Abattoir à Problème de Ballolé : Une leçon que l’Etat burkinabè doit assimiler

Publié le mardi 30 août 2016

Le village de Ballolé s’est rendu célèbre ce mois-ci en mettant à sac un abattoir qui sort de l’ordinaire. Cet assommoir spécialisé dans l’abattage des ânes a réussi une prouesse, celle d’avoir abattu en l’espace six mois 45 000 têtes d’ânes. Un chiffre qui laisse perplexe. D’autant que les raisons qui ont motivé la destruction de l’abattoir sont entre autres la pollution de la zone par les déchets issus de cette unité d’abattage d’ânes. L’Etat en tant que partie prenante est interpellé par cette situation.

Animaux en décomposition, ossements d’ânes calcinés, odeurs puantes. C’est ce qui était servi aux habitants de Ballolé et villages environnants. Comme conséquences de l’implantation de l’abattoir des ânes selon les habitants, ce sont des eaux de puits impropres à la consommation, parce que polluées par les déchets issus de l’abattoir. Devant l’inertie des autorités compétentes, les habitants de la localité ont décidé de prendre leur destin en main. Leur réaction a été sans équivoque. La situation a poussé la population à faire une descente sur les lieux pour saccager l’abattoir. L’affaire de Ballolé vient allonger la liste des biens de personnes privées pris à partie par des populations en colère.
Les autorités burkinabè devraient tirer leçon de la réaction des populations en changeant leur approche de la gouvernance. Ce qui s’est passé dans le village de Ballolé nous rappelle le récent rétropédalage du gouvernement sur les Organismes génétiquement modifiés (OGM). En effet, en 2003 le gouvernement burkinabè avait autorisé les acteurs de la filière coton et la recherche scientifique nationale, à expérimenter le coton transgénique communément appelé « coton OGM ». Certains chercheurs ont applaudi l’avènement de cette variété de semences et même vanté ses mérites.
Tandis que d’autres avaient émis des réserves, mettant en avant les risques de contamination des OGM sur les semences classiques et autres risques. Les résultats auxquels on est parvenu donnent raison à ceux qui doutaient de l’efficacité des OGM. La sécurité alimentaire tant attendu a été un mirage. Pire encore, on se rend compte que « le coton génétiquement modifié (CGM) n’est plus rentable. “La fibre de coton que nous produisons aujourd’hui est devenue courte”, et donc plus difficile à filer [1] ». Tout cela dénote d’un manque de vision de précaution la part des autorités burkinabè.

L’abattoir est contrôlé par des vétérinaires mandatés par l’Etat
Les propriétaires de l’abattoir ont promis d’animer un point de presse pour éclairer l’opinion publique sur leur déconvenue aves les populations de Ballolé. Mais bien avant cette conférence de presse, tout porte à croire que l’Etat burkinabè a sa part de responsabilité dans cette « affaire de l’abattoir d’ânes à Ballolé » qui indispose les habitants dudit village, et qui a occasionné la mise à sac de l’abattoir. Les observateurs de la chaîne française France 24 ont réussi à contacter un de leurs intermédiaires de l’abattoir qui soutient que « ce qui est raconté sur l’abattoir est un ensemble de mensonges ». Pour lui, ils n’ont pas massacré des centaines d’ânes comme cela est dit dans la presse. « À cause des destructions subies, l’abattoir est à l’arrêt, plusieurs dizaines d’employés sont au chômage technique » renchérit-il plutôt. Pour sa part, le gouvernement par l’intermédiaire de la même source rejette les accusations portées à son encontre. Estimant qu’à leur connaissance, « les autorisations concernaient l’abattage des bovins mais en aucun cas d’ânes ». Qui a donc donné l’autorisation aux premiers responsables de transformer un abattoir de bovins en abattoir d’ânes ? En tout état de cause, les premiers responsables de l’abattoir affirment également qu’ils sont en règle vis-à-vis de la loi burkinabè et ajoutent qu’ils « disposent de tous les documents légaux pour poursuivre leurs activités ». Qu’à cela ne tienne, cela ne disculpe pas pour autant l’Etat burkinabè puisqu’à croire les exploitants de l’abattoir, « les vétérinaires qui contrôlent l’abattoir sont des agents de l’Etat ». Qu’est-ce que ces agents vétérinaires de l’Etat cherchent-ils dans un abattoir d’ânes qui était censé abattre des bovins ? Peuvent-ils s’y retrouver sans rendre compte à leur hiérarchie ? Dans les normes, si l’Etat usait de son droit de regard sur cette entreprise ou du reste cet abattoir, on n’en serait pas arrivé à une situation pareille. Il est de coutume pour l’Etat burkinabè d’autoriser l’installation d’usines ou d’entreprises sans pour autant contrôler l’usage qui en est fait à l’intérieur. Raison pour laquelle la situation de Ballolé doit servir de leçon aux gouvernants d’aujourd’hui et à venir, qui doivent être plus regardant dans la délivrance des autorisations d’exploitation mais aussi dans le suivi de leurs activités.

Wend-Tin Basile SAM

 [2] http://fr.africanews.com/2016/04/12/le-burkina-faso-renonce-au-coton-ogm/

Pourquoi la peau d’âne est tant prisée ?

Les vertus de la peau justifieraient sa prisée. En effet, le saccage de l’abattoir d’ânes a révélé que l’espèce asine est en danger au Burkina Faso. Au moins 45 000 ânes exécutés en six mois. Une forme de génocide que cette espèce animale vit de façon sournoise. La colère des populations de Ballolé le 11 juillet dernier a au moins permis à quelques ânes de pousser un ouf de soulagement ne serait-ce que pour quelques temps. En effet, il y a quelques mois de cela n’importe quel âne ne pouvait pas se vendre à 50 000fcfa. Mais aujourd’hui, la demande très importante de cet animal a fait exploser son prix. Ce commerce d’ânes dont la peau est l’élément le plus important a prit de l’ampleur jour après jour et subit une inflation incontrôlée. Selon l’enquête menée par les observateurs de France 24 sur l’abattoir de Ballolé, « les peaux d’ânes sont séchées au sel et sont livrées aux clients de l’abattoir pour la fabrication des produits pharmaceutiques par exemple dans le cadre de règles douloureuses ». D’autres articles de presse nigérians cités par la même source font état de commerce similaire au Nigéria et évoquant un produit participant à la « confection de produits anti-âges ». En effet, « la peau d’âne composée d’une grande quantité de gélatine appelée « ejao » en chine est utilisée pour la médecine traditionnelle : transformé dans de l’eau chaude, le produit soignerait « les vertiges, l’anémie et les insomnies » poursuit l’enquête des observateurs de la chaîne française. En la matière, le Burkina Faso n’est d’ailleurs pas le seul pays concerné par ce commerce intense de peaux d’ânes. En effet, l’enquête révèle également que « des camions remplis d’ânes venant du Mali ou du Nigéria arrivent à cet abattoir (abattoir de Ballolé, ndlr), et d’autres remplis uniquement de peaux d’ânes partent en direction des ports burkinabè pour une destination inconnue ». Elle révèle également que contrairement à ce qui est dit sur la nationalité des exploitants de l’abattoir de Ballolé, « les clients de l’abattoir sont des Vietnamiens ».

Sambas

Notes

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