun membre de la famille ne soit informé. C’est après que le frère ainé en question s’est présenté que l’échange a été fait. L’étudiant recouvrant la liberté et son grand frère mis sous les verrous.

C’est une scène digne d’un film hollywoodien. Tout commence le samedi 3 septembre 2016. Guéné Abdoulaye, étudiant à l’université Ouaga II quittait dans la soirée son quartier Zone 1 pour aller donner un CD (cour à domicile) à Nonsin. Soudain, son téléphone sonne. C’est un ami de son grand frère qui l’appelle. Ce dernier lui demande de le trouver au SIAO « pour prendre une commission ». L’étudiant connait bien ce dernier. Il s’appelle Wédraogo Sheck. Abdoulaie s’exécute en sursoyant à son CD et se rend aussitôt au lieu indiqué. A son arrivée, il n’aperçoit pas celui qui l’a appelé. Il l’appelle au téléphone. Wédraogo Sheck lui demande de l’attendre. Mais Sheck ne viendra pas remettre « la commission ». Ce dernier est l’un des plaignants qui reprocheraient au « grand frère » d’Abdoulaie des faits d’escroquerie.

Les policiers entrent en jeu
Pour prendre l’étudiant, la police n’a pas voulu faire les choses en détail. Un officier et un haut gradé de la police en l’occurrence un commissaire sont mis sur le coup.
Guéné Abdoulaye attend Wédraogo Sheck devant la cour du SIAO. Soudain, surgissent deux personnes en tenue civile. Ils demandent à l’étudiant s’ils pouvaient le voir. L’étudiant acquiesce. L’un se présente comme étant l’officier Zoungrana. Il dit être policier. Ce dernier aurait menacé l’étudiant en ces termes : « Si tu ne veux pas qu’on te menotte, viens avec nous ». A la demande de l’officier Zoungrana de les suivre, l’étudiant avec son attitude de ‘diaspo’ répond : « Ok, y a pas de souci, mais j’ai fait quoi ? ». Et au policier de rétorquer : « Tu n’as rien à dire ». L’étudiant, bien sûr s’inquiète : « Je ne vous connais pas, je ne peux pas vous suivre ». « Où est ta moto », demande l’officier. L’étudiant tente d’esquiver le policier en lui signifiant qu’il n’est pas venu à moto. Sur l’insistance du policier, Abdoulaye indique sa moto. Le commissaire Yaman l’aurait saisi par une main en arrière et par le pantalon. Il arrache la clé de la moto et la remet à l’officier Zoungrana. L’étudiant demande à nouveau au commissaire les raisons de son arrestation. La réponse ne varie pas. « Tu n’as rien à me dire ». Abdoulaye les supplie de ne pas le menotter. Il leur fait savoir qu’il va les suivre et que s’ils veulent il les suivra avec sa moto là où ils veulent. Dans la foulée, ils font monter l’étudiant dans une voiture que l’étudiant pense appartenir au commissaire. En cour de route, les policiers apprenaient à l’étudiant qu’ils n’ont rien à voir avec lui. Qu’ils sont à la recherche de son « grand frère » et que c’est à travers lui qu’ils veulent mettre la main sur ce dernier. Ils auraient demandé à l’étudiant de leur « donner la position du grand frère sinon, ils vont le déférer ». L’étudiant dit « être très innocent donc il n’a vraiment pas l’envie de dormir à la police et que son grand frère serait probablement au village ». Malgré cette réponse, il est conduit à la direction générale de la police nationale. Ses téléphones seront retirés et éteints. Abdoulaye signifie aux policiers de le laisser appeler un membre de sa famille pour l’informer du fait qu’il est détenu par la police. Les policiers auraient refusés. L’étudiant leur demande de laisser son portable en marche car son grand frère ne fait pas une journée sans l’appeler. Et ce sera l’occasion pour lui dire ce qui se passe. Les policiers auraient refusé. Aux environs de 19h, le captif est transféré dans les locaux de la police judiciaire située à Wemtenga pour incarcération. Le jeune Guéné Abdoulaye découvrira banalement pour la première fois de sa vie ce qu’être prisonnier. Il dit avoir été détenu dans les locaux de la police judiciaire avec une quinzaine de personnes.

