1er Mai à Paris : OSC et syndicats unis dans la lutte

Publié le mercredi 16 mai 2012

A l’appel des centrales syndicales, plusieurs centaines de milliers de personnes étaient dans les rues de Paris. Les manifestants sont partis de Danfer Rochereau à la Bastille. La place de la Bastille réservée pour la circonstance était exigüe pour les milliers de manifestants. Les organisations de la société civile nationale et internationale étaient aux côtés des syndicats. Elles ont dénoncé les injustices, les dénis de droits dont une catégorie de peuples sont victimes dans le monde. Elles en ont aussi appelé à la mobilisation pour les luttes futures.

 

Alors que Marine Le Pen venait de réaffirmer dans la matinée sa haine viscérale des étrangers, ils étaient tous là ce soir du 1er Mai à la Bastille. Les organisations des communautés étrangères de France ont massivement pris part à la célébration de la journée de lutte des travailleurs. Ils étaient plusieurs dizaines de pays présents aux côtés des syndicats. L’Afrique était bien sûr à ce rassemblement. La Tunisie, le Sahara occidental, le mouvement panafricain, la Côte d’Ivoire etc. Tous sont venus exprimer leur vision du monde. La communauté saharoui était la plus nombreuse. La majorité des leaders des groupes étaient vêtus de tenues traditionnelles. Certains sont enturbannés comme dans le désert. Les femmes sorties massivement brandissaient pancartes et banderoles. Le poing levé, elles reprenaient en chœur les slogans lancés par les hommes. Le royaume du Maroc « colonisateur » a été la cible des indépendantistes saharaouis. Un appel a été lancé à la communauté internationale, au peuple français ainsi qu’aux autres organisations de la société civile en faveur de la libération de leur territoire. D’autres pays et le mouvement panafricain sont venus avec d’autres messages. Leurs revendications rejoignaient beaucoup plus ceux des syndicats français. Ces mouvements ont dénoncé l’impérialisme, l’exploitation, la mise sous tutelle de l’Afrique. « Nous ne voulons plus de la francafrique » ou « Sarkozy, l’Afrique est bien dans l’histoire » Le Front Populaire Ivoirien (FPI) de l’ex président déchu a fait le déplacement pour dire à Sakozy « la Côte d’Ivoire, c’est pour nous ». « Sarkozy, au revoir » vocifère une jeune ivoirienne visiblement en colère. Une autre reprend le même refrain et poursuit que « le temps de l’Afrique coloniale est fini, nous sommes libres ». Et l’ensemble du groupe conclut dans un chant plein de symbole, interpellant la conscience de Sarkozy. « Sarkozy, pourquoi tu as bombardé nos villes ? Pourquoi tu as tué nos enfants ». L’autre présence marquante a été les grandes figures de la résistance africaine. Les martyrs du continent étaient tous à l’affiche des banderoles du mouvement panafricain constitués de plusieurs nationalités. Patrice Lumumba du Congo, Kwamé N’Krumah du Ghana, Thomas Sankara du Burkina, Abdel Nasser d’Egypte et bien d’autres symboles, des référents, des icônes. La lutte d’émancipation des peuples d’Afrique doit se poursuivre ont-ils scandé. Tout cela accompagné de musiques festives, et surtout qui interpelle la conscience aussi bien des opprimés que des oppresseurs. Le pillage des ressources, les interventions militaires, les soutiens aux dictateurs ont été dénoncés. « Patrice Lumumba, Thomas Sankara et le Che sont des prophètes », affirme Léopold, français d’origine camerounaise. Le Che était effectivement présent chez des mouvements altermondialistes. Des mouvements qui se sont mobilisés pour livrer leurs messages. On a demandé plus de justice sociale et de solidarité et surtout une répartition équitable des richesses du continent.

 

Syndicalisme et politique

La crise de l’euro a fortement pesé sur les rapports syndicats et pouvoirs politiques. Les relations entre les deux corps détériorées deux ans auparavant se sont transformées en crises ouvertes. Bernard Tibault, président de la Confédération Générale du Travail (CGT) a ouvertement appelé à soutenir François Hollande. Ce rejet de Sarkozy est un refus du pacte européen d’austérité Merkel-Sarkozy. L’austérité implique licenciement, diminution de pouvoir d’achat etc. Les leaders syndicaux estiment qu’une autre politique anticrise est possible. Les syndicats refusent de faire supporter la dette par les populations. Il revient aux responsables de la crise de la payer. Ce sont « l’industrie financière et les plus riches qui ont bénéficié des cadeaux fiscaux depuis des années » qui doivent la rembourser. Le comportement des leaders syndicaux a été vite dénoncé par Nicolas Sarkozy. Dans le camp de l’UMP, on crie à une ingérence des syndicats dans un domaine exclusivement réservé aux partis politiques. Le locataire de l’Elysée a alors appelé les travailleurs à se démarquer des syndicalistes politiciens. Il a ainsi décidé d’organiser la fête du « vrai travail ». Une expression qui a provoqué une grande polémique au point que dans son propre camp, quelques uns de ses proches estiment qu’il est allé trop loin. Ce qui n’empêchera pas Sarkozy d’organiser son 1er Mai des « vrais travailleurs ». 

 Ce 1er Mai a relancé le rôle et la place des syndicats dans la vie nationale. Certains leaders syndicaux comme François Cherèque de la CFDT n’ont pas apprécié l’appel de la CGT à voter Hollande. Il estime que politique et syndicalisme ne font pas bon ménage. Il a dénoncé la tentative de récupération de Sarkozy autant que le soutien de la CGT à Hollande. D’ailleurs l’un des arguments de Sarkozy a été la présence du drapeau rouge dans les meetings du Front de Gauche et du Parti communiste et dans les manifestations syndicales. Le Front de Gauche, le Parti communiste, le Nouveau parti Anticapitaliste, Lutte ouvrière, tous communistes étaient présents à la marche de la Bastille.

 Abdoul Razac Napon

 


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