Gourmandise des intermédiaires : Le ministre des Sports a raison et tort

Publié le mercredi 16 mai 2012

Eric Durand, le patron de IFAP Sport.
Avec la bénédiction de la CAF, il sillonne
l’Afrique pour forcer les portes du
sponsoring à s’ouvrir.

Le ministre des Sports et des Loisirs, Yacouba Ouédroago a donné un coup de pied dans la fourmilière. Il n’a pas hésité à dénoncer le contrat qui lie la Fédération burkinabé de foot (FBF) au négociant de contrats de sponsoring, IFAP Sport. En effet, le contrat qui lie les deux parties stipule que chaque affaire conclue apporte 50-50 aux deux structures. En termes clairs, dès qu’un sponsoring est décroché, IFAP Sport encaisse la moitié de la somme que le contrat va rapporter ! A première vue, le deal n’est pas loin d’être une couleuvre difficile à avaler. Pourquoi doit-on céder autant d’argent au négociant ? C’est quand même la FBF qui doit exécuter le contrat. Et elle doit se contenter d’une part égale laissant l’autre pactole à IFAP Sport dont le travail s’arrête là. C’est un partage injuste voire inique. On est tenté de voir le diable dans ce deal. Si le négociant prend une telle grosse part, ce n’est pas fortuit. Il doit sans doute arroser les parties tierces… Et voilà les thèses de gestion gabégique qui se mettent doucement et insidieusement en place. Faut-il les créditer ? Peut-être oui, peut-être non ! En fait, il n’est pas facile de ses faire une opinion dans cette affaire de partage « du gombo » du sponsoring de la FBF. Car en matière de recherche de fonds, il y a des règles non dites, des pratiques qu’il faut observer pour l’efficacité. L’IFAP Sport est un intermédiaire français rompu dans l’art de la recherche d’argent pour les Fédérations sportives dans le monde. C’est une structure recommandée par la CAF consciente des difficultés des pays et associations nationales à convaincre les sponsors. L’observation du ministre est pertinente. Mais le combat devait se mener ailleurs. Les compagnies minières démarchées pour soutenir le football exercent sur le sol burkinabé. Mais comment se fait-il qu’il faille aller à Paris pour trouver un démarcheur qui viendra dégoupiller le dossier ? Le Burkina manque t-il d’hommes ou de structures compétentes pour ? A ce niveau, il faut être honnête et reconnaître qu’en matière de mobilisation de fonds des sponsors, nous sommes 10 bornes en retard. L’exercice n’est pas aussi facile. Il a des facettes que nous ignorons. Sans chercher à justifier la gourmandise des démarcheurs, nous savons qu’il y a « des retours à l’investissement » que l’intermédiaire doit concéder pour avoir des avancées positives. Le monde du sponsoring est une mafia inimaginable. Le cercle est fermé. Il est imprenable. Il y a des codes, des pratiques. Mais c’est surtout une question de réseau. Les émissaires qui parviennent à une signature d’accord de sponsoring se comptent sur les 5 doigts de la main. Au Burkina, Francis Ducreux, connu dans le milieu du cyclisme s’est positionné comme ce faiseur de miracle dans le monde du sponsoring. Les éventuels partenaires qui résignent à accorder un financement de 50 000 F CFA au meilleur des projets sportifs et culturels va casser sa tire lire pour sponsoriser, à hauteur de 20 voire 25 millions de F CFA un projet présenté par Ducreux. Quel est son secret ? Comment IFAP Sport, à son tour est parvenu à arracher un contrat de départ de 100 millions de F CFA au foot aussi facilement a-t-on envie de dire ? La même société, Essakane pour ne pas la nommer existait déjà l’an passé mais pour autant, aucun de nous n’a pu faire bouger d’un iota les miniers pour obtenir un chèque qui allait éviter une interruption au championnat. Partant, nous sommes très partagés. Faut-il accepter le partage 50-50 de la manne publicitaire quitte à passer pour « un nez percé » ? Nous ne pouvons pas dire facilement d’accepter ce qui apparaît comme une arnaque. Mais faut-il aussi préférer 0 à 50 si on sait qu’aucune alternative ne se présente, au plan local pour espérer un meilleur taux ? Il n’est pas facile de trancher la question. Ce qui est sûr, le même démarcheur opère au Mali, au Bénin. Les taux là-bas ne sont guère meilleurs à ceux d’ici. Comparaison n’est pas raison. Mais la réflexion est ouverte…

 

J J Traoré

 


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