Orodara : Quand deux visions du monde s’affrontent

Publié le mardi 30 août 2016

Le seul patrimoine culturel immatériel accepté par les musulmans est, à notre connaissance, Allah. Et pour eux, « il n’y a de dieu que Dieu ». Il n’en est pas de même pour les religions animistes, polythéistes.

A cause du sang versé, et de la connotation négative du terme « fétiche » généralement appliquée aux autels sacrificiels, les dénigrements ne manquent pas au sujet des religions traditionnelles, dans les commentaires des Africains convertis aux religions du Livre. Ainsi, au sujet des rites sèmè, pour nombre de protestants, « leurs manières-là, c’est du Satan ! ». Ils oublient que le dieu de l’Ancien Testament, le dieu d’Abraham et de Jacob, réclamait le sang des bœufs par flots (voir Job) ; c’était un dieu vengeur et sans pitié, qui lançait sortilèges et plaies à toute occasion. Ce dieu-là est aussi celui du Coran.
Les Sunnites, eux, retiennent leur langue, mais ont demandé aux autorités administratives qu’un arrêté soit pris pour que le rite du dwo n’ait lieu que la nuit, ce qui leur permettrait d’exercer leur “propre” culte la journée en toute tranquillité. Ainsi “sans doute” serait célébré par eux un culte de la lumière, et par les coutumiers, un culte des ténèbres. Ce manichéisme insensé est nuisible à la paix entre les communautés, il est diviseur et en cela diabolique au sens étymologique du terme [diable, du grec, diabolos : qui désunit, qui divise ; ou calomniateur, selon une autre traduction, ce qui revient au même]. D’ailleurs, les coutumiers Sèmè sont les premiers à affirmer que les sorciers œuvrent la nuit, et les Sunnites les derniers à publier qu’Al-îcha‘, la prière de la nuit, devrait en principe durer toute la nuit, ce qui ne fait pas pour autant d’eux des sorciers !

Les oppositions fondamentales entre l’animisme et les religions importées
L’animisme des Sèmè (comme toute croyance selon laquelle des animaux, des éléments naturels ou des objets abritent des puissances surnaturelles et reflètent l’idée d’une indispensable fusion de l’homme et du monde qui l’entoure), diffère essentiellement des religions importées par la proximité du monde invisible qu’elle considère (génies et mânes des ancêtres) et le patrimoine culturel immatériel qu’elle mobilise. La plupart des religions traditionnelles ouest-africaines partagent néanmoins l’idée d’un dieu créateur plus lointain. Pour les Sèmè, c’est Diòno, ou encore Diònosô ou Diossò, “le grand d’en haut”.
Pour ceux qui croient au dieu des religions importées (et imposées), “Il” a placé l’homme au sommet de sa création, au-dessus des animaux et des éléments naturels, placés là pour lui, pour qu’il en fasse ce que bon lui semble.
Ces deux conceptions du rapport de l’homme à son environnement et au monde sont radicalement opposées, contradictoires et inconciliables. Pour l’animisme, il s’agit de fusion avec la nature ; pour les religions du livre, il s’agit de la dominer. Et pour l’islam sunnite qui détient la sunnà, la vérité, il s’agit aussi de suprématie sur les autres religions, d’hégémonie.

