Les Etalons à la CAN 2017 : Et maintenant que faut-il espérer ?

Publié le lundi 10 octobre 2016

Elle a été si douloureuse qu’un enfantement. Mais ça y est. Les Etalons ont arraché le ticket pour Gabon 2017. Comme en 2013, il fallait les ultimes secondes pour y arriver. Mais de là, à trouver un signe annonciateur d’une CAN tout aussi réussie, il y a un pas. Au-delà du match, la réflexion s’impose car les Etalons jouent à nous faire peur.

« La qualif » des Etalons a été un moment de libération. On retiendra l’image d’un peuple en hystérie. Les larmes d’un président de Fédération, le colonel Sita Sangaré qui sait qu’on revient de loin. Et que dire de Duarté, le maître à penser de la sélection. Sous l’emprise de la victoire inespérée, le technicien Portugais n’a pas hésité à enlever sa chemise prêt-du-corps blanche. Dans la manifestation de sa joie, Duarté a même perdu son chapelet-magique qu’il réclame contre récompense. Le tableau de cette fin de match renversante a été complété par l’envahissement de la main courante par une partie du public avant la fin du match. Sans doute il faut s’attendre à des amendes de la CAF mais on ne peut en vouloir au public cet excès, tant la victoire a mis du temps à se dessiner. Mais à qui la faute ? Voilà la question. D’aucuns diront que la faute incombe à la CAF qui a programmé le match à 14h dans un pays où il fait extrêmement chaud. Mais là, soyons moins sévère. C’est tout même notre pays. Et la chaleur était la même pour les Burkinabè que pour les adversaires du jour, les Botswanais. Mieux, il est logique de penser que nos joueurs, bien qu’évoluant actuellement à l’étranger, peuvent s’adapter à leur chaleur et les autres. Effectivement, dès l’entame, on réalise que le facteur chaleur va devenir notre allier. Les Etalons sont flamboyants. Les joueurs de couloir parviennent à être très actifs. La pression est exercée très haut. Les pauvres Botswanais qui se demandaient qui a bien pu les envoyer dans cet enfer Ouagalais sont incapables de réaction.
Et le but de Préjuce Nacoulma intervient dans ce contexte. Naturellement, on s’attendait à ce que les Etalons assomment l’adversaire avant de dérouler tranquillement. Mais en fin de la première mi-temps, le onze burkinabè semblait à la peine. Mais il faut retenir que les Etalons sont passés par tous les états climatiques dans ce match. D’abord la chaleur. Puis la pluie et une chute brusque de température. Forcément, ça laisse des plumes. Mieux, sans avoir été dans les vestiaires, nous nous demandons si le discours de l’entraîneur a fait les effets escomptés. Du reste, qu’a-t-il dit à ses joueurs ?
Manifestement, le général Bako, capitaine d’un soir et sa troupe sont revenu sur la pelouse comme si on leur avait dit qu’ils peuvent bien s’amuser sur la pelouse car ils étaient les meilleurs ! Petites passes, petites courses, on s’est mis à jouer avec le public. Au début, on a applaudi. Mais les Botswanais qui s’en sont aperçu ont mis un coup de pression et y ajoutant le physique. Conséquence, les Etalons sont déstabilisés. La pluie qui s’est invitée à la partie va aider à déséquilibrer le rapport de force. Dans la foulée, les Botswanais retrouvent un second souffle. Après tout, leur pays est abondamment arrosé et les matchs sous les pluies, ils en ont l’habitude. Bien que réduits à 10, ils décident d’exercer une pression haute sur les Etalons. Le onze burkinabè plie mais est sans solution. Il devait reformater son jeu au regard des absences dans l’entre jeu surtout. Charles Kaboré, le capitaine et dépositaire du jeu des Etalons, a réglé l’équipe à son jeu. De ses longs ballons, ils sautent les lignes mais permet à ses compères du milieu de récupérer tout en portant le danger vite dans le camp adverse. Le style d’Adama Guira et Aziz est autre. Eux ont besoin que les autres bougent en permanence et créent les espaces. L’activité est plus intense, le temps de repos court sinon inexistant. Et une équipe des Etalons physiquement diminuée ne pouvait pas tenir avec une telle configuration de jeu. Pour ne pas arranger les choses, Duarté n’a pas été très inspiré dans le choix de ses hommes à la pointe de l’attaque. Déjà la titularisation de Jonathan Pitroipa à ce poste est une solution souvent utilisée mais pas toujours efficace. Dimanche 4 Août, « Pit » n’était pas celui qu’on connait. Lui confier l’attaque au sein d’une défense botswanaise où la taille et le gabarit faisaient des adversaires plus des rugbymen que de footballeurs s’avérait assez limitée. Mais le plus incompréhensible est le remplaçant de Pitroipa. Au lieu d’injecter un attaquant de profil, le staff introduit un milieu de terrain. Du coup, les Etalons n’ayant aucun fixateur à l’attaque ne pouvaient plus aller de l’avant. A force de subir le jeu, malgré une infériorité numérique, le but égalisateur interviendra. Il a fallu attendre la toute fin de match pour voir Banou inscrire enfin le but qui sauva le pays entier. Sur le fil du rasoir, les Etalons repassent en tête du groupe devant l’Ouganda qui a fait le plein des points également dans son match sans comprendre pourquoi les Ougandais ont joué ont regardant trop dans le match Burkina-Botswana. L’Ouganda s’est même proposé de payer les primes des Botswanais en cas de victoire. Pourtant, la qualification des deux pays était un acquis en cas de victoire de chacune des équipes. Pourquoi alors souhaiter et même agir contre les Etalons ? Un non-sens. Bref, pour revenir à la sélection nationale du Burkina, la qualification s’est acquise dans la douleur. Duarté doit continuer le travail de reconstruction de la sélection. Le tout n’est pas de se qualifier. C’est vrai que les esprits logiques peuvent s’attendre à ce que Gabon 2017 ait le même goût qu’en Afrique du Sud 2013. C’est-à-dire qu’après une qualification inespérée comme en 2013 contre la Centrafrique, les Etalons réussissent un parcours royal. Mais comparaison n’est pas raison. En plus, à regarder les acteurs majeurs de notre sélection, on réalise bien que l’effectif a pris un coup de vieux. Charles Kaboré et ses coéquipiers peuvent encore faire rêver le Burkina. Mais il faudra une petite cure de jouvence et une préparation physique à la taille. En tous les cas, le chemin est assez difficile.

J J Traoré


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