Conflit foncier à Nabdoghin : 26 ans après, une communauté sommée de déguerpir

Publié le vendredi 29 juillet 2016

Dans le village de Nabdoghin, département d’Absouya dans l’Oubritenga (Ziniaré) un groupe minoritaire est en passe de vivre une catastrophe. La famille Diallo, entend-on, est sommée de libérée le terrain qu’elle occupe depuis 26 ans. Le 1er juillet dernier, accompagné de deux autres personnes, le doyen de la communauté, Bedaré Diallo, âgé de 60 ans est venu dans nos locaux pour exposer leur calvaire. De la tristesse qui se lisait sur son visage. Selon un message que nous avons reçu sur notre téléphone le 8 juillet à 6h15, les « propriétaires » terriens ont récupéré le terrain, « cultivent dans les concessions, enclos et champs de la famille Diallo. La police aurait été alertée mais reste inerte. Conséquence, la famille Diallo est sans domicile (dans le but de ne pas personnaliser le problème nous avions réécrit le message) »
La genèse du différend ? Il y a 26 ans, Zoundou Sawadogo cédait le terrain (litigieux) à Noraogo Diallo (les deux ne vivent plus) Un site situé entre des collines. En fait, il s’agit d’une clairière dont personne n’était intéressée puisqu’on disait que c’est un endroit hanté. Le Vieux Noraogo Diallo s’est donc installé avec sa communauté aujourd’hui constituée de plus de 50 personnes sur 15 concessions environs. Mais depuis environ 2 ans, des convoitises naissent. Les jeunes poussent le vieux Alain Sawadogo (petit frère de Zoundou Sawadogo) a retiré le terrain à leur profit. Mais le vieux Alain ne s’est jamais exécuté. Il disait que ce n’est pas lui qui a donné la terre en question pour la retirer. En avril 2015, huit jeunes avec à leur tête un certain Issiaka reviennent avec plus de détermination sur la question. « Cette fois-ci, ils demandent qu’on quitte les lieux. » rapporte Yacouba Diallo. En mai 2015, la famille Diallo est convoquée par les jeunes déterminés dans leur action chez le préfet avec le maître mot : « dis leur de quitter ». Selon Bedaré Diallo, le préfet aurait reçu des menaces de mort : « Si tu fais erreur, on va te tuer avec les P… » Un délai de 6 mois pour qu’ils quittent a été signé. En témoigne le procès-verbal de conciliation en date du 18 mai 2015 sous la houlette du préfet, Florentin W. Conombo. Extrait : « Le préteur justifie cette démarche par le manque de terres cultivables vu le nombre élevé des membres de sa famille.
Monsieur Diallo Yacouba et Diallo Bédaré ont souhaité rester quelques années de plus. Les responsables religieux et coutumiers ont souhaité qu’un accord soit trouvé et estiment que le dernier mot revient au possesseur des terres car au regard des us et coutumes de la localité, le prêteur doit informer l’emprunteur de sa volonté de reprise dès le début de l’hivernage si le retrait est prévu pour la fin des récoltes. Les deux parties ont convenu de l’accord suivant : Monsieur Diallo Yacouba et Monsieur Diallo Bédaré pourront exploiter la terre dont l’exploitation suscite un intérêt pour chacune des deux parties et devront déménager avec toute leur famille au plus tard le 31 janvier 2016. »

Mais voilà que le délai a expiré. Les Diallo ont même tenté des recours mais ils n’ont pas eu gain de cause. Le demandeur, Issiaka Sawadogo ne supporte plus cet état de fait. Le 10 mai 2016, devant le préfet Joseph T. Sawadogo, « une tentative de conciliation » entre les deux parties a abouti à un procès-verbal de non conciliation. Bédaré Diallo « se défend que depuis la concertation de mai 2015, il aurait cherché un point de chute pour sa famille sans succès. » Pour finir, monsieur Diallo a demandé l’indulgence du propriétaire terrien pour permettre à sa famille d’y rester.
Toute chose que le représentant du propriétaire terrien a refusée puis il a proposé que la famille Diallo reste sur place mais que le champ leur soit restitué. La partie défenderesse a rejeté cette proposition. Vu que les deux parties ne sont pas parvenues à une conciliation, l’affaire est portée devant le tribunal de Ziniaré. Il faut craindre tout de même que le temps que la Justice ne se mette en mouvement la situation ne tourne au drame. Le ministre de l’administration territoriale est vivement interpellé sur cette question.

Basidou KINDA


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