Il arrive un temps pour tout !

Publié le lundi 5 septembre 2016

Un temps pour labourer, un temps pour semer et un temps pour récolter. J’ai dit quelque part, que très probablement, si Norbert Zongo n’avait pas été assassiné, je n’aurais jamais connu l’expérience de la presse écrite. Journaliste, formé dans de prestigieuses institutions africaines et nationales de formation des journalistes, j’étais évidemment outillé à exercer dans tous les types de media. Mais j’avais fait le choix de l’audio-visuel, où Dieu merci, j’excellais. Une carrière, tranquille et prometteuse, m’attendait. Puis survient l’innommable du 13 décembre 1998. C’est ainsi que bascule ma vie. Alors directeur de la Communication de la seconde chambre parlementaire, fonction que je cumulais avec celle de présentateur du journal télévisé à la TNB, j’ai passé toute la nuit du 14 au 15 décembre 1998 à cogiter sur ce qui devait être mon rôle dans ce drame national. Fallait-il, comme beaucoup d’autres confrères, maugréer ma douleur dans mon ventre, y verser des torrents de larmes et retourner à mes occupations, parce que, (au moment des faits), j’avais une femme et notre fils, une mère (veuve) et des frères et sœurs dont il fallait s’occuper ? J’ai décidé qu’il fallait que je m’engage. Je ne me suis pas préoccupé de comment j’allais assurer les fins de mois. L’appel de l’engagement contre l’injustice pour les droits humains et la démocratie était trop fort, trop pressant. J’y ai cédé. J’ai pas calculé. La même nuit, j’écrivais mon premier pamphlet, contre l’injustice et l’ignominie, ainsi intitulé : « Assassinat de Norbert Zongo : Si le pouvoir n’est pas coupable, il est responsable » . L’article paru dans l’Observateur Paalga m’a valu immédiatement, sans autre forme de procès, la suspension de mon salaire. Ainsi débutait mon engagement pour la liberté, la justice et la démocratie, dans l’incertitude et l’insouciance la plus totale.
Au niveau du Centre national de presse, qui deviendra plus tard, Centre national de presse Norbert Zongo, (CNP/NZ) nous nous sommes investis pour en faire le bastion inexpugnable de la lutte pour la justice pour Norbert Zongo. La lampe, toujours allumée, attendant la justice, le texte introductif et de présentation des photos du drame, aujourd’hui jaunies par le temps, mais toujours affichées sont des initiatives auxquelles nous avons grandement participé. Il en est de même, du recueil des éditoriaux de Norbert auquel nous avons travaillé en étroite collaboration avec Marie Soleil Frère Minoungou.
Puis, en 2001, nous avons décidé de créer ce journal, L’Evénement, dont la réunion de naissance s’est déroulée à la « Consolatrice », le maquis situé à la sortie Est de Ouaga, sur la route de Koupèla. L’Evénement a été conçu comme le prolongement de L’Indépendant à qui il ne devrait, aucunement faire concurrence, d’où sa périodicité mensuelle au départ, puis Bimensuelle ensuite sous la pression des lecteurs. Mais nous avions toujours refusé de passer en Hebdomadaire pour ne jamais se trouver en situation de concurrence avec l’Indépendant.
L’Evénement a introduit une nouvelle forme de journalisme dans la presse écrite. Le format, la charte graphique et l’écriture qui met les faits en perspectives, pour en faciliter la compréhension et l’appropriation. Nous avons, en très peu de temps, réussi à en faire une référence dans notre pays. Depuis, par la loi naturelle de scissiparité propre à la presse Burkinabè, beaucoup de titres sont animés aujourd’hui par ceux qui ont fait leur classe à nos côtés. Nous en sommes d’autant fiers que certains de ces titres ont aujourd’hui pignon sur rue. Ils nous bousculent même très sérieusement parfois. Mais nous avons, en maître, à l’Evénement, gardé la botte secrète qui ne permettra pas de nous déclasser (C’est une dérision, bien évidemment et vous l’aurez compris).
Une vie est une succession d’objectifs. Avec L’Evénement, mon objectif c’était de contrer le système politique né du 15 octobre 1987, construit sur le mensonge et l’inhumanité. Comme Burkinabè, homme intègre donc, je ne pouvais pas me résoudre à cette souillure de l’histoire. J’ai tout sacrifié pour. Le travail que nous avons obstinément abattu à L’Evénement a contribué à la dissémination des idées, à leur maturation et à leur éclosion.
Le 30 octobre 2014, devant l’Assemblée nationale, où je suis allé en reporter-militant, après une nuit de « guerilla », quand j’ai vu déferler les jeunes qui venaient de triompher des CRS et du RSP pour envahir l’hémicycle, mon cœur s’est tellement emballé que j’ai cru qu’il me lâcherait. Les idées que nous avions semées dans les esprits labourés et fertilisés pendant plusieurs décennies venaient d’éclore.
Depuis, je me suis souvent interrogé sur la posture qu’il fallait avoir après les événements des 30 et 31 octobre. Il était évident qu’il y a quelque chose qu’il fallait changer. Les tribulations pendant la transition ne m’en laissaient aucun doute. A Dieu ne plaise, ce que j’avais craint s’est hélas réalisé au-delà de l’imaginable. Renforçant chez certains un ressentiment encore plus rageant à mon endroit. Avais-je la force de m’y conformer ? Il me semble que c’est la fin d’un cycle et il est venu l’heure de passer à autre chose.
C’est donc le dernier « Façon de voir » de Newton Ahmed BARRY, dans L’Evénement, que vous lisez. Je souhaite bon vent à la rubrique et au journal. Que ceux qui viennent après moi fassent que vous m’oubliez. C’est mon souhait le plus ardent. Merci infiniment à vous qui m’avez lu, depuis 15 ans, toutes les deux semaines. Pour moi, le journalisme, dans cette forme est désormais révolue. Cela n’a rien à voir avec la récente occurrence qui défraie la chronique au moment où je trace ces lignes. La décision était prise depuis janvier 2016. Elle a été annoncée à mes partenaires du journal, en avril 2016. Aujourd’hui, elle est mise en œuvre. Que Dieu fasse ce qui est bien pour chacun. Pour moi et pour L’Evénement et ses valeureux continuateurs. Merci infiniment à tous !

Par Newton Ahmed Barry


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