Paren : Trouver un compromis qui sauve le parti !

Publié le mardi 20 septembre 2016

Ce ne sont pas les journalistes qui s’en plaindront, eux qui sont d’habitude friands de scoops. La querelle entre le père Bado et le fils Barry n’aurait jamais dû franchir les limites de la case familiale. Mais quand la cruche se brise sur la tête du porteur d’eau, il n’y a pas de meilleur choix que de se laver !

Un président de parti, ministre de la République, désavoué publiquement, non pas par les instances statutaires mais par le père fondateur dudit parti, c’est l’événement de l’été pour ne pas dire de l’hivernage. Devant caméras et micros ouverts, Laurent Bado assène ses conditions. Ou Barry reconnait ses fautes et s’excuse ou ça casse. Séance tenante il annonce la création d’un comité de crise chargé de l’organisation d’un congrès. Mais la messe est déjà dite. Il s’agira pour les congressistes de valider les décisions du fondateur dont le pouvoir repose sur une règle non écrite qui confère à ce dernier le droit de désigner le président.

Ce qui est reproché à Barry
Trois griefs sont reprochés à Barry : le culte de la personnalité, la volonté d’accaparement du parti au profit de son clan et la gestion opaque des ressources du parti. Chaque grief est abondamment étayé par des arguments. Les deux premiers griefs se complètent et peuvent se résumer en un. La personnalisation du pouvoir commence par une légitimation historique. Le procédé, « effacer la mémoire de ses prédécesseurs » afin de fonder sa légitimité personnelle. Ainsi, avant lui, l’existence du parti était quasi nulle. C’est Barry qui lui a conféré une existence nationale. Inacceptable pour le fondateur qui, chiffres à l’appui décline les efforts financiers consentis par lui (souvent par l’intermédiaire de Barry lui-même) pour élargir les assises du parti dont les structures se sont étendues au Sanguié, au Boulkiemdé, au Poni et au Nahouri. Au-delà des chiffres annoncés par le fondateur qui sans doute feront sourire les manitous du MPP et de l’UPC, il y a en fait une volonté de Laurent Bado d’opposer deux approches de la gestion du parti. Celle qu’il incarne qui se veut transparente fondée sur la mobilisation du parti en vue de se doter de moyens à travers les instruments financiers propres au parti (placement de cartes, rentrée de cotisations) et une autre opaque, reprochée à Barry : omerta sur la subvention de l’Etat aux élections couplées et aux municipales, silence sur les soutiens financiers extérieurs au parti. Mais au-delà de ces éléments qui participent de la vie officielle du parti, un élément parait déterminant, c’est le rapport du président du parti Tahirou Barry au fondateur Laurent Bado. En se retirant de la présidence du parti, Laurent Bado s’est aménagé des prérogatives qui peuvent paraitre exorbitantes. Il dit et cela semble confirmé par les anciens du parti, avoir demandé et obtenu de ses « frères », le pouvoir de désignation du premier responsable. Il en a été ainsi de tous ceux qui ont précédé Tahirou Barry, il en fut de même pour Barry lui-même. L’éminent juriste qu’il est, sait très bien qu’il s’agit là d’une prérogative exorbitante, qui n’est pas du tout dans l’air du temps. C’est d’ailleurs pour cela que c’est une règle non écrite. Mais pourquoi alors tenir tant à une disposition aussi problématique ?

