RDC : Kabila joue gros

Publié le lundi 17 octobre 2016

Constitutionnellement, Joseph Kabila devrait quitter le Palais de la nation au plus tard le 20 décembre prochain. Cependant, tout porte à croire que le président de la République Démocratique du Congo manœuvre pour rester dans le fauteuil au terme de son deuxième mandat constitutionnel. Le 20 septembre dernier était la date limite fixée par la Constitution pour convoquer le corps électoral en vue de l’organisation de la prochaine élection présidentielle, un délai qui n’a pas été respecté par la commission électorale nationale indépendante. La CENI a exprimé son incapacité à organiser le scrutin dans les délais constitutionnels. C’est une situation sciemment créée par le pouvoir après une réélection contestée du président par l’opposition en 2011. Avec une parodie de dialogue nationale où chaque participant a empoché 283 dollars dans un pays où le salaire moyen d’un fonctionnaire est inférieur à 100 dollars, Kabila s’emploie à trouver les moyens de prolonger son mandat et à réussir la mise en œuvre de sa stratégie de conservation du pouvoir. Mais les leaders de l’opposition ne sont pas dupes. Etienne Tshisekedi et ses partisans ont compris la ruse, sauf Vital Kamerhe qui est en réalité un acquis du pouvoir. Ça rappelle Blaise Compaoré avec son Conseil consultatif pour les reformes politiques en 2011 et ses opposants satellisés.
La RDC, avec environ 75 millions d’âmes qui la peuplent et ses richesses abondantes, a assez souffert de l’incurie de ses hommes politiques. En janvier 2015, une révision de la loi électorale avait embrasé Kinshasa. Sur les carreaux, 42 morts. En deux jours, les récentes violences des 19 et 20 septembre derniers laissent derrière elles un bilan imprécis. Le gouvernement parle de 32 morts dont 3 policiers. Il accuse les manifestants de détourner l’objectif de la marche et de vouloir user de la voie insurrectionnelle pour s’emparer du pouvoir. Soit ! Mais cela ne serait pas arrivé si Kabila avait joué franco. L’opposition, elle, parle de 100 morts dont plusieurs par balles.

« Kabila doit savoir que la Constitution n’est pas un costume qu’on coud et recoud en fonction de sa taille et de ses goûts. Les règles sont les règles et elles ne peuvent pas être changées unilatéralement pour servir les intérêts d’un individu ou d’un clan au détriment de l’intérêt général. »

Les auteurs de ces tueries, quel que soit leur bord, doivent répondre devant la justice. Etienne Tshisekedi, président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), promet que « ce sacrifice patriotique ne sera pas vain » et appelle la population à ne pas rompre les rangs jusqu’au départ de Kabila. C’est dire qu’il est probable que l’on revive de nouvelles escalades de violences dans les prochains jours. Ce qui va, sans doute, plonger la RDC déjà meurtrie par une longue tradition de conflits armés depuis son indépendance en 1960. Kabila pourrait être le grand perdant dans cette situation. Que l’on soit Néron, Franco, Ben Ali, Hosni Moubarak ou Blaise Compaoré, l’histoire nous a assez enseigné que la volonté populaire triomphe toujours de celles des tyrans. Pourtant, il est possible d’arrêter l’engrenage mortel, et Kaila est le seul qui détient les clés de la paix et de la guerre. Il suffit de respecter la Constitution, fruit d’un accord de paix négocié après les deux guerres civiles qui ont meurtri le pays de 1997 à 2002. C’est sur la base de celle-ci, dont les dispositions interdisent au président actuel d’être candidat à sa propre succession après ses deux quinquennats que les Congolais doivent choisir librement leurs dirigeants. Kabila doit savoir que la Constitution n’est pas un costume qu’on coud et recoud en fonction de sa taille et de ses goûts. Les règles sont les règles et elles ne peuvent pas être changées unilatéralement pour servir les intérêts d’un individu ou d’un clan au détriment de l’intérêt général. Cela vaut pour tous les dirigeants africains qui s’agrippent au pouvoir, même en marchant sur les cadavres de leurs compatriotes.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO


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