La tolérance a-t-elle des limites ?
La société sèmè a été, est et sera toujours accueillante à l’égard de l’étranger : il est sacré et doit être bien reçu s’il est de passage [Nombreuses sont les histoires dans lesquelles un mendiant, un lépreux, se révèle être un génie bienfaisant venu proposer un pacte aux humains]. S’il reste, il est d’autant mieux accepté s’il est utile à la communauté, et davantage s’il s’y intègre complètement. La question est de savoir où se situe la limite de la tolérance, si l’accueilli décide de jouer son propre jeu aux dépens des coutumes de la communauté qui l’accueille.
Par ailleurs, la société sèmè a été, jusqu’ici, tolérante aux idées religieuses des autres. Anne Fournier, chercheur qui travaille depuis plusieurs années sur les sites sacrés et la coutume chez les Sèmè, précise : « Les religions animistes savent comment inclure certaines nouveautés, notamment des fétiches. Tant que les nouveautés viennent de sociétés qui fonctionnent sur le même principe, et qui partagent à peu près le même socle de croyances, cela ne pose pas de problème. En accueillant les nouvelles religions, les Sèmè ne pouvaient s’attendre à les voir revendiquer ensuite une exclusivité qui ne fait pas partie de leur propre mode de pensée ».
Une autre question est de savoir où se situe la limite de la tolérance s’il ne s’agit pas d’un accueilli, mais d’un membre de la communauté qui ne joue plus le jeu de sa propre communauté, mais celui d’une religion importée pour générer autour de lui une communauté parallèle afin qu’elle le soutienne, et que soit accordé davantage de crédit à ses visées personnelles, aux dépens de sa communauté d’origine.
Les Sunnites prêchent la tolérance dans les statuts de leur mouvement national, mais les faits témoignent du contraire, la presse en a rempli des colonnes. Au niveau strictement local, en 2016 les Sunnites de la mosquée du quartier Kouarino ont voulu empêcher les fidèles de la mosquée shiite du quartier Sogo de fêter Mouloud, la naissance de Mahomet.
Plus subrepticement, comme c’est arrivé à Monsieur S…, enseignant, musulman shiite entré dans la mosquée sunnite du quartier Kouarino pour y prier, dès qu’il a été repéré comme non-sunnite [par les quelques poils qu’il a juste sous la lèvre inférieure, et sa façon de prier, les bras le long du corps], sans être chassé ouvertement il a été poussé, par chaque nouvel arrivant, jusqu’à se retrouver dehors !

Qu’est-ce qui rend le lieu investi par les Sunnites si important pour les Sèmè ?
Historiquement, c’est là où s’est très longtemps tenu le marché, ainsi que son fétiche qui en protège les activités et évite les troubles inhérents à toute concentration humaine ; quand le marché a été déplacé en centre-ville, son fétiche l’a suivi, laissant sur place trois autels auxquels les Sèmè coutumiers sacrifient en des occasions particulières. En l’an IV de la révolution, il avait été question d’y faire une auto-gare, en laissant accessible aux coutumiers la zone qui les concernait. Cette “sollicitude” à l’égard de la religion traditionnelle autochtone peut étonner, de la part de révolutionnaires décidés à balayer les forces “arriérées et rétrogrades” du pays. Ce qui étonne aujourd’hui, c’est que cette simple reconnaissance de la liberté “universelle” de culte est refusée aux Sèmè par des musulmans qui prétendent, par ailleurs, prêcher la tolérance.
Nous n’avons pas “vu” les autels, car pour voir, encore faut-il savoir ce que l’on cherche ! Le dièron, chef du village, nous a dit : « si vous avez cherché des amas pierreux, vous ne pouviez en trouver, et il y a un fétiche que vous ne pouviez pas voir, car c’est un végétal ; les deux autres sont également discrets, mais si vous cherchez bien dans les herbes, vous les trouverez ». Voici, dans l’ordre où il nous les a présentés, les noms et fonctions des puissances associées aux autels sacrificatoires :
– Moukronkòno (le caillou de la vieille femme) , là où repose l’esprit de l’ancêtre des Sèmè du quartier Kouarino, à proximité de l’endroit où se trouvait sa concession, et à qui la communauté sèmè (toutes composantes confondues) fait appel et sacrifie chaque année à la veille du rite de dwo (les Lô, pour l’administration néocoloniale) ;
– Djòmò tobrà Tien (le dieu Tien qui rassemble les foules) , à qui les Sèmè sacrifient chaque 40 ans, en ouverture et en clôture du Donoble ; cette puissance travaille à la cohésion des populations, c’est une entité qui rassemble, et invite aussi des non-Sèmè à venir s’établir chez eux, sans aucune distinction que ce soit, à condition qu’ils respectent les coutumes sèmè, à défaut d’y adhérer.
– Tênsò, ou Kiênsò (le grand caïlcédrat) est la puissance devant laquelle se prennent toutes les grandes décisions, après une réflexion de chaque instance des autorités coutumières dans son propre vestibule ; l’arbre n’est plus là, mais l’autel oui, et les grandes décisions s’y prennent toujours.
De ces trois entités, aucune n’a pour but de désunir, bien au contraire, Djòmò tobrà Tien est même le rassembleur par excellence. Mais c’est aussi un juge, et un punisseur pour ceux qui le déshonorent, ou le provoquent outrageusement.