Laurent le paysan, fier de l’être
Quand il se définit lui-même comme un rural, il ne sacrifie pas à son penchant pour l’humour. Il suffit de voir son mode de vie pour comprendre qu’il l’est réellement dans l’âme. L’homme est pourtant un intellectuel capable de titiller les plus grands sur le plan de la culture générale. Il a des idées auxquelles il tient mais il est entré en politique après avoir éprouvé par sa propre expérience les limites de l’intellectualité. Il a compris que les idées ne révèlent leur force que quand elles sont converties en praxis. Et l’action politique en est la parfaite illustration. Mais Laurent Bado n’est ni Marx ni Lénine. C’est un intellectuel chrétien bourré de scrupules qui rêve cependant de transformer le monde. Il s’y est directement essayé des années durant et les résultats engrangés sont en demi-teinte. S’il a pris du champ sous le rapport du leadership politique partisan, c’est un peu parce que l’homme s’est rendu compte que l’activisme militant était en train d’absorber le penseur. Les combats politiques et politiciens, s’ils n’ont pas épuisé le vieil homme, ils l’ont au moins diminué. Il a annoncé sa retraite à Zoula où il espérait se retirer pour cultiver et y mourir. Mais au fil du temps, ce retrait annoncé apparaissait comme une sorte d’arlésienne. Parce que Laurent Bado n’a pas créé le PAREN par caprice. Il a un idéal auquel il tient ! S’il a cru bon conclure un contrat tacite avec ses « frères » du PAREN, c’est dans le but de veiller à ce que ce parti ne dégénère en parti classique. A ses yeux, le PAREN doit se distinguer par sa capacité à produire des idées qui font avancer le Burkina. Or les partis classiques cherchent le pouvoir avant tout pour la puissance qu’il confère à ceux qui l’exercent. Mais aussi pour les privilèges qui l’accompagnent et qui adoucissent la vie. Barry est donc accusé de déviance vis-à-vis de la philosophie du maitre. Ce dernier entend demeurer, tant qu’il restera vivant, la centralité à laquelle l’on doit se référer pour tout ce qui touche à l’orientation ou à la stratégie politique du parti. Ceux qui ne l’ont pas compris devraient aller voir ailleurs. Laurent a à l’occasion fait le rappel des anciens. Ces derniers sont presque tous des déflatés sous la gouvernance Barry (c’est du moins ce qui est dit), tout en s’appuyant sur les plaintes émanant des structures de base du parti, principalement celle de Bobo.

Tahirou Barry dans une situation inconfortable
On ne voit pas comment Tahirou Barry va pouvoir rester au sein du PAREN après cette défiance quasi insolente et de surcroit publique. Certes, le fondateur a semblé dire que la balle était dans son camp et qu’il lui suffisait de reconnaitre qu’il a exagéré. Mais tout petit qu’il est devant Bado, son amour propre ne peut accepter pareille offense bruyante. Quoiqu’on dise il a été humilié. Et le congrès qui se profile n’est ni plus ni moins qu’une invite à aller à Canossa. L’acceptera-t-il ? Rien n’est moins sûr. Au-delà du PAREN, cette crise embarrasse le pouvoir MPP au plus haut point. Le gouvernement MPP est un gouvernement de coalisés et les RSS n’ont aucun intérêt à laisser les choses s’envenimer. Certes, Tahirou Barry restera quoiqu’il advienne un élu du peuple et il peut retourner à l’assemblée nationale si son parti venait à le retirer du gouvernement. Mais dans cette hypothèse ce sera un précédent plutôt malheureux dans l’attelage du gouvernement Thiéba, plus que jamais en quête de sérénité et de stabilité pour conduire ses difficiles chantiers. Salif Diallo qui a été à la manœuvre pour convaincre le professeur d’accepter de faire partie de la coalition au moment où Zephirin Diabré ferraillait de son côté pour priver le MPP de majorité, devra reprendre le chemin de Pissy. Il faut absolument mettre balle à terre. On peut reprocher au petit peulh tout ce qu’on veut mais l’objectivité recommande d’accepter tout de même qu’il a apporté fraicheur et dynamisme juvéniles au parti. Le PAREN a autant besoin de ses anciens combattants que de ses jeunes loups même aux dents longues. Le compromis dynamique doit être recherché et trouvé dans l’intérêt du PAREN mais aussi dans celui de la démocratie. Ni Laurent ni Barry ne doit triompher sur les cendres de l’autre. Une telle hypothèse signifierait un échec commun, et singulièrement celui de Laurent Bado en premier dont l’engagement se justifie (c’est ce qu’il a toujours dit) avant tout par sa volonté de promouvoir les jeunes. Sans doute parce que ce sont eux l’avenir !

Par Germain B. NAMA


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