Des jours de séquestration aviez-vous dit ?
L’étudiant séjournera dans une cellule de la très redoutée police judiciaire de Wemtenga. Il y restera samedi, dimanche, lundi. C’est le lundi que les policiers viennent le chercher pour l’auditionner. Ils lui demandent à nouveau de leur donner la position du grand frère. Abdoulaye donne la même réponse à savoir que son grand est « probablement au village ». Les policiers lui signalent que s’ils se rendent au village et qu’ils ne trouvent pas le grand frère, sa situation se compliquerait davantage. Le jeune homme souligne qu’il préfère parler avec réserve.
C’est dans la soirée du lundi que les policiers, autour de 16h auraient demandé à Abdoulaye de donner le numéro d’un membre de sa famille. Il donna celui de sa grande sœur qui est appelée à se rendre à la police. Une fois arrivée, ses yeux débordant de larmes lorsqu’elle aperçoit son petit frère entre les mains de la police. Elle alerte les autres membres de la famille qui depuis le samedi étaient à pied d’œuvre pour retrouver Abdoulaye. Ces derniers ne veulent pas que le « petit » passe une autre nuit à la police. Les policiers restent intransigeants sur leur position. La libération d’Abdoulaye est conditionnée par la mise aux arrêts du grand frère recherché. Le calvaire de l’étudiant finira le mardi lorsque, un autre de ses frères, un historien, appelle « le grand frère » recherché qui était à Zabré et lui explique la situation. Le recherché monte dans son véhicule pour se rendre illico presto à la police à Ouagadougou. La police avait prévenu des éléments à l’entrée de Ouagadougou et les avait chargés de vérifier les identités et procéder à l’arrestation du recherché. Mais les policiers qui l’ont interpellé ont prétexté la descente pour le garder chez eux. Et ce n’est le lendemain qu’il sera conduit à la direction de la police. Une fois arrivé à la police, celle-ci a libéré son frère étudiant. Même après sa libération, les policiers se serviront toujours de l’étudiant pour aller chercher un autre de ses frères à Zabré.

La psychose dans la famille Guéné
C’est le comportement d’un des frères d’Abdoulaye (l’historien) qui nous a alertés. Ce dernier recherchait son frère étudiant auprès de tous ceux qu’il connaissait, parce que l’ayant absenté à maintes reprises chez lui à la Zone 1. La nuit avançait et l’historien n’avait pas les nouvelles de son frère. Pendant tout le temps que l’étudiant Abdoulaye était détenu par la police, la famille Guéné était dans l’affolement. L’historien aurait reproché aux policiers leur méthode d’arrestation de son petit frère en ne prévenant aucun membre de sa famille. Et les policiers leur auraient répondu que pourquoi les parents d’Abdoulaye ne se sont pas rendus dans les commissariats ou dans les hôpitaux pour chercher leur fils ?

Les conditions de détention
Abdoulaye affirme avoir été enfermé dans un cachot où il y avait déjà environ une quinzaine d’autres détenus. Il confie qu’il n’a pas subi de torture. Mais en raison de l’effet surprise de la situation il serait tombé malade dans la cellule. Avec les 5 000 F que son frère historien lui avait donné quelque instant avant son arrestation, il a pu assurer ses repas.

Que disent Wédrogo Sheik et la police
Joint au téléphone, Wédroago Sheik reconnait les faits et argue que c’était l’unique chance pour eux pour pouvoir mettre la main sur le « grand frère » d’Abdoulaye qu’ils recherchaient. Il ajoute que Abdoulaye est en « complicité avec son grand frère et que même si cette complicité n’est pas active, elle est passive ». Selon lui, la stratégie a payé, puisque c’est parce qu’ils ont pu mettre la main sur Abdoulaye que son ainé s’est rendu. Dans la foulée, Wédraogo dit qu’il préfère que nous contactions son avocat, car il ne souhaite pas parler de l’affaire. Fin de la communication.
Nous avons également voulu entendre le commissaire Yaman et l’officier Zoungrana. Nous nous rendons une première fois à la direction générale de la police le 25 octobre. On nous apprend que « l’officier Zoungrana » est sorti. On nous prie de laisser notre contact. Quelques heures après, l’officier nous joint et nous lui expliquions le but de notre visite. L’officier nous parle gentiment. Il reconnait l’affaire en question. Il nous donne rendez-vous le lendemain. Puis, il nous rappelle dans la nuit pour nous informer qu’il a une mission le lendemain à Fada et qu’on pourrait se voir à son retour. Nous avons alors tenté de rencontrer le commissaire Yaman. Le responsable du service de communication et des relations publiques nous fait comprendre que l’affaire étant en cours, la police ne pouvait communiquer là-dessus. Nous avons beau expliqué que nous nous intéressons à la méthode utilisée par la police dans cette affaire, celle-ci n’a pas voulu s’exprimer.

Par Hamidou TRAORE


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