Gorba : Monstre ou génie ?

Publié le vendredi 29 juillet 2016

De lui tout le monde parle. Il est autant admiré que craint. Plus craint d’ailleurs qu’admiré. Le pouvoir du MPP c’est lui. En bien. Mais surtout quand c’est mal. Il est aujourd’hui la pièce maîtresse du pouvoir RSS. Ce qu’il dit résonne et prend parfois des proportions démentielles. Avec Gorba, il n’y a pas demi-mesure, soit on aime ou on déteste. Tout le monde lui reconnait cependant un génie au-dessus de la moyenne.

Depuis son antre de l’Assemblée nationale qu’il régente plus qu’il administre, on voit sa main partout, dans ce qui se fait et se passe dans le pays. Récemment, depuis le palais de la justice militaire, une rumeur a fait le tour de la blogosphère. Une méprise explique-t-on. Un coup de fil destiné au commissaire du gouvernement, le nouveau, le commandant Zanré, décroché par inadvertance par quelqu’un d’autre. Convaincu que ça ne pouvait être que le bon interlocuteur, Salif Diallo, sans précaution aucune, aurait commencé par « rafaler des instructions » sur les dossiers en cours. Ordonnant au commissaire du gouvernement ce qu’il ne faut surtout pas faire. Beaucoup sont convaincus que la liberté provisoire jusque-là refusée, particulièrement à Djibrill Bassolé, est de son fait, malgré ses dénégations.
D’autres sources, relatent l’entrevue que le même Gorba aurait eu avec le directeur de la justice militaire, Sita Sangaré à qui il aurait, dit-on, asséné vertement : « si vous êtes colonel de la justice militaire, nous nous sommes généraux de la politique ». Evidemment trop de choses difficiles à vérifier et qui font parfois sourire l’intéressé lui-même. De Salif Diallo, il y a deux constantes.
Primo ; on n’a pas besoin de trop longtemps, en sa compagnie, pour savoir ce qu’il ne veut pas. Il est « cash », pour reprendre l’expression des jeunes. Un caractère typiquement Yadega assaisonné à la mayonnaise de la lutte communiste. Toute chose qui contribue à le rendre redoutable et à surfaire le caractère de « monstre » qu’on lui colle.
Secundo ; il cloisonne ses relations. Il dit tout, mais pas tout à tout le monde. Il dispose ainsi d’un réseau probablement le plus dense et le plus complexe parmi les hommes forts actuels du pays.

