Audition de Safiatou Lopez : Jusqu’où ira la procédure ?

Publié le jeudi 25 août 2016

Sur instruction du procureur, Safiatou Lopez a été entendue par la police judiciaire sur ses déclarations à l’occasion de la manifestation qu’elle a organisée devant le Palais de justice de Ouagadougou. Que voulait comprendre le magistrat qu’il n’avait pas compris ou est-ce une manière de donner l’occasion à dame Lopez de s’enfoncer davantage ? « Cela nous ferait mal que la justice connaisse le sort de l’ancienne Assemblée nationale, mais si on ne nous laisse pas le choix… », Ça va arriver ! Pas besoin d’être un as du commentaire de texte pour imaginer le bout de phrase qui manquait au propos de madame Lopez. Les propos sont gravissimes parce qu’ils laissent penser que les juges doivent obéir à ses injonctions faute de quoi le palais de justice pourrait subir l’autodafé. On ne peut évidemment pas suivre madame Lopez dans ses outrances parce qu’elle s’adresse à une institution de la république qui mérite respect. Cela n’a rien à voir avec les dérives de quelques juges qui ont choisi de vendre leur âme. Les brebis galeuses sont partout, y compris dans le secteur d’activité où exerce madame. Et pourtant, il ne vient à l’idée de personne de criminaliser la profession ou d’en détruire les symboles. Il ne sert à rien de détruire nos palais de justice au motif qu’ils abritent des juges pourris. Nul plus que les journalistes n’a payé le prix fort pour avoir dénoncé les dérives de nos juges. Mais parce que les journalistes sont investis d’une responsabilité sociale, ils ont toujours eu à cœur de respecter l’institution judiciaire qui, quoi qu’on dise, reste et restera toujours le dernier rempart contre l’injustice.

« D’aucuns pensent que c’est parce que Safiatou Lopez est « ami-ami » avec le Roco qu’elle s’autorise des sorties aussi hasardeuses. Que l’allégation soit fondée ou non n’est pas le problème. Il se trouve que des gens y croient et ils en parlent »

Mais en le disant, nous savons que cela ne va pas de soi. La justice humaine a toujours été le fruit de nos luttes sociales. Dans ce processus, les élites ont un rôle éminent à jouer. C’est à elles qu’il revient d’impulser, d’orienter et d’encadrer les énergies populaires vers les objectifs que se fixent les luttes. Dans la croisade contre la justice, on devrait dire contre les juges pourris, il faut prendre garde à ne pas faire des amalgames. Surtout quand on est un leader d’opinion. De leurs promontoires, les leaders sont davantage perçus comme des exemples à suivre par la masse de leurs partisans. Ils doivent donc faire attention et éviter les excès qui peuvent entrainer des conséquences inattendues et souvent fâcheuses. Nous voulons une justice indépendante et juste. Pas une justice pour nous faire plaisir. Une justice qui veut faire plaisir aux uns, effarouchera forcément les autres, ceux qui n’y trouveront pas leur compte. Et ce n’est pas en l’affaiblissant que nous obtiendrons une justice exemplaire.
D’aucuns pensent que c’est parce que Safiatou Lopez est « ami-ami » avec le Roco qu’elle s’autorise des sorties aussi hasardeuses. Que l’allégation soit fondée ou non n’est pas le problème. Il se trouve que des gens y croient et ils en parlent. Quand on a des accointances avec des personnalités éminentes, il faut prendre garde à ne pas poser des actes susceptibles de mettre ces dernières en difficulté. Les hommes et les femmes que nous avons élus aux hautes responsabilités ont le devoir de faire respecter les lois et les institutions. C’est un devoir d’ingratitude auquel elles ne doivent se soustraire. Il est temps que les institutions républicaines jouent pleinement leur rôle. On attend en particulier de la justice qu’elle fasse la preuve de son affranchissement vis-à-vis des groupes de pression. Les Burkinabè espèrent beaucoup d’elle. Surtout qu’elle a été mise récemment dans des conditions à peu près idoines pour exercer en toute sérénité. En revanche, il est temps qu’au niveau de la société civile on cesse de fonctionner sur le mode du rapport de force. Les événements d’octobre 2014 ont pu faire penser à certains, qu’il est possible de faire prospérer un état insurrectionnel permanent. La horde de partisans qui ont accompagné Safiatou Lopez pour son audition n’avait de cesse d’abreuver la police d’invectives et d’injonctions. Tout ça doit cesser. Il y va de l’image même du pays et de son rapport à la république. Safiatou Lopez a été entendue. Les Burkinabè attendent la suite de la procédure.

Par Germain B. Nama


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