Adieu Seydou Zombra !

Publié le lundi 5 septembre 2016

Au début des années 2000, pour réaliser le magazine Histoire de l’Afrique sur RFI, Seydou Zombra avait fait irruption dans les locaux de l’Institut des sciences des sociétés (INSS) alors situé dans le quartier Wemtenga de Ouagadougou. Calme olympien et sourire taquin, « le petit bissa » avait la lourde tâche d’interviewer ses maîtres gourounsi. Interpellés en notre qualité de chercheur, le Dr Gomgnimbou et moi-même nous nous prêtions à l’exercice avec plaisir. Il était question de troc et de monnaie. Histoire de parler de l’Afrique d’hier à aujourd’hui. Bonne ambiance (la musique présente) sur sujet sérieux. Le chanteur de « Dén bé kassi là « (1980), disque qui avait obtenu le « Maracas d’or » en France et qui l’avait propulsé sur les ondes des radios du monde, sera dès cet instant un familier de la maison INSS (prononcez Inès !). Au nom de l’alliance à plaisanterie, j’osais traiter ce grand-frère de « petit-bissa » et il le prenait bien. Ensemble nous lui donnions les pistes pour denicher de nouvelles cibles à interviewer afin d’enrichir son tableau de bord. Seydou Zombra était journaliste à Radio France Internationale, mais beaucoup de mélomanes l’on connu grâce à son succès sans âge cité plus haut. Né en Côte d’ivoire d’un père burkinabè le 27 mars 1956, Seydou Zombra a aussi fréquenté le lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo Dioulasso. Arrivé en France en début des années 80, il entre à RFI en 1982, en tant que producteur au service des magazines. Culture, sport, histoire (« Rites et traditions » ou encore « Les dieux du stade »). C’était l’occasion pour lui d’exprimer ses passions autrement. Après son départ en 2008 de cette entreprise, c’est la tête pleine de projets qu’il repartit en Cote d’Ivoire avec de fréquentes excursions au Burkina Faso où il aura l’occasion de jouer son nouvel album sur la scène de l’Institut Français du Burkina. Déjà la maladie qui le fatiguait, comme on dit à Ouaga, l’éloignait du public progressivement. Le 16 juillet 2016, il quitte définitivement la scène de la vie à l’âge de 60 ans. « Le train de l’histoire » ne s’arrête pas là pour autant. Car l’ami de Sayouba Traoré et de Seydou Richard Traoré, qui est inhumé à Abidjan le 22 juillet 2016, laisse à la postérité une musique et des archives sonores qui continueront longtemps encore à renseigner, informer et former des générations d’Africains. Son enterrement en Côte d’Ivoire en cette période d’intense réchauffement des relations entre « le Pays des Hommes intègres » et celui de « la lagune Ebrié » témoigne du lien séculaire qui uni deux peuples au-delà de la folie de certains dirigeants. Adieu artiste !

Ludovic O KIBORA


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