Jazz à Ouaga 2012 : Si l’âme des poètes pouvait faire des émules au Faso

Publié le mercredi 16 mai 2012

L’Âme des poètes est une chanson de Charles Trenet qui date de 1951. Cette chanson reprise par plusieurs grands noms de la chanson française tels Yves Montand, Juliette Greco, résiste au temps. Elle évoque la postérité de l’œuvre des poètes, ces êtres souvent incompris de leur vivant (Lisez L’albatros de Charles Baudelaire !), et qui demeurent éternels malgré tout. Lors de l’édition 2012 du Festival Jazz à Ouaga, les mélomanes ont eu l’occasion de voir un trio Jazzy venus de Belgique, qui célèbre la chanson française sous le pseudonyme de L’âme des poètes. Il s’agit du contrebassiste Jean-Louis Rassinfosse, du saxo soprano Pierre Vaiana, et du guitariste Fabien Degryse. Vaiana est bien connu au Burkina Faso pour ses séjours de formation depuis les années 90. Cette fois-ci, il fait un retour au « pays des Hommes intègres » au sein d’un groupe qui fait des vagues sur les scènes du monde entier. En bon prof de musique, il n’a pas manqué l’occasion d’intégrer dans son spectacle du 1er mai 2012 à l’Institut Français du Burkina à Ouagadougou, des talents locaux. Dembélé au Djembé pour un tube et le Kounker national auréolé de son Kundé d’or fraichement acquis, pour la fin. Spectacle fabuleux, grande maitrise de l’instrument par son compagnon, la prestation de L’Âme des poètes, rehausse l’image du musicien et emporte le public dans l’histoire de la chanson française. Sans parole, et tout en son, le trio interprète les plus grands succès qui ont traversé les océans. Alors, des chanteurs dont certains ne sont plus de ce monde sont ressuscités à travers des airs majestueux aux sonorités éloquentes qui valent mille mots.

Le trio l’âme des poètes

La môme Piaff, Georges Brassens ou encore Jacques Brel, sont invités sur scène, plus vivants que jamais. Alors, nous nous sommes pris à rêver. Et si un groupe burkinabè (trio, quatuor, peu importe !) partait de cet exemple pour nous faire revivre les grands noms de la chanson burkinabè, moderne et traditionnelle ? Tonio, Harmonie Voltaïque, Volta Jazz, Echo del Africa, Tidiane Coulibaly, Georges Ouédraogo, Thomas Tiendrebéogo et tous ces virtuoses des paroles traditionnelles rentreraient dans nos salons en son et en os. Permettre au public de fredonner des chansons oubliées avec l’accompagnement de musiciens hors pairs, c’est plus qu’un karaoké. C’est une communion sentimentale, empreinte de spiritualité, qui vous rapproche de vos illustres disparus. Au Burkina Faso, ce n’est pas ces talentueux musiciens qui manquent, ce qui pose problème c’est le choix d’un style que l’on s’impose de façon permanente avec rigueur et persévérance. L’interprétation des morceaux anciens et même actuels, rien que par des guitares, des saxos, des balafons et des djembé, aura cet avantage de rapprocher le jazz du mélomane populaire. Ainsi, ceux qui considèrent toujours cette musique comme étant élitiste, voire « bizarre » pourraient réviser leur conception, lorsqu’ils entendront des interprétations réussies des succès populaires d’hier et d’aujourd’hui. Pierre Vaiana qui a enseigné la musique à Ouagadougou entre 1995 et 1999 a donné assez de leçons pour que de jeunes musiciens burkinabè ne puissent pas en profiter autrement. La compétition jazz performance organisée lors des festivals jazz à Ouaga est aussi une invite à la culture d’un style. Pour l’instant, les Elites du Faso, un regroupement de bons anciens musiciens et chanteurs burkinabè, se font accompagner par de jeunes artistes sous l’égide du concept « les Voltaïques ». Ça du goût et ça fait plaisir à toutes les générations. La preuve a été faite lors de la clôture en apothéose du festival Jazz à Ouaga 2012 à la Maison du Peuple, le 05 mai 2012. Un gigantesque concert a alors vu le mythique Bembeya Jazz sur la scène ouverte par ces tontons qui n’ont pas dit leur dernier mot. Cela n’est déjà pas mal, mais il s’agit d’anciens qui nous rappellent à leur bon souvenir. Ce que nous souhaitons et prônons, c’est que de jeunes musiciens burkinabè immortalisent les grands succès de la chanson burkinabè à travers des sonorités jazzy. Ils feront œuvre utile à la postérité.

En français facile, un émule est « une personne qui cherche à égaler quelqu’un en quelque chose de louable ». À bon entendeur…à vos instruments !

Par Ludovic O. Kibora


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