Can 2017 : Le ni joie ni peine des Etalons

Publié le mercredi 20 février 2019

Les Etalons connaissent leur sort dans cette CAN 2017. Ils sont logés dans le groupe A en compagnie du pays hôte, Gabon, le Cameroun et la Guinée Bissau. Si cette phase finale de CAN n’offre pas un tirage idéal tant on assiste à un nivellement de valeur sur le plan footballistique sur le continent, il y a que les Etalons ne doivent éprouver ni joie ni peine au regard du coup du sort.

Le Groupe A, celui où se trouvent les Etalons n’est ni abordable ni difficile. C’est simplement un groupe de CAN issue d’un tirage au sort tout aussi ni méchant ni clément. Le Burkina Faso va devoir passer sur le Gabon, le Cameroun et la Guinée Bissau pour se frayer un chemin vers les quarts de finales. Ce qui est facile à dire. Les Etalons ont désormais une étoffe qui fait qu’ils font partie du décor des phases finales de CAN. Ce rendez-vous sans le onze national du Burkina s’apparente à une symphonie inachevée. Mais cette présence continue n’est pas pour autant signe de performance à ce niveau tant la sélection nationale du Burkina a habitué son public à une participation qui se résume à « un bonjour au revoir ». Mis à part la CAN 98 à domicile et la CAN 2013, les autres participations à une phase finale avaient à la clé un renvoie prématuré à domicile. Franchir le premier tour n’est donc pas une habitude de la maison Etalon. Par ailleurs, l’effectif actuel du onze burkinabè présente quelques inquiétudes. La finale de la CAN de l’Afrique du sud reste la référence. Mais s’il est vrai que les acteurs de l’épopée des terres du pays de feu Nelson Mandela sont encore quasiment tous là, il n’en demeure pas moins que les garçons ne sont plus à leur niveau d’antan. Il ne faut pas se leurrer. Jonathan Pitroipa a aligné trois matchs pâles en sélection. Depuis son exil doré aux Emirats arabes, son niveau pique vers le bas. Or, il a été l’élément catalyseur du succès des Etalons en Afrique du sud.

Inquiétudes
Le milieu du terrain, Djakaria Koné, l’un des poumons de l’équipe n’est plus opérationnel. A son absence, pour longue blessure, la recomposition du secteur médian de l’équipe peine à se réaliser. Le staff technique ne trouve pas la formule pour recomposer le binôme Charles et X. Guira, Aziz Kaboré sont utilisés à ce poste mais le succès se fait toujours attendre. Et que dire de la ligne avancée des Etalons ? La réussite n’est pas le mot préféré des attaquants. Ou devrions-nous dire, les options techniques et tactiques ne semblent pas donner. Toujours est-il que les Etalons ne marquent plus de buts facilement. L’option insistée de confier l’animation offensive à Pitroipa ne porte pas ses fruits. La sélection joue sans attaquant de pointe, sans un joueur fixateur, sans un buteur-maison pour utiliser un terme galvaudé. On se souvient du onze majeur de Paulo Duarté lors du dernier match face à l’Afrique du sud. Pendant qu’Aristide Bancé et Banou Diawara ciraient le banc de touche, eux les attaquants de métier, le staff avait renouvelé sa confiance à Pitroipa pour animer le front offensif. Les Etalons n’ont pu trouver le chemin des buts. Il est vrai que cette formule tactique a fait le bonheur de notre sélection nationale en Afrique du sud. Et après, c’est avec le même Pitroipa à la pointe que Paul Put a failli nous qualifier à la Coupe du monde passée. Mais force est de savoir que cette option ne fait plus de recette. Aucune équipe au monde ne s’aventure dans une pareille formule. Par ailleurs, les Etalons ont perdu une qualité majeure qui a fait toute leur force. En 2013, on avait une équipe. C’était un groupe homogène fait de garçons d’un niveau sensiblement égal, conscient de leurs limites mais solidaires. L’équipe était compacte. Et personne ne pouvait la déstabiliser facilement. A présent, les choses ont changé. A voir jouer les Etalons, on a l’impression que chaque acteur joue d’abord pour lui-même. Les acteurs sont plutôt préoccupés par le reflet de leur image personnelle que la réussite de l’équipe. Les joueurs jouent pour se montrer, chacun veut être le héros du match. Or, le foot est un sport collectif avant tout. Certes, dans chaque équipe on n’en trouve qui ont la décision au bout du soulier. Mais jamais un seul joueur n’a disputé un match encore moins le gagné.

