L’Afrique dans le regard de Sarkozy

Publié le mercredi 16 mai 2012

Il avait promis la rupture dans les relations de la France avec l’Afrique, principalement avec les ex colonies françaises. Il les aura embrouillées encore plus. A l’exploitation, il a superposé le mépris. L’Afrique c’est « l’immigré » et « l’assisté » voleur des allocations généreuses de la France.

 

Il faudra sans doute beaucoup plus de recul pour bien analyser les ressorts de l’action politique de Sarkozy. En Afrique, on en retiendra deux moments. L’annonce de la politique de rupture à Cotonou, alors qu’il était encore en campagne pour sa première élection, puis le discours de Dakar qui a incontestablement posé les bases idéologiques de son rapport avec l’Afrique. Il ne s’en est jamais excusé malgré le tollé que cela a pu provoquer et malgré la réaction indignée des intellectuels africains, qui lui ont écrit « un précis sur l’Afrique » à son usage personnel, sous la direction de Adam Ba Konaré. Selon notre confrère « Le Canard enchainé », devant ce tollé, il aurait commandé un sondage auprès de l’opinion française, dont le résultat ne l’a pas démenti.

Sarkozy, même s’il s’en est pris violemment aux instituts de sondage, dans les dernières semaines de la campagne présidentielle, parce que les prévisions ne lui étaient pas favorables, a gouverné les yeux rivés sur les sondages. Il a donc évolué, même au niveau diplomatique, en fonction de la variation de l’opinion. Au Quai d’Orsay, les diplomates qui ont été malmenés par cette diplomatie à « la petite semaine » lui en gardent encore une dent, considérant qu’il a été « l’incohérence diplomatique par excellence ».

Sur l’Afrique cependant, il semble avoir été constant sur le fond de ses sentiments. Ce n’était pas vraiment sa tasse de thé. Ses relations particulières avec Alassane Ouattara l’ont conduit à s’impliquer de façon satisfaisante pour la démocratie en Côte d’Ivoire. Ce qu’il n’a pas réédité, quand Kabila fils, de l’avis général des observateurs crédibles, a volé les élections en RD Congo. La défense de la démocratie n’était pas donc le fondement de son action en Afrique. En 2008, c’est lui qui a sauvé le Tchadien Idriss Deby. Il a fermé les yeux au Niger sur les dérives de Tanja, tant qu’il était assuré que les intérêts de AREVA ne seraient pas menacés. Idem au Cameroun, avec Paul Biya et quelques années auparavant avec Ali Bongo Odimba. Pour la promotion de la démocratie, il a donc peu fait.

 Il y a aussi l’épisode libyen, dont on attend évidemment, maintenant qu’il n’est plus au pouvoir, de connaitre le fin mot. Etait-ce pour s’émanciper de l’encombrant Kadhafi qui le tenait par « le don de 50 millions d’euros » ? On devrait le savoir, puisque l’investigation de « Mediapart » a abouti à la saisine de la justice, à l’initiative de Sarkozy, selon un mode de saisine, qui ne permet pas au juge d’instruire sur la réalité du don. Mais cette même justice devrait à rebours instruire sur la plainte du même journal contre Sarkozy et donc forcément sur le fond de l’affaire. 

Ce que les Africains retiennent de lui, c’est son discours, tout au long de son mandat, explicitement xénophobe, transformant le monde en ennemi, les chômeurs en assistés et les étrangers en envahisseurs attirés par la générosité des prestations sociales françaises. D’aucuns pensent que la faute en revient à ceux qui ont inspiré sa politique, particulièrement à l’occasion de cette campagne présidentielle, son conseiller (transfuge de l’extrême droite) Patrick Buisson. Mais si cette stratégie a correspondu à une « droitisation » de la société française, certains politologues croient que Sarkozy l’a provoquée. Début 2011, le politologue Pierre Martin, chercheur au CNRS et à l’Institut d’études politiques de Grenoble, démontrait, dans un article détaillé de la revue Commentaire, résultats électoraux à l’appui, que Nicolas Sarkozy s’était « enfermé dans un piège » avec les thèmes de l’immigration et de l’identité nationale. « Il est conduit à une surenchère à cause de l’image qu’il s’est donnée depuis 2002 », prédisait le chercheur ( entretien à Mediapart). Un enfermement idéologique qui ne lui aura pas en définitive servi. De l’avis de Stéphane Rozès (politologue), cette stratégie a jusque là « plus profité au FN qu’à Nicolas Sarkozy ». Il concède cependant que Patrick Buisson a simplement fait de sorte que « se profile l’image d’un parti (UMP) de droite autoritaire »

 

 Newton Ahmed Barry


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