Rentrée parlementaire : Après les flonflons, reparlons de notre histoire nationale !

Publié le vendredi 4 novembre 2016

Il est pressé, très pressé, notre Gorba national. En l’espace d’une rentrée parlementaire, il a validé un pan de notre histoire nationale, et tenu à ce qu’elle soit célébrée en grandes pompes, en convoquant à Ouagadougou, sur le site de la représentation nationale, ceux qu’il considère comme les petits fils d’insurgés, il y a de cela cent ans. La révolte du peuple bwa est présentée comme la résistance la mieux structurée et la mieux coordonnée contre les travaux forcés et les violences de l’ordre colonial. Elle aurait impliqué les peuples de l’Ouest et du Centre-Ouest qui ont fait montre d’une résistance héroïque. Pour un peuple, il est d’une absolue nécessité de retrouver la mémoire de son histoire. C’est un préalable à la maitrise de sa destinée. On peut donc comprendre qu’à la suite de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre, il soit tentant de relier les fils rouges de notre histoire, surtout quand ceux-ci sont faits d’héroïsme et de gloire. Et c’est là que nous devons faire attention pour ne pas valider l’histoire selon nos convenances. Car c’est bien connu, l’histoire est une construction humaine. Bien souvent, récits homériques et discours mythologiques ont tenu lieu de faits historiques. La question que nous devons nous poser à la suite de la célébration du centenaire de la révolte du peuple bwa est de savoir quel est le processus de validation scientifique du récit historique qui s’y rapporte ? A quelles sources se sont alimentés nos historiens et quelle est leur fiabilité ? Les sources, on le sait sont la matière première de la science historique. Et sur cette question, nous attendons encore beaucoup du débat scientifique entre nos historiens chercheurs à qui il revient de démêler le vrai du faux dans la masse documentaire disponible. Il n’est pas inutile de rappeler que l’essentiel de cette documentation est encore de source coloniale. Quelle est la valeur ajoutée de nos historiens nationaux à travers la collecte, le traitement et la diffusion de l’information recueillie auprès des communautés nationales des zones insurgées ? Au-delà des travaux réalisés par Samuel Salo, Maurice Bazemo et Moustapha Gomgnibou, pour ne citer que les plus connus de ceux qui se sont intéressés à la question, les Burkinabè attendent que de la confrontation de leurs recherches, sortent les consensus qui permettront de poser les bases de la construction d’une véritable histoire nationale. On est donc à se demander si l’initiative de Salif Diallo n’est pas pour le moins prématurée ?

« La question que nous devons nous poser à la suite de la célébration du centenaire de la révolte du peuple bwa est de savoir quel est le processus de validation scientifique du récit historique qui s’y rapporte ? A quelles sources se sont alimentés nos historiens et quelle est leur fiabilité ? »

Quand les politiques s’emparent de l’histoire, c’est rarement pour servir la cause de l’histoire. Qui sont ces notables qu’on a faits venir de l’Ouest Burkina ? A-t-on la certitude qu’ils sont bien de la lignée des résistants ? La révolte des bwa avait certes ses héros. Aux yeux du colon, ce n’était que des rebelles, voire des bandits de grand chemin. Les succès militaires du colon n’étaient pas le fait de la seule puissance de feu. Il s’était aussi employé à diviser les communautés et à les opposer les unes aux autres. Il est hasardeux de faire croire que les chefferies d’alors étaient toutes, vent debout contre le colon envahisseur. La vérité historique est tout autre. Ce n’est pas pour rien que les archives sont souvent frappées d’embargo pendant une longue durée, pour éviter de heurter la mémoire des survivants. On en n’est sans doute pas là pour ce qui nous concerne, mais nous devons éviter la tentation globalisante voire angélisante de notre histoire nationale. Il y a un moyen de l’éviter : faire confiance à nos historiens et surtout leur donner les moyens de travailler. Salif Diallo a ceci de particulier qu’il ne s’embarrasse pas d’état d’âme. Il a flairé qu’il y avait là un grand coup politique à jouer et il l’a fait. Quitte à embarquer tout le monde dans son sillage. Mais attention, la véritable histoire nationale ne sera pas celle des politiques. Elle sera celle des vrais historiens ou ne sera pas !

Par Germain B. Nama


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