L’œil de Cyclope !
Pourtant, est-il l’omnipotent et l’omniscient que certains présentent ? Probablement pas toujours. Son candidat à la primature, en début janvier 2016, aurait fait chou blanc, malgré une fuite, restée jusque-là énigmatique. On sait depuis, que c’est le choix de Roch qui a prévalu.
Mais les préjugés ont la peau dure. Salif Diallo serait actuellement une sorte d’œil de Cyclope à qui rien n’échappe. Avant que la polémique ne se déporte sur le décret présidentiel instituant la Commission constitutionnelle, les premiers moments de l’opérationnalisation du processus ont été pour Salif Diallo, accusé de vouloir dépouiller le président Roch à son seul profit à travers l’idée « du régime parlementaire » dont il serait le chantre. Certains ont même parlé de « régime d’assemblée », suggérant le transfert de la réalité du pouvoir à l’Assemblée nationale. La polémique a provoqué toutes sortes de pamphlets signe d’un nouvel épisode dans la rivalité supposée au sein du triumvirat du pouvoir MPP.
Bien évidemment que cette idée d’un régime parlementaire a bien été théorisée par Salif Diallo, en juillet 2009 dans l’interview accordée à notre confrère de L’Observateur Paalga. Un régime alternatif (ou correctif) à la « patrimonialisation » d’un pouvoir Compaoré, qu’il ne fallait pas balayer, mais « rééquilibrer » en le dépouillant de son trop plein de prérogatives constitutionnelles. Cette outrecuidance avait valu à son auteur la déchéance politique. Dépouillé de toutes ses fonctions et prérogatives dans le système, ses bourreaux attendaient qu’il baisse pavillon, vienne à Canossa s’humilier et demander pardon. A ses rares entrevues avec Blaise Compaoré, ce dernier s’agaçait et lui disait : « Salif arrête d’insulter les gens ». Mais la contrition humiliante n’a finalement pas eu lieu. Les événements s’étant précipités au détriment des indécrottables qui voulaient sa peau.
Cette idée de « régime parlementaire » était-elle conjoncturelle, imaginée comme une réponse à une crise de régime ou est-ce une vraie conviction politique ?
On peut dire, sans présager, d’une réponse théorisée et construite de la part de Salif Diallo, que le régiment parlementaire semble plus s’accommoder à l’option politique « socio-démocrate » que le régime présidentiel ou semi présidentiel.
Est-ce qu’il est le meilleur moyen d’équilibrer les pouvoirs au profit du législatif ? Oui, incontestablement. Mais dans le cas présent, Salif Diallo, président du parti, mais opérant seulement à l’Assemblée nationale est-il celui qui va en tirer en profit ? On peut émettre des réserves. Pour que le chef du parti tire la plénitude des prérogatives du régime parlementaire, il faut que les députés de sa majorité l’investisse chef de l’exécutif. Or, rien ne laisse entrevoir que Salif Diallo veille franchir ce Rubicond. Certains diront qu’il lui suffit de se désigner un pantin et de tirer les ficelles depuis son perchoir. Rien n’est plus hasardeux. Depuis l’épisode Paramanga Yonli, Salif Diallo est bien payé pour savoir qu’un chef de l’exécutif est incontrôlable. Que l’exécutif est un pouvoir tellement puissant que celui qui en est investi s’émancipe et échappe à son mentor. Surtout dans le cas du régime parlementaire dans lequel les pouvoirs sont équilibrés et dans lequel il y a un risque de collusion et/ou de front « président et chef du gouvernement » contre « un parlement du type de celui sortie des couplées du 29 novembre avec une majorité bricolée ».
Enfin, au-delà des options politiques et idéologiques, le régime parlementaire correspond-t-il vraiment à l’idée de pouvoir des Burkinabè ? Plutôt non ! Les Burkinabè, majoritairement en allégeance aux « naaba », sont plutôt « présidentialistes ». Salif Diallo, fin psychologue politique, ne peut pas l’ignorer. En réalité, au-delà du choix du régime, ce qui est en jeu, mais difficilement exprimable, c’est comment imaginer un partage de pouvoir dans le triumvirat, au prorata de l’apport et du poids de chacun, sans qu’aucun ne perde la face et dans le respect de l’ordonnancement des pouvoirs républicains. Voici l’enjeu. Si une telle formule est trouvée, le Burkina Faso va tirer le meilleur de ces trois « génies politiques » qui chacun en soit est une ressource spécifique qui complète les deux autres. C’est ce qu’avait compris Blaise Compaoré en se reposant pendant plus d’une décennie sur le trio. Chacun d’eux, dans son domaine respectif, et en synergie avec les deux autres, ils ont construit le régime politique le plus solide de ses cinquantaines premières années de notre indépendance.
Aujourd’hui, ils sont face au défi de mettre au service d’un système qui leur est propre, la puissance de ces talents conjugués. C’est un vrai défi dont le succès n’est pas garanti d’avance. Pourtant les Chinois, avec Mao et ses compagnons, ont montré que c’était possible. Il faut que les trois réussissent à renoncer au confort, tout relatif, du « pouvoir personnel ». S’ils en sont arrivés à intégrer l’insurrection, à en contrôler plus ou moins l’issue et à remporter les élections de fin de transition, c’est parce qu’à trois, dans une synergie de leur talent, ils étaient imbattables. Il en sera incontestablement de même, dans la gestion du pouvoir. Ils réussiront à trois ou échoueront à trois. Leurs partisans respectifs gagneraient à l’intégrer.

Par Newton Ahmed BARRY

La Commission Constitutionnelle de la discorde !
Est-ce le décret, la composition ou le président qui font problème 

Jusqu’à l’audience que Roch a accordé à son chez de l’opposition, Zéphirin Diabré, on pensait que le processus allait, comme sur des roulettes. La composition de la commission avait été rendue publique, à l’issue d’un Conseil des ministres. Le CFOP y a bien mandaté des représentants qui ont été nommés. Est-ce que déjà, il y avait émis des réserves ? On ne le sait pas. En tout cas, jusqu’à plus informé, cela n’avait pas fait l’objet de publication.
Après l’audience avec le président Roch, les problèmes ont été rendus publics. On apprend que l’opposition n’avait pas été consultée a priori. Elle n’avait pas, a fortiori, eu connaissance du décret présidentiel instituant la Commission. Ce qui soulève bien évidemment plusieurs questions. Comment est-ce possible ? La prise du décret est bien de la prérogative exclusive du président. Mais avant sa prise rien ne l’interdit d’en parler avec son opposition. Ensuite pourquoi tenir ce fameux décret secret ? C’est en tout cas, comme ça que les choses apparaissent dans la présentation du CFOP.
Mais les interrogations peuvent aller plus loin. Sur quelle base le CFOP a-t-il accepté désigner ses représentants ? S’est-il enquis des conditions de représentation et de fonctionnement de la Commission ? Sinon, pourquoi ?
On doit néanmoins se réjouir de l’esprit de conciliation dont les deux parties font montre. Le CFOP a levé le ton, sans rompre. De son côté le président Roch s’est montré conciliant. Il a reçu son opposition dans les jours qui ont suivi la première audience avec Zéphirin Diabré. Au regard des déclarations à l’issue de cette deuxième audience, tout laisse croire que les difficultés soulevées seront aplanies. Dans quel sens ? Les jours à venir nous le diront. On peut avancer cependant que le décret sera repris en ses dispositions querellées. Par contre sur la composition, il est fort à parier que les 92 représentants seront maintenus. Il en va de même du président de la Commission, Me Halidou Ouédraogo.

NAB


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