PNDES : Lueurs et leurres

Publié le mardi 20 septembre 2016

Jeudi 4 Août, lors du point de presse du gouvernement, le premier ministre Paul Kaba Thiéba a présenté le nouveau référentiel de politique économique du pays. Un programme ambitieux qui, malheureusement, ne fait pas l’unanimité au sein de la population. Il alimente plutôt la polémique, suscite l’indignation chez certains et moult commentaires. Analyse.

Paul Kaba Thiéba n’est « pas un magicien ». Il l’a dit, jeudi 4 Août 2016, à la faveur du point de presse du gouvernement. Il n’en demeure pas moins vrai qu’il est un technocrate, un financier chevronné, appelé au chevet du Burkina Faso malade. Mais depuis, le pays fait du surplace. La paupérisation s’accroît de plus en plus et le marasme économique s’accentue. Qu’on soit donc magicien ou pas, Il est urgent d’agir pour parer au plus pressé. C’est en cela qu’il y a une lueur d’espoir qui se profile à l’horizon avec le Programme national de développement économique et social. Le PNDES, en lui-même, est alléchant. Nul doute. 15.395,4 milliards pour les cinq années à venir. Soit un coût annuel de 3079,1 milliards. Les chiffres sont évocateurs, mirobolants même flatteurs. Quant aux retombées, 50 000 emplois sont promis par an, de même que la baisse de l’incidence de la pauvreté, de 40% à moins de 35% en 2020, la réalisation d’une croissance économique moyenne de 8%. Mais de là, à croire que le pari est gagné et que le pays sera bientôt dans le beurre, il y a un pas de vite franchi. Car ces montants faramineux à investir donnent à réfléchir quant aux mécanismes de leur mobilisation. Pas d’inquiétude. Tout a été planifié. Le premier ministre, à l’aise, affirme : « Nous avons fait des simulations financières. C’est tout à fait soutenable ». Dans les détails, il se montre rassurant et justifie la mobilisation des ressources à l’interne par l’institution de nouvelles taxes. A savoir, celles relatives aux propriétés bâties et non bâties, les boissons, notamment la bière, la retenue à la source sur les jeux de hasard et la taxe sur les véhicules d’importation d’une certaine catégorie. Et ainsi, sur les propriétés bâties et non bâties, l’Etat pourrait engranger plus d’1 ,5 milliards de francs CFA par an. Exception faite de ceux qui vivent dans les villages, les communes rurales où il n’y a pas de lotissement, précise le premier ministre qui affirme par ailleurs que « ceux des communes rurales, lorsque les maisons ont fait l’objet de lotissement clair avec des titres fonciers » sont assujettis.
Quant à la taxe sur la bière qui passe de 25% à 30%, elle permettra d’économiser 3 milliards de francs CFA. Une retenue de 10%, va permettre d’accroître les recettes fiscales de plus de 2 milliards de francs CFA sur les gains des paris et autres jeux de hasard. Et enfin, la taxe sur l’importation des véhicules de tourisme dont la puissance est égale ou supérieure à 13 chevaux, devra permettre au pays de gagner plus de deux milliards de francs CFA. En outre, le premier ministre Paul Kaba Thiéba fait allusion à « l’aménagement de mise en concurrence des soumissionnaires à travers des allègements des conditions de mise en œuvre des procédures » adopté en conseil des ministres. Ce qui permettra de mettre, entre autres, l’assouplissement des conditions d’approbation des contrats, le relèvement du seuil de passation de 0 à moins de 10 millions au lieu de 5 millions précédemment. Voilà le sacrifice que doivent consentir les compatriotes afin que ce programme puisse « transformer structurellement l’économie burkinabè, pour une croissance forte, résiliente, inclusive et créatrice d’emplois décents pour tous et induisant l’amélioration du bien-être ».

Grincement de dents
Il faut le dire, en secret de polichinelle, que le programme national de développement économique et social est de l’ancien sous une peau neuve. A l’exception des taxes sur les propriétés bâties et non bâties, toutes les autres taxes existaient et sont applicables. La preuve en est, par exemple, que sur les boissons comme la bière, on est seulement passé de 25% à 30%. Cette augmentation d’un montant de plus d’un milliard de francs CFA, a-t-on dit, sera supportée par la Brakina. Mais ce dont redoutent les consommateurs et sur lequel on fait un silence de mort, c’est au sujet de la quantité de cette boisson. Va-t-elle diminuer ? Et qu’en sera-t-il de la qualité ? N’en prendra-t-elle pas un coup ? La Brakina n’est-elle pas une société commerciale ? Qu’est-ce qui justifie alors sa magnanimité dans le programme national de développement économique et social ? Questions !
Le PNDES, à en croire les avertis de la scène politique nationale, doit pouvoir allier simultanément des mesures sociales et la relance du secteur privé. La diminution des prix des denrées de premières nécessités comme le riz, le maïs, le sorgho, devrait faire l’objet de préoccupations majeures au niveau du gouvernement. La relance du secteur privé doit être une priorité car nombre d’emplois créés par ce secteur ont été détruits par l’insurrection des 30 et 31 Octobre. Des milliers de Burkinabè ont été contraints au chômage. Créer donc des emplois nouveaux à hauteur de 50.000 par an est, certes bon à prendre, mais que dire de tous ceux-là qui en ont perdu les leur ? On aurait dû aider ces milliers d’entreprises qui ont fermé du fait de l’insurrection en les dédommageant. Ainsi, elles constitueront dans une large mesure le socle du redémarrage de notre économie. Car quoiqu’on dise, il n’y a pas de développement économique sans le secteur privé.
Mais à la vérité, peut-on essorer un pagne sec pour en faire jaillir l’eau ? Doit-on encore demander tant de sacrifices et d’abnégations aux Burkinabè pour relancer l’économie du pays ?
La réflexion pourrait être orientée vers le recouvrement des milliards de FCFA dus à l’incivisme fiscal, sans oublier que rendre gorge aux fossoyeurs de l’économie de l’ancien régime et les nouveaux riches illicites sous la transition aideraient à mobiliser des milliards pour financer le programme nationale de développement économique et sociale. C’est notamment la suggestion faite par le secrétaire général de la CGT/B. Nos gouvernants ne semblent pas avoir regardé dans ce sens. Le pauvre citoyen en conclut que les « loups ne se mangent pas entre eux ». Triste sort pour le PNDES, cette hirondelle qui ne peut faire seule le printemps. Un peu comme pour corroborer le scepticisme de bien de Burkinabè, une personnalité au sommet de l’Etat, en l’occurrence Salif Diallo a déclaré que le programme national de développement économique et social ne garantit pas le développement durable. Et l’histoire des peuples rappelle que toute politique de récession économique a toujours suscité des remous.

Raphaël N. Aspavati


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