Les cris d’orfraie de partis alimentaires

Publié le mardi 20 septembre 2016

Après le 31 août 2016, quarante-deux partis et formations politiques du Burkina Faso pourraient être sanctionnés s’ils ne tiennent pas leurs instances. Cette mise en garde leur a été faite par le ministère de l’administration territoriale le 1er août. Le ministère se base sur la loi n°32-2001/AN portant charte des partis pour justifier sa décision. Cette loi fait effectivement obligation aux partis d’avoir un siège et de tenir régulièrement leurs instances statutaires. Il n’en fallait pas plus pour que des leaders politiques se sentant visés par cette mesure, bondissent au plafond en poussant des cris d’orfraie pour dénoncer cet ultimatum. Si ce deadline peut paraître court à première vue, il ne dédouane pas pour autant ces partis. Ils ont, sans aucune contrainte, rédigé eux-mêmes leurs propres statuts et règlement intérieur en précisant la périodicité de leurs instances, et indiqué où se trouve leur siège. Ils se doivent donc de respecter leurs propres textes. Mais la situation irrégulière dans laquelle ils sont, vient jeter une lumière crue sur la problématique même du multipartisme intégral au Burkina Faso où tous les rats du navire se sont trouvés des casquettes de capitaines. Le pays compte aujourd’hui plus de cent partis. A- t-on vraiment besoin d’autant de partis ? Si oui, pour combien de projets de société ? Il n’y en a pas trente-six. On est capitaliste, socialiste, communiste, socio-démocrate ou écologiste même quand on sait que historiquement, les socio-démocrates et les écologistes sont des transfuges du socialisme dont ils partagent les grandes orientations. Ces grands courants idéologiques sont si bien connus pour qu’ils ne soient pas nécessaires de les développer ici. Dans cette forêt de partis existants juridiquement, certains n’apparaissent que le temps d’un scrutin pour bénéficier de la subvention de l’Etat, se « narcissiser » devant les caméras, vociférer dans les micros, écrire au vitriol dans les journaux pour ensuite rentrer en hibernation en attendant les prochaines campagnes électorales. Pire, d’autres sont comme cette fantomatique arlésienne dont on parle mais qu’on ne voit jamais et trouver leur siège, c’est chercher la pierre philosophale. Ils n’ont en fait d’existence que le récépissé.

« Certains partis n’apparaissent que le temps d’un scrutin pour bénéficier de la subvention de l’Etat, se « narcissiser » devant les caméras, vociférer dans les micros, écrire au vitriol dans les journaux pour ensuite rentrer en hibernation, en attendant les prochaines campagnes électorales. »

Sur les 85 partis ou regroupements de partis qui ont sollicité les suffrages de l’électorat lors des dernières élections municipales, 41 n’ont obtenu aucun siège de conseiller malgré le tintamarre de leur piétaille pendant la campagne. Ce zéro pointé au compteur est un indicateur évident de leur représentativité. On le sait, nombre de partis sans aucune base déjà, ont volé en éclats à cause des querelles de leadership ou d’intérêts matériels immédiats et non sur des bases idéologiques pour devenir des « particules ». Si l’histoire récente montre que la scission peut être plus ou moins une réussite, dans la majorité des cas elle n’a pas été une expérience heureuse. Elle n’a fait qu’embrouiller davantage le paysage politique qui n’est pas loin d’être un véritable capharnaüm. On le sait également, des partis ont été créés sous l’ancien régime pour affaiblir d’autres et recevoir quelques subsides ou amuser la galerie.
N’allez surtout pas demander à ceux-ci leur programme de gouvernement. Ils resteront vaguement dans les lieux communs comme, « nous allons construire des écoles, des hôpitaux, faire des forages, vous aurez à boire et à manger et … vos bœufs seront gras ».
L’existence des partis politiques est certes l’une des conditions de la démocratie pluraliste. Mais leur émiettement actuel ne saurait être nécessairement l’expression de sa vitalité. Cette atomisation ne peut que désorienter l’électorat dans le meilleur des cas, ou dans le pire, inspirer son dédain pour la chose politique. A défaut de pouvoir limiter le nombre de partis par un multipartisme encadré comme sous la troisième République, il faut sérieusement envisager le durcissement des conditions de leur création. Ceci pourrait conduire certains ayant les mêmes orientations idéologiques (s’ils en ont), à faire le deuil de leur existence en se sabordant pour des regroupements plus représentatifs. Le paysage politique n’en serait que plus clarifié et assaini.

Par Ange Niazon Bicaba


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