L’omniprésente menace des inondations

Publié le mardi 30 août 2016

Les pluies diluviennes de cette fin de mois de juillet nous replongent dans le syndrome de septembre 2009. 10 morts au décompte provisoire dont 4 à Ouagadougou et des dégâts matériels importants. Et on annonce que le pire est peut-être à venir en termes de précipitations. Face à cette situation, c’est l’impuissance générale. Les réponses qui sont annoncées sont plutôt du domaine de l’urgence et de l’humanitaire. Comment en sortir de ce qui ressemble bien à un cycle indien.

A peine installé dans son fauteuil que le tout nouveau bourgmestre de Ouagadougou se trouve propulsé bien malgré lui devant les projecteurs. Il aurait sans doute aimé commencer par des activités plus heureuses telles l’annonce de son programme de travail où le lancement de chantiers de développement. Il n’est pas le seul. C’est aussi le cas de la ministre des affaires sociales Laure Zongo/Hien dont la compétence en la matière est plutôt nationale. La problématique est la suivante : Où trouver les moyens pour venir en aide efficacement à toutes les zones sinistrées du pays ? Le précédent de 2009 avait donné à voir les limites des réponses que les Burkinabè ont pu apporter. Il y a certes eu un vaste élan de solidarité à la fois des Burkinabè de l’intérieur et de la diaspora, mais aussi de la part de pays amis. Cette aide n’a pas eu les effets escomptés parce qu’il a manqué l’essentiel : la volonté des Burkinabè de s’en sortir. Celle-ci se traduit par la prise de conscience que les conséquences des sinistres tiennent pour une large part à l’activité humaine. Quand on a déguerpi les abords de l’hôpital Yalgado et curé les caniveaux qui avaient été bouchés par les ordures jetées par les occupants des kiosques installés ici et là, les eaux ont cette fois épargné l’emprise de l’hôpital. Il en est de même dans le centre-ville de Ouaga où faute de caniveaux disponibles, les rues se transforment en rivières à chaque grosse pluie. La leçon semble avoir été retenue par le nouveau bourgmestre qui a donné soixante-douze heures pour déguerpir les abords des caniveaux. Ceux-ci devront être curés. Bonne initiative mais il faut aller plus loin. Si c’est juste une opération conjoncturelle au-delà de laquelle, les déguerpis seront autorisés à regagner leurs sites ce n’est pas la peine. Il faut non seulement que la libération des abords des caniveaux soit pérenne mais il faudrait en plus que des structures de veille s’emploient à entretenir la propreté des ouvrages tant que toutes les tranchées ne seront pas recouvertes par des dalles appropriées. Mais tout cela demeure malgré tout conjoncturel. Comme l’a expliqué le secrétaire général du ministère de l’Habitat à l’émission de notre confrère Simon Gongo, il importe de poursuivre le schéma d’aménagement conçu pour la ville de Ouagadougou qui intègre des ouvrages d’assainissement et de drainage des eaux de pluies. La révolution d’août venue pour secourir les pauvres avait voulu donner des parcelles à tous les Burkinabè mais les lotissements faits à la va vite avaient occulté des aspects importants en matière d’urbanisation. La pression démographique et la crise du logement avaient entretenu un populisme ambiant qui ne favorisait pas un travail scientifique. Nous en sommes aujourd’hui à payer le prix. Ces questions ont été abordées dans le cadre des états généraux des lotissements. Et le principe une famille un logement semble avoir été préféré à celui de « une famille, une parcelle ». Quelle sera l’option du nouveau pouvoir ? Un forum urbain est en préparation et selon les informations disponibles, il devra plancher sur l’identification des outils d’urbanisation tels que le schéma directeur pour introduire de la rationalité dans les activités urbanistiques, la nécessité pour tous les acteurs de la filière de respecter les règles d’urbanisme et de construction dans les ouvrages à réaliser et bien sûr la nécessité de prendre en compte les ouvrages d’accompagnement telles que les canalisations, les voiries et autres…
Mais alors, faut-il observer une pause dans les lotissements en vue de normaliser les lotissements qui ont été réalisés à la va vite ? L’annonce de la reprise des lotissements laisse penser qu’au mieux les choses se feront concomitamment. Mais une des difficultés à résoudre sera de freiner la spéculation foncière. Si les zones submersibles de Ouagadougou continuent d’être habités, cela tient en partie à la spéculation. Nombre de sinistrés de 2009 qui ont eu des parcelles y seraient retournés, dans l’espoir de bénéficier encore de parcelles. Cette filouterie prospère sous nos cieux parce que les acteurs ont un génie diabolique et l’Etat ne fait pas montre d’une réelle volonté de venir à bout de ce phénomène.
Enfin il faut bien comprendre que la ville n’est pas faite pour tout le monde. Seuls ceux qui ont un minimum de moyens peuvent prétendre y vivre. C’est une question de bon sens. Simon Compaoré l’a dit en son temps et on lui en a voulu. Au Burkina, le populisme est un fonds de commerce facile qui tente bien des gens, en particulier les acteurs politiques de toutes tendances. Cela dit, les campagnes devraient aussi bénéficier d’un minimum d’égard dans l’organisation de leur espace de vie. Les maisons qui s’écroulent à la moindre pluie traduisent un besoin de connaissance des règles de construction. Maurice Bonanet est interpellé, lui qui aime à dire qu’il vit avec les masses. Maintenant qu’il détient une parcelle de pouvoir, on devrait mieux le sentir. Est-il normal que des marchés entiers de villages soient emportés par des eaux de pluie ? Cela s’est passé en 2010 au mois de juillet. Dans le même ordre d’idées, on peut citer pour la même année, le drame qui s’est produit à Piela où une vingtaine de personnes qui tentaient de passer un radier sur un tracteur furent emportées par les eaux. Seulement treize personnes avaient pu être sauvées mais le nombre de disparus n’avait pu être précisé, vu que le nombre de personnes montées à bord n’était pas connu avec précision.
Au-delà des effets naturels, il faut bien voir que la plus grande catastrophe est en nous-mêmes. Les femmes de Delwendé en donnent un exemple saisissant. Alors que leur site est envahi par les eaux, elles refusent la délocalisation, préférant rester sur place. Elles demandent simplement que l’on construise une digue pour bloquer l’eau. On sentait la perplexité chez la ministre Laure Zongo face à une inconscience mortelle. Bon Dieu qu’elle digue peut-elle résister à la furie de la nature ? Mais on a bien compris l’inquiétude de ces femmes de se voir abandonnées une fois en brousse comme le disait une d’elles. La ministre a fait des promesses, mais un suivi est nécessaire afin de témoigner de l’esprit de suite des pouvoirs publics. Ils peuvent être sûrs que les plumitifs que nous sommes y veilleront !

Par Germain B. Nama


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