Redoutables adversaires
Dans cette CAN, il faudrait d’abord que les Etalons entrent bien dans la compétition. Et l’ordre des matchs a placé les Lions indomptables sur leur route. Quatre fois vainqueur de la CAN (1984, 1988, 2000 et 2002), le Cameroun a un palmarès élogieux. Jouer d’entrée avec une telle équipe ne sera pas une partie de plaisir pour les Etalons. Car en pareille circonstance, le vécu compte. En plus les Etalons ont un complexe devant le Cameroun. Jamais le Burkina n’a gagné le Cameroun. Même pas en 98 quand les deux équipes ont joué le match d’ouverture (0-1) de la CAN du Burkina. En 2015, les Etalons chutaient en amical à Paris contre les Lions 2-3. Ce facteur psychologique peut jouer négativement. Par ailleurs, le scénario des rencontres du groupe peut être pénalisant pour les Etalons. En effet, le Cameroun, semble ne pas faire dans la dentelle face au Gabon. Les Panthères tremblent à chaque fois qu’elles sont sur leur chemin leurs voisins les Lions Indomptables. Sur les 4 derniers matchs entre les deux équipes, le Cameroun l’a remporté 3 fois. Le mauvais scénario pour les Etalons serait que le Gabon tombe devant le Cameroun. Car il ne faut pas se leurrer, il faudrait un miracle pour que le pays hôte accepte une élimination précoce de sa CAN. Le président si mal élu Ali Bongo sait que l’accueil de cette compétition est une chance inouïe pour lui de calmer son peuple et asseoir son pouvoir. Par la magie du foot, tout le peuple gabonais, on s’imagine va se mettre derrière son équipe. Et Ali Bongo, qu’on le veuille ou pas va se mettre en tête de cette union sacrée autour des Panthères. Et le président mal élu sait que ses ennuis s’éloigneront ou seront oubliés à mesure que la sélection nationale progressera dans la compétition. Alors on n’imagine que le Gabon va tout faire pour franchir le tour éliminatoire. Et quand on est pays hôte d’une telle compétition, on sait les avantages que cela comporte. Alors si le Cameroun venait donc à tomber le Gabon, cela voudrait dire que les Lions indomptables prendront le 2e ticket puisse qu’au regard de ce que nous avons dit plus haut, le premier ticket est d’office pour le Gabon. Dans ce cas, un nul ou une défaite des Lions indomptables serait bon à prendre pour les Etalons. Entre le Burkina et le Gabon en confrontation directe, les statistiques donnent un grand avantage au Gabon. Considérant les 7 dernières rencontres entre les deux sélections nationales, les Panthères l’ont emporté 3 fois contre 1 seule victoire des Etalons et 3 matchs nuls. Enfin, la Guinée Bissau. C’est le petit poucet du groupe. C’est l’inconnu. Et justement c’est en cela qu’elle fait peur aux Etalons. Car l’expérience a toujours montré que les Etalons ont de la peine à jouer « les petites Nations de foot ». Souvenez-vous du Kenya (0-3) en 2004, du Soudan (1-2) en 2012, de la Guinée Equatoriale (0-0) et du Congo (0-2) en 2015. Toutes ses équipes, en son temps étaient à la portée du sabot des Etalons. Mais le Burkina n’a pas pu faire le plein des points comme cela se devait. En cela, il faut craindre le petit poucet.

Les chances des Etalons
Le Burkina n’est pas une victime résignée dans cette compétition. Quand on est finaliste d’une CAN, on a une réputation. Et cela compte. Malgré des déclarations partisanes d’une si mauvaise langue d’un certain Joseph Antoine Bell (celui-là n’a jamais porté les Etalons dans son cœur sans qu’on ne sache pourquoi) qui estime que le Cameroun n’a jamais eu un tirage au sort aussi favorable, l’entraîneur des Lions, Hogo Boos lui a su reconnaître le rang du Burkina en se référant à son parcours en 2013. Dans une phase finale de CAN, le vécu compte. Si le Cameroun se voit comme un épouvantail, c’est bien en référence à son passé. Sinon tous savent qu’aujourd’hui les Lions indomptables n’ont plus leur prestige d’avant. Ces mêmes Lions qui se veulent indomptables ont été tenus en échec par le petit Mena du Niger dans les éliminatoires (0-0) à Yaoundé. Excusez du peu ! Les lions ont été incapables de battre l’Afrique du Sud en aller-retour dans la même compétition (match nul en aller-retour entre les deux formations). Or, les Etalons ont fait nul avec les mêmes Bafana-Bafana. Comparaison n’est pas raison. Mais le verdict de ces différentes rencontres permet de se faire une idée sur la forme du moment des équipes. Par ailleurs, le Cameroun doit se prendre pour dit. Les Etalons savent jouer leur premier match. En 2013, premier match des Etalons entre le Burkina et le Nigéria, 1-1. 2010, les Eléphants de Didier Drogba et les Etalons font match nul (0-0) d’entrée. En 2004, le Sénégal fraîchement quart de finaliste de la Coupe du monde est accroché (0-0) par le Burkina en match d’ouverture du groupe. Et cette fois-ci le premier adversaire se trouvant être le Cameroun, l’adversaire direct pour le 2e ticket, un bon résultat donnera un avantage certain. Face au Gabon, le Burkina pourra compter sur la parfaite connaissance de son coach, Paulo Duarte qui a entraîné le Gabon et de ce fait connaît assez bien la maison pour sortir un bon plan. Enfin, les éliminatoires de la Coupe du monde constituent un bain béni pour les Etalons. C’est le lieu de s’offrir une bonne préparation avant le saut pour la CAN. Ce sera l’occasion de ramener tout le monde au service du groupe. Si ce défi est relevé, le Burkina est certain d’aller loin dans cette compétition.

J J Traoré


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