Morts pour rien !

Publié le mardi 20 septembre 2016

Mes compatriotes ne cesseront jamais de me surprendre. Après une insurrection sans pareille où ils ont chassé leur dictateur de président en plein midi, après une résistance farouche au coup d’Etat le plus bête du monde, les voilà qui élisent ceux qui ont diné avec le diable.
Une fois élus et installés, les hôtes du diable se révèlent de piètres gouvernants comme s’ils n’avaient jamais participé à la gestion de l’Etat. Ils tâtonnent, s’embourbent, se contredisent. Un vrai désordre dans la gestion du gouvernement qui nous fait voir qu’en fait de professionnels attendus, ce sont des apprentis-sorciers qui nous donnent chaque jour la preuve de leur incompétence. Ils ont pourtant battu campagne en clamant qu’ils avaient la réponse et étaient la solution. A coup d’achats de conscience avec des billets craquants et des vivres, ils ont réussi à remporter ces élections. Mais une chose est de gagner, une autre est de savoir gérer. Et au vu de ces 7 mois du pouvoir des RSS, on est dubitatif sur leur capacité réelle à bien gérer le pays. Avides de gouverner et de se hisser au plus haut sommet de l’Etat, les RSS dont on s’amuse sur les réseaux sociaux à décomposer leur acronyme en Responsables sans solutions, République sans solution, Rescapés sans solution, Riz sans sauce, se montrent incapables de confirmer les multiples espoirs placés en eux.
D’aucuns de leurs partisans farouches se désolent et disent avoir été dupés. L’un d’eux me confiait qu’il avait espéré que les RSS se rachèteraient de leurs égarements d’hôtes du diable en insufflant à la gestion politique du Burkina Faso un nouveau souffle en rupture avec le règne autocratique et sans mesure des 27 ans de leur mentor. Il affirme qu’il avait vraiment cru que les RSS écriraient une nouvelle page de l’histoire politique du Faso en faisant aboutir les revendications et les aspirations du peuple insurgé. Ce partisan instruit tout comme un autre m’ont dit avoir été séduits par le programme alléchant des RSS, ce qui les a amenés à voter Roch mais à peine 7 mois de pouvoir que la désillusion a déjà frappé à leur porte. Ils constatent avec amertume qu’il y a un abime entre ce qui était écrit sur le papier et l’application sur le terrain. Ils n’en reviennent pas par exemple de la libération des bonzes de l’ex-parti au pouvoir et de tous les incriminés du putsch manqué ni de l’amateurisme du Premier Ministre pourtant économiste réputé qui s’est offert le luxe de perdre la précieuse somme de 25 millions de nos francs lors d’un voyage à Taiwan. Ils ont beau scruter l’horizon, ils ne voient pas l’air du changement tant clamé et chanté. Ils ne voient aucune rupture véritable avec le mode de gestion de leur diable de ténor. Les mêmes méthodes, les mêmes modes opératoires se poursuivent avec la désignation à des postes importants de leurs hommes de main.
Si le vote des campagnes a été déterminant dans la victoire des RSS, ces désillusions d’instruits prouvent que nombre d’entre eux les ont aussi soutenus, ce à quoi il ne faut pas manquer d’ajouter la fibre ethnisiste et l’illusion de croire que ceux qui ont déjà géré le pouvoir auraient l’expérience et la compétence nécessaires pour transformer les aspirations de leurs électeurs et supporteurs en réalités concrètes sur le terrain. Or, tout tourne au ralenti, l’argent ne circule pas, les affaires sont moroses, le gré à gré dans les juteux contrats tant combattu sous la transition a de nouveau droit de cité, le code minier revu au profit de la nation est en passe de redevenir comme il l’était sous le règne du maitre du Tuk-gilli Blaise Compaoré devenu refugié chez ses beaux-parents. Pire, les RSS sont allés courber l’échine devant le tout-puissant maitre de la Cote d’ivoire, ADO.
Aucune rupture donc n’est visible encore avec le nouveau régime, rien de neuf donc sous le soleil burkinabè. La soumission à la France est visible avec la première visite officielle du président élu Roch Marc Christian Kabore à François Hollande qui ne lui a pas accordé l’importance requise en ne déléguant aucun officiel de son gouvernement pour l’accueillir si ce n’est l’ambassadeur français au Burkina qui s’est fait fort d’y être. On a vu Hollande occupé à son portable pendant le discours du Rocho national.
La rupture tant espérée après l’insurrection est un rêve mort-né dorénavant car les RSS s’inscrivent bien dans la continuité du régime de leur mentor. Vraiment dommage pour nos martyrs dont le sacrifice suprême apparait maintenant comme vain. Morts pour rien, c’est l’impression que la gestion actuelle des RRS nous donne à croire. Et cela est vraiment très révoltant. Car ceux qui ont payé le prix fort étaient pour la plupart des jeunes à la fleur de l’âge. Ceux sans qui les RSS ne jouiraient pas du pouvoir actuel méritaient que l’idéal pour lequel ils sont morts soit appliqué et voit le jour. Ceux qui ont offert leurs poitrines aux balles assassines des couards du RSP méritaient un requiem digne de leur valeureux sacrifice.
Morts pour rien, non. J’ai mal, très mal à cette seule idée qui me rend triste et m’insupporte.
Nos martyrs ne doivent pas être morts pour rien et si les RSS sont incapables de le comprendre, je crains fort que leur quinquennat ne se termine en queue de poisson, voire ne soit pas atteint et suspendu par une autre insurrection qui, cette fois se fera fort d’aller jusqu’au bout et de parachever la révolution laissée inachevée.
A bon entendeur, vous la République sans solution et les Rescapés sans solution, je dis salut.

Angèle Bassolé, Ph.D
Ecrivaine et éditrice
Ottawa, Ontario
Canada
angelebassole@gmail.com


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