Majorité présidentielle : L’avenir de la cohabitation en question

Publié le mardi 20 septembre 2016

Cohabitation, cogestion, ou gestion participative, c’est au choix. La majorité présidentielle dans la gouvernance Kaboré, c’est d’abord le MPP, vainqueur des élections législatives avec 55 sièges sur 127. Une victoire insuffisante pour se mettre à l’abri des embuscades d’un Zéphirin Diabré, grand perdant de l’élection présidentielle, qui n’a cependant pas perdu tout espoir d’imposer la cohabitation à Roch Kaboré en cherchant à lui disputer la majorité parlementaire. Les grandes manœuvres politiques ont donc tourné autour de cet objectif. Résultat des courses, la majorité parlementaire a basculé dans l’escarcelle du MPP : 68 députés sur les 127. Au centre des manœuvres, un homme, Salif Diallo. Il en a été le chef d’orchestre. C’est lui qui a personnellement conduit les négociations et conclut les alliances. C’est donc lui qui est pointé aussi du doigt quand les choses ne vont pas. Il n’aurait pas fait ce qu’il fallait, s’il n’a pas personnellement joué un double jeu.

Combien sont-ils à avoir noué des alliances électorales avec le MPP ? Les plus en vue sont l’Unir/PS avec qui l’alliance serait stratégique selon les propres termes de Salif Diallo, le PAREN de Bado Laurent avec qui les négociations furent délicates. On n’a pas oublié le précédent de l’OBU où l’image de Laurent Bado s’en était trouvée particulièrement ternie. Cela n’a pas empêché Salif Diallo de revenir à la charge avec de nouveaux engagements et de convaincre une fois de plus le professeur de s’engager cette fois avec le MPP. Burkina Yirwa du professeur Etienne Traoré dont le rapport au MPP relève plutôt de la proximité idéologique. Idem pour PDS/METBA dont le compagnonnage avec les RSS date de l’époque révolutionnaire. Quant au NTD, certains observateurs politiques les considèrent ni plus ni moins comme un appendice du MPP. Pour autant les rapports ne sont pas aussi lisses qu’on pourrait le croire.
Le RDS dirigé par le tandem Théodore Salfo-François Wend-lassida Ouédraogo, se sont abreuvés l’un à la source du socialisme dit africain, l’autre à celle du communisme Kroutchevien façon socio-démocrate, tout comme le MPP. Enfin l’atypique Faso-Autrement dont la tête affiche pavillon CFOP, tandis que son unique député vogue sous la bannière majoritaire. Un tel attelage bigarré demande beaucoup de soin pour ne pas créer des frustrés. Là où les alliances tiennent davantage à la convergence des idées et des programmes, les frustrations paraissent moins visibles. Laurent Bado n’a de passion que pour ses projets de lois qu’il serait heureux de laisser à la postérité. Sur 9 projets de lois emblématiques portés par son parti, le PAREN, il dit avoir réussi à faire passer trois. Reste six dont trois feront l’objet de son combat dans la législature actuelle parmi lesquels celui sur l’homosexualité. L’homme est viscéralement opposé au discours actuel sur l’homosexualité, présentée comme un droit humain. On imagine cependant mal comment il prendrait le risque de la rupture au cas où ses collègues députés et notamment ceux du MPP ne le suivraient pas sur ce terrain.

