14 juillet 2016 : Le nouveau visage de la barbarie

Publié le mardi 30 août 2016

Ça se passe à Nice, une merveilleuse cité touristique de France, mais l’onde de choc a envahi la planète entière. Pour nous qui étions ce soir-là à la résidence de France, en compagnie de Gilles Thibault, le maître des lieux, c’est la consternation. Il nous revient encore à l’esprit ces mots de son excellence, magnifiant non sans ironie le wack des Burkinabè qui a bien voulu protéger ces retrouvailles annuelles d’un ciel menaçant. En effet, comme obéissant à une injonction, l’orage qui avait commencé à déverser des trombes d’eau sur la ville de Ouagadougou, cessa, après seulement quelques minutes d’intenses précipitations. C’est donc dans une fraîcheur consécutive à une pluie plutôt bienfaisante que fut prononcé le discours de son excellence l’ambassadeur de France. Ce fut une soirée plaisante à tous points de vue au cours de laquelle l’amitié franco-burkinabè a été célébrée en présence de très hautes personnalités politiques nationales. On était loin de penser que l’horrible était à venir. A peine avons-nous pris congé de l’ambassadeur, que la nouvelle de l’attentat terroriste est tombée, assourdissante. Au volant d’un camion, un homme a fait irruption sur la promenade des anglais, une rue mythique en bord de mer, habituellement interdite à la circulation automobile et bondée de monde à cette heure-là. Sur un parcours d’environ deux kilomètres, le camion bélier laissera sur le macadam plus d’une centaine de victimes. Les corps de quatre-vingt-quatre d’entre elles seront retrouvés, inanimés. Presqu’au même moment, Gilles Thibault évoquait la mémoire des victimes de l’attentat du 15 janvier à Ouagadougou et au nord du Burkina. « Nous ne viendrons à bout de la menace terroriste dira-t-il, qu’en restant unis face à des barbares qui cherchent à nous diviser en semant la terreur partout, sans distinction de religion, ni d’origine… Il convient donc également d’être optimiste au plan sécuritaire même si les choses ne se régleront qu’avec du temps. Grâce aux efforts de tous, la vague djihadiste passera, comme sont passées d’autres vagues terroristes. Elle se dissipera d’autant plus vite, qu’ensemble nous créerons un cercle vertueux composé de bonne gouvernance, de développement et de sécurité. »
L’attaque barbare de Nice vient amplifier les propos de Gilles Thibault. Le mot est lâché : « un cercle vertueux de bonne gouvernance et de développement », voilà l’antidote à nos préoccupations sécuritaires. A défaut de cela, pas plus à Ouaga qu’à Paris, il n’y aura de risque zéro en matière de terrorisme. Les adeptes de l’idéologie terroriste se recrutent généralement parmi les frustrés de la société. Aussi longtemps que le revenu national sera mal distribué, que le chômage des jeunes continuera à s’amplifier, que les bidonvilles qui ne cessent de grossir continueront d’être le réceptacle des frustrés, tant que continueront à se déliter les valeurs de vie, eh bien le terrorisme trouvera toujours un terreau fertile pour se nourrir et se développer. Il est certes nécessaire de s’en prémunir en adoptant des mesures sécuritaires. Mais la véritable lutte contre l’insécurité est celle du développement. La pauvreté et la misère sont une injustice absolue. Leur éradication ouvre la voie à une société fraternelle où l’autre cessera d’être perçu comme une menace mais comme un élément nécessaire du bonheur. Nous ne sommes pas en train de prôner une société où toute violence serait exclue. Mais nous croyons qu’à partir du moment où l’injustice perdra sa dimension structurelle, quand elle n’aura plus qu’une existence résiduelle, la société sera davantage plus forte et mieux armée pour en limiter les effets. Le tueur de Nice est un pommé qui bien avant de commettre son acte avait cessé d’exister. Son acte insensé s’inscrit dans l’ordre d’un univers apocalyptique devenu son quotidien. Et nous nous demandons comment est-ce possible. En observant attentivement autour de nous, chaque parent burkinabé vit un drame silencieux en ce qui concerne le devenir de ses enfants. Dans le marasme que vivent de nombreuses familles, chacun de nos enfants est un terroriste potentiel. Le salut ne viendra que d’une gouvernance vertueuse source d’un développement solidaire.

Par Germain B. Nama


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