Tous les 40 ans, les pouvoirs changent de main et de génération
Chez les Sèmè, le Donoble est un grand rituel collectif d’initiation qui a lieu tous les quarante ans et opère le renouvellement de la société par la promotion d’une nouvelle génération d’initiés et le renouvellement des autorités coutumières du dwò de chacun des quartiers. Ce grand rituel collectif a eu lieu la dernière fois en début d’année 1986. Les préparatifs du prochain Donoble ont déjà commencé.
Voici le témoignage d’un jeune adulte Sèmè, considéré comme initié dans le Donoble parce qu’il est né dans les trois ans qui ont suivi le dernier en date : « La coutume qui a lieu tous les 40 ans est une cérémonie très importante pour les Sèmè. C’est au cours de cette cérémonie que tous les jeunes concernés sont véritablement instruits des conduites à tenir, des valeurs qu’ils devront défendre. Comment vivre en harmonie avec son cadre de vie (la nature, les hommes…), tels sont les enseignements qui leurs sont donnés. Les jeunes sont tenus de faire 3 mois dans la brousse loin de leurs familles pour apprendre à être utiles aussi bien aux hommes qu’à la nature. Et aussi apprendre tout le contenu de la culture sèmè. Lorsque leur enseignement est terminé, et le jour du terme fixé, c’est sur le site que le mouvement sunnite a investi que la cérémonie devrait se terminer, pour sacrifier au fétiche du Donoble. En aucun cas, le lieu ne peut être déplacé. »
Selon Anne Fournier, « Il est généralement possible de déplacer rituellement au moins certains autels, chez les Sèmè comme ailleurs. Il s’agit cependant d’une procédure exceptionnelle qui nécessite l’accord de la puissance honorée à l’endroit considéré, et le paiement d’une amende rituelle qui peut être très coûteuse. »
Le dièron, chef du village, nous a assuré que si ces trois fétiches avaient pu être déplacés, ils l’auraient été, et les Sèmè n’auraient pas engagé autant de tractations à l’amiable pour les sauvegarder. Il y avait de l’amertume dans sa voix : le sentiment que l’échec d’une conciliation amiable – en fait une fin de non-recevoir, exprimée par le recours du mouvement sunnite à une procédure judiciaire – représentait pour lui un terrible gâchis.

Sauvegarde du patrimoine culturel immatériel au Burkina Faso
Le patrimoine culturel immatériel est le creuset de la diversité culturelle et le garant du développement durable, comme le soulignent la Recommandation de l’UNESCO sur la sauvegarde de la culture traditionnelle et populaire de 1989, la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle de 2001, et la Déclaration d’Istanbul de 2002 adoptée par la troisième Table ronde des ministres de la culture.
L’une des idées les plus récentes, pour la sauvegarde de la culture traditionnelle et populaire, est le projet de reconnaissance et de promotion de personnes déclarées « Trésors vivants » en raison de leurs connaissances et de leur savoir-faire. Très séduisante sur le papier, et relativement facile à appliquer si les personnes en question sont assimilables à des artistes, cette idée peut poser des problèmes très délicats quand la notion de sacré et un aspect cultuel sont associés à leurs activités, ce qui est souvent le cas. En effet, un rituel n’est pas fondamentalement un spectacle, ce qui s’y joue n’a pas toujours vocation à être montré et expliqué à tous. De plus, qui pourrait se prétendre compétent pour sélectionner les « Trésors vivants » sur les “bons” critères, et qui pourrait assurer que désigner ainsi quelques vedettes aiderait réellement au maintien d’une culture vivante ?
En 2014, le Burkina Faso a bénéficié d’un fonds pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, intitulé « Inventaire et promotion du patrimoine culturel immatériel au Burkina Faso ». L’inventaire s’est déroulé dans les régions des Hauts-Bassins et des Cascades en 2014, et plusieurs départements de la province du Kénédougou, dont Orodara, en ont profité, mais le “nombril de la culture sèmè” n’a pu être inventorié à cause de la mosquée sunnite qui s’y dresse.
Si la promotion du patrimoine immatériel au Burkina passe uniquement par l’inventaire de leurs sites sacrés et la reconnaissance de leurs « Trésors vivants » sous la houlette de l’Unesco et de l’Etat, on peut certainement s’inquiéter pour les Sèmè. Il faut souhaiter pour la sauvegarde de leurs coutumes qu’ils se décident à être davantage sur le qui-vive quant aux agressions qui cherchent à les atteindre. Sinon, ils risquent fort d’être réduits à se transformer en simples groupes folkloriques, porteurs de masques magnifiques, et aux danses spectaculaires.