Les traces laissées par les épreuves électorales
L’ODT est en pointe dans la dénonciation du MPP pour le non-respect des accords électoraux (voir l’écrit de Hamidou Traoré sur la question). Ses élus se sont mobilisés pour soutenir le MPP, à l’assemblée nationale et à la mairie centrale de Ouagadougou mais ils n’ont pas bénéficié du retour d’ascenseur quand il s’est agi d’élire le maire de l’arrondissement 4. AU NTD c’est le même discours qui est tenu même s’il est plus discret. Alors que ce parti était en position d’emporter la mairie de Zoaga dans le Bougou, les conseillers MPP ont fait front avec ceux de l’UPC pour faire barrage au NTD. Le même scénario s’est répété à Sabcé alors que les conseillers du NTD étaient dans une égalité parfaite (33 contre 33) avec ceux du MPP. L’accord stipulait que dans ce cas de figure le soutien devait porter sur le candidat le plus âgé qui se trouve être celui du NTD. Mais le MPP a préféré se retourner vers les voix de l’UPC, rendant caduc l’accord qui avait été conclu que renforçait d’ailleurs une directive de la direction nationale. Mais quand c’est le MPP qui en était demandeur comme ce fut le cas à Zabré, le NTD avait pour sa part joué le jeu. Enfin le cas le plus emblématique est celui de Léo où le MPP est arrivé troisième après le NTD et l’UPC. Eh bien, le MPP est allé quérir les voix de l’UPC (dont le leader local avait de vieux comptes personnels à régler avec le candidat du NTD) qui lui étaient d’avance acquises pour rafler le poste de maire. Le bureau exécutif national du MPP pourrait se dédouaner en arguant son impuissance devant les réalités de terrain. C’est un argument trop facile car c’est bien connu que le terrain lui-même est manipulé par les responsables locaux du MPP. Et beaucoup le pensent, avec la complicité de certains hauts cadres du parti. Autrement, on ne comprend pas qu’après toutes ces forfaitures, des sanctions n’aient pas été prises à l’encontre des insoumis. Car, il s’agit là d’une véritable rébellion dictée presque toujours par des considérations et intérêts subjectifs et égoïstes. A vouloir laisser faire, on finit par détruire le parti lui-même.

Sur quoi reposer l’avenir de la coalition
Les stratégies et alliances électorales sont à présent derrière nous. Qu’est-ce qui peut continuer à souder les partis de la majorité présidentielle ? Il y a certes des postes à distribuer (encore que ce n’est pas trop évident) pour calmer ici et là des rancœurs mais cela ne peut être érigé en politique. Les Burkinabé ont besoin qu’on les organise pour faire face aux nombreux défis de leur existence. Même les alliances et accords électoraux ne valent que quand ils s’inscrivent dans une stratégie politique qui vise à résoudre les problèmes vitaux du pays. Salif Diallo avait dit vouloir entrer dans une alliance structurelle avec l’Unir/PS. Il semble que l’idée est allée au-delà de la simple intention. Aujourd’hui, les responsables des deux partis tiennent des réunions communes. A côté de cela, il y a le front des forces de progrès qui regroupe 9 partis dont on retrouve les principaux partis de l’alliance (MPP, UNIR, PAREN, NTD, PDS/METBA, Burkina Yirwa, RDS, AGIR etc..) et enfin un méga regroupement dont on ne parle pourtant pas, l’Alliance Pour la Majorité Présidentielle (APMP) qui regroupe trente (30) partis. C’est à travers cette alliance que les représentants de ce groupe à la commission constitutionnelle auraient été désignés. Il est certes important de s’organiser en structures formelles, mais il est tout aussi important de leur assigner des objectifs. L’idée d’une feuille de route s’inspirant du programme présidentiel fait actuellement son bonhomme de chemin au sein de ces groupes de partis et on pourrait assister les jours ou mois à venir à des annonces dans ce sens. Face à une opposition qui s’organise sans état d’âme et qui ne rate aucune occasion pour pousser ses pions, les stratèges de la majorité activent leurs laboratoires d’idées pour ne pas se laisser déborder. Un élu de la majorité faisait remarquer qu’ils étaient plus visibles lorsqu’ils étaient dans l’opposition, il est paradoxal qu’ils ne le soient pas davantage maintenant qu’ils sont dans la majorité. Sans peut-être le vouloir, les acteurs de la majorité et de l’opposition nous installent dans une dynamique d’émulation et il faut croire que c’est dans l’intérêt de la démocratie et du pays !

Par Germain Bitiou NAMA


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