Etalons cadets : Les raisons de la chute !

Publié le lundi 5 septembre 2016

Le navire Etalons cadets battant pavillon CAN de la catégorie a pris l’eau de toute part en terre ghanéenne. 5 buts contre une seule unité inscrite, le match aller comptant pour les éliminatoires de la CAN 2017 ne pouvait pas être plus cauchemardesque pour la formation du coach Séraphin Dargani. Pire, le match sonne nette une élimination tant le score est d’une lourdeur éléphantesque. Certes, il y a la manche retour. Et ceux qui adorent faire dans l’optimisme béat diront qu’autant les cadets ghanéens ont pu marquer 5 buts chez eux, autant les poulains de Séraphin Daragni peuvent en faire pareil. Effectivement en foot, le reversement spectaculaire de situation, ça existe. Et la même catégorie de cadets du Burkina a apporté déjà la preuve de par le passé. C’était lors des éliminatoires de la CAN cadets Gambie 2005. Battus par leurs homologues du Burundi à l’aller avec une différence de 3 buts, les Burkinabè se sont payé le luxe de prendre un but encore à domicile lors du match retour. Du coup, il leur fallait 5 buts pour s’offrir la route de la qualification. Au terme d’un match où il a plu des buts au stade du 4 Août, les Etalons ont pu obtenir leur qualification. Mais, c’était la belle époque. Cette époque où le duo de techniciens Jacques Yaméogo, « le cerveau » et Pihouri, le rigoureux faisaient trembler les stades africains en petites catégories. Cette époque nous semble à jamais révolue. Les Etalons cadets ont pris l’habitude de répondre absent lors des phases finales de CAN de leurs catégories. Il est vrai que c’est lors de cette traversée de désert que notre pays a curieusement pu être sacré champion d’Afrique, en 2011 au Rwanda. Mais ce haut fait de guerre n’est qu’énigmatique. Le mal est profond. Pour preuve, le champion d’Afrique sortant n’a pas pu avoir le droit de s’inviter à la CAN suivante, celle de 2013 pour défendre son titre. Encore moins celle qui a suivi et probablement celle qui s’annonce ne 2017 ! Que se passe-t-il ? Après le duo Jacques-Pihouri, doit-on en conclure que c’est le désert ? La question est trop importante pour se résumer en l’absence de ces deux techniciens, fussent-ils surdoués de leur génération. Il est vrai qu’ils avaient leur formule. Ils parvenaient à contourner la difficulté majeure qu’est le manque de compétition pour les petites catégories au Burkina. Mais si la technique utilisée à l’époque a produit ses résultats, tous savaient qu’elle n’était qu’une solution conjoncturelle pour un problème structurel. Et forcément donc, elle n’était pas la mieux indiquée pour sortir définitivement de la situation. Les résultats des cadets de l’époque devaient servir de levain, d’éléments catalyseurs. Mais en sus, il fallait en profiter pour asseoir une organisation qui allait permettre au pays de disposer d’une base solide et pérenne pour l’avenir. La femme entretenue par les différents parcours des Etalons cadets de l’époque aurait dû être exploitée pour poser les jalons d’une formation à la base fine et précise. Nous savons que les gouvernants aiment exploiter les victoires sportives. Nous savons qu’en cas de victoires, le plus souvent l’Etat est plus sensibles aux requêtes. Les dirigeants de foot auraient pu mette à profit ces moments d’euphorie pour introduire des projets qui vont asseoir une base solide d’organisation du foot des petites catégories nationales de sortent à pouvoir avoir ses victoires demain. Combien de fois ces Etalons cadets, auteurs d’exploits en CAN ou en Coupe du monde de la catégorie ont eu droit au tapis rouge présidentiel, au champagne et aux discours triomphalistes des plus hautes autorités du pays, signes de leur immense fierté ? Pourquoi, dans la foulée, ni le ministère des sports, ni la fédération n’a pensé introduire un projet d’école sport et étude de sorte à former nos jeunes talents afin de perpétuer les victoires ? Mieux, on a même assisté à la fermeture de l’école de foot, Planète champion qui a fourni les 70% de joueurs de la sélection nationale cadette. Comment espérer se maintenir au sommet si les outils pour y parvenir disparaissent ? Le foot a perdu de sa notoriété pour deux raisons majeures. La première tient du fait que la formation à la base n’est plus de qualité. Les centres et autres écoles de foot poussent comme des champignons. Mais combien tiennent-elles la route ? Combien disposent-elles d’un bon niveau de sorte à fournir un bon produit. Le cas le plus emblématique reste celui de l’honorable, Noufou Ouédraogo. Naba Kaongo, à l’ouverture disposait d’un plateau d’équipement de haut standing. Mais « Le vieux » comme on l’appelle affectueusement dans les milieux du foot n’a pas confié la gestion technique de ses pensionnaires à des cadres compétents. Conséquence, le centre n’a réellement pas tenu ses promesses. A la déchargé du promoteur, le monde de foot national n’offre pas de choix multiples en ce qui concerne les encadreurs. Les entraîneurs sur la place du marché n’ont pas bénéficié, pour une grande partie d’une formation de haut niveau. Là encore la responsabilité de la puissance publique est engagée. La formation de formateur est l’élément moteur dans la promotion d’une discipline. Pour nous, le Burkina aurait pu s’engager dans une politique volontariste de formation de techniciens en offrant par exemples 5 bourses d’études au Brésil, 5 en Italie, 5 en France, 5 en Angleterre. Il ne s’agit pas de stages de 2 à 3 mois comme cela se voit. Il s’agit de bourses d’étude de 2 voire 3 ans. De retour au pays, ces cadres vont à coup assurer impacter le football non seulement à la base mais également au sommet. Dans le foot moderne, il n’y a pas d’improvisation. Pour avoir une bonne relève, il faut disposer d’une bonne potentialité en termes de formation. Si les Etalons cadets ne sont plus performants aujourd’hui, cela doit être pour nous un signal fort. Le foot national ira de mal en pis. La génération actuelle des Etalons seniors en place tire vers sa sortie. Comment renouveler cette équipe si à la base, il n’y pas de résultats ? Cette interrogation sert de transition pour évoquer la seconde raison qui explique les contre-performances du Burkina en petite catégorie. Car il n’existe pas de cadre de bonification des produits formés par les centres de formation qui existent déjà. En effet, le manque de compétition ne permet pas aux jeunes footballeurs déjà peu bien formés de corriger leurs tares par des situations de jeu. Et ce sont des jeunes pousses que l’on utilise en compétition international. Le résultat ne peut pas être autre chose.

J J Traoré


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