Jacques Zanga Dubus
ozdubus@gmail.com

[En ce qui concerne la culture locale, Anne Fournier, chercheur de l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement) qui travaille depuis 2009 sur les sites sacrés et la tradition chez les Sèmè, nous a été d’une aide précieuse.]

« On ne peut défendre l’indéfendable ! »

Ce cri de révolte a été poussé par Monsieur Djiguemdé, enseignant en maternelle à Orodara et musulman sunnite, après le saccage de la mosquée du quartier Kouarno, dans la matinée du vendredi 15 juillet 2016, par des jeunes Sèmè coutumiers qui avaient vécu comme une provocation l’ajout d’un auvent à la mosquée. Car le conflit est en justice et, de l’avis des Sèmè, toute exploitation du site aurait dû être suspendue. Dans la foulée de la démolition de l’auvent, la mosquée a été défenestrée, les portes enlevées, l’intérieur vandalisé, et une partie du minaret détruite
Dans la matinée, le maire UPC nouvellement investi dans ses fonctions, Hervé Konaté, avait rencontré les Sunnites. À l’occasion de cette rencontre mélodramatique [un Sunnite, tant affecté par le conflit, pleurait puis, en transe, se serait dit prêt à tuer du coutumier, nous a relaté un employé de mairie] le mot jusqu’ici retenu pour décrire les coutumiers a été lâché : ce sont des Satan !
Puis, accompagné d’une délégation composée du chef de canton Traoré Boureïma, du dièron Traoré Gouénée, le chef du village, et de quelques notables, le maire s’était rendu sur le site pour constater l’ajout récent d’un auvent à la mosquée, et tenter de calmer les jeunes coutumiers en colère. Hervé Konaté a demandé aux jeunes un moratoire d’une semaine ou deux, le temps pour lui de “régler l’affaire”, mais ils ont refusé de l’écouter, arguant que cet auvent était l’ultime et inacceptable provocation, et ils l’ont détruit, à peine la délégation avait-elle tourné le dos.
En fin de journée, alors que le maire se préparait à un déplacement vers Bobo, dans l’intention d’y rencontrer El Hadj Djiguenaba Barro, et de solliciter son aide en tant que Sunnite pour une résolution apaisée du conflit, nous l’avons rencontré à proximité du véhicule, apparemment prêt pour le départ.
Il nous a fait part de sa détermination à tout mettre en œuvre pour que les Sunnites acceptent de déplacer leur mosquée et l’école franco-arabe sur un terrain neutre, et a estimé qu’une double erreur avait été commise : l’administration n’aurait jamais dû attribuer cette réserve à l’époque, et les coutumiers n’auraient jamais dû accepter l’édification de cette mosquée.
C’est ainsi que le tout nouveau maire d’Orodara, Hervé Konaté, se retrouve avec une bombe sur les bras. Parviendra-t-il à la désamorcer alors que deux actions en justice sont en cours :
– Un appel des Sunnites de la décision du Tribunal de Grande Instance de Orodara de non-recevabilité de leur plainte pour “trouble têtu de la propriété” contre le forgeron de dwò Coulibaly Krin, simple maillon de la foisonnante et complexe autorité coutumière du dwò, la religion des Sèmè coutumiers.
– Une procédure d’annulation de l’arrêté d’attribution, déposée par les Sèmè auprès du Tribunal administratif de Orodara.

L’indéfendable est-il défendable ?
Alors que nous parlions avec Monsieur le maire, les représentants du mouvement sunnite local sont arrivés, et Monsieur le maire les a invités à entrer en mairie. Nous sommes allés saluer Monsieur Djiguemdé, pendant que le président du mouvement sunnite local, l’imposant tradipraticien Karifa Traoré, dit Karifa Bâ, nous foudroyait du regard, comme si nous l’avions trahi, ou trompé, et que deux Sunnites tentaient de nous photographier.
C’est en lui serrant la main que le cri du cœur de Monsieur Djiguemdé nous a été adressé, « on ne peut défendre l’indéfendable ! », comme un reproche parce que nous aurions pris le parti des Sèmè lors de l’enquête que nous avons menée sur le conflit qui oppose les Sunnites aux coutumiers. “On” nous a reproché notre partialité, mais qu’il soit clair que personne, à part un Sunnite, ne peut être partial face à des Sunnites ! Ces gens-là ne sont pas “comme les autres”. Ils sont persuadés de détenir la vérité, la sunna ; à ce titre le monde devrait leur appartenir, et certains d’entre eux franchissent une “limite indéfendable” pour entraîner le monde non-sunnite dans le chaos.
L’histoire récente de notre pays nous a prouvé que l’indéfendable pouvait cependant être défendu, ainsi l’insurrection d’octobre 2014, qui a donné lieu à des saccages, des destructions de biens privés et publics, a-t-elle été une action, non seulement légitime, mais salutaire pour une écrasante majorité de Burkinabè.
Mais, de même qu’il n’y a pas de révolution sans contre-révolution, quand des mondes s’opposent radicalement au point de devenir sourds l’un à l’autre, l’un des deux doit disparaître au profit de l’autre. Et le conflit qui oppose les Sunnites aux coutumiers, à Orodara, relève désormais de cette opposition sans autre résolution possible que la disparition d’un des deux groupes.

Qui doit disparaître [1] pour que la paix revienne ?
Les parents et frères, coutumiers, ou l’enfant terrible sunnite qui met le feu à la maison familiale, et va devant la justice républicaine demander qu’on reconnaisse son droit à trahir ses parents et ses frères, à ses yeux désormais des Satan ?
Pour comprendre cette “esthétique de la disparition”, et comment elle a trouvé à se “résoudre” par le passé, il faut remonter au temps du prophète.
Le prophète Mahomet n’avait pas prévu de successeur, et ses trois plus proches compagnons, Ali, Ousmane et Ibn Massoud, ont entrepris chacun de leur côté de transcrire les révélations. Ainsi trois Coran ont-ils vu le jour, et deux courants principaux se sont-ils rapidement créés : les Shiites suivaient Ali, et les Sunnites Ousmane. Puis des troubles sont apparus entre les deux communautés, et des conflits armés. Ousmane, devenu Khalife et qui se trouvait être “l’homme fort” des trois compagnons, pour imposer une réconciliation entre les deux communautés, a fait confectionner six exemplaires de son Coran pour qu’ils soient déposés dans les six grandes capitales de l’empire islamique, puis a exigé la destruction des Coran d’Ali et d’Ibn Massoud. Ce dernier, qui s’y opposait, a été publiquement châtié. Le règne d’Ousmane a été une longue crise, et après dix années d’un pouvoir despotique, en l’an 656 il a été assassiné dans son palais de Médine. Les révoltés auraient accusé Ousmane d’avoir imposé par la force sa seule version officielle du Coran : « Le Coran, c’était plusieurs livres, et toi tu les as réduits à un seul », allusion directe aux Coran d’Ali et d’Ibn Massoud, détruits sur ordre d’Ousmane.
Ali, qui avait revendiqué la succession pour ses liens de sang avec le prophète Mahomet, a été porté au pouvoir. Mais son règne a tourné court ; destitué par un jeune gouverneur de Syrie du nom de Mouahouiya, un proche du Khalife Ousmane, qui fonda la puissante dynastie des Oméyyades, une dynastie sunnite qui allait régner sur le monde musulman depuis sa capitale, Damas.
Voilà ce qui caractérise les Sunnites : l’ivresse de détenir la vérité et de l’imposer, mais à Orodara sous des modes sournois car le “fond” est ouvertement indéfendable, en totale contradiction avec la tolérance prônée par le mouvement sunnite du Burkina Faso : “il n’y a de dieu que Dieu” pris à la lettre suppose la destruction des fétiches. Et ça, ce n’est pas défendable dans un état où le Droit prône la liberté de culte.

Jacques Zanga Dubus
ozdubus@gmail.com

 [2] Disparaitre dans le sens de s’éloigner définitivement

Notes

[1*